Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

jeudi 5 mai 2011

L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery

Poche/Gallimard Juin 2009 355 p 7,80 euros
Tout ou presque a été dit sur ce livre, il est même passé par les mains du cinéma qui en a fait à mon goût une adaptation assez moyenne.
Du moins je n'ai pas retrouvé la magie du roman qui opère  page après page à travers le lien que noue Renée - notre héroïne - gardienne d'immeuble "bourgeois" en plein centre de PARIS,   avec Paloma fillette de 12 ans- dont les parents résident dans le dit immeuble-. C 'est bien Paloma -surdouée- qui va découvrir qui est la vraie Renée et l'obliger à vivre dans le réel en acceptant ses différences.
C'est grâce à Paloma que Renée va prendre le risque de montrer son vrai "moi" à ce monsieur japonais cultivé, richissime, nouvel arrivé dans l'immeuble, qui va lui faire vivre des moments heureux.
Ce livre déclare la guerre aux étiquettes, à l'apparence et aux idées reçues. Il abat toutes les barrières, celles de l'âge, les barrières sociales et géographiques.
C'est un livre plein d'espoir et plein d'humour aussi.
Un vrai bon moment.
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lundi 25 avril 2011

Les cahiers de Justo García d' Andrés Trapiello

 10-18, livre de poche, 331 p., 7€50
Quel hasard ! En 3 mois, j'ai lu 3 romans en relation avec la guerre d'Espagne ! Tous 3 très différents mais chacun prenant, à sa façon ...
Le roman se présente sous la forme du journal intime d'un jeune typographe espagnol, socialiste et engagé dans l'armée républicaine. Justo García commence son récit (presque quotidien) au moment de la défaite des républicains, quand les combattants errent, totalement livrés à eux mêmes, après s'être battu jusqu'à l'extrême limite. Ensuite, il y a la fuite vers la frontière, un passage harassant en France dans la neige et l'arrivée dans le camp de Saint-Cyprien où les réfugiés vont connaitre des conditions de vie terribles : froid, faim, absence de soins, saleté, maladies, humiliations ... Seule la solidarité et l'amitié permettront à Justo de tenir le coup. Arrivera-t-il à sortir du camp, quelle sera sa destination, comment refera-t-il sa vie ? Voilà résumée la détresse de ceux qui ont tout perdu ...
Issu d'un milieu modeste, le héros d'Andrès Trapiello raconte avec des mots très simples son périple, ses émotions, il se dégage beaucoup de dignité de son récit.
La France ne sort pas grandie de ce moment d'histoire, pour quelques personnes généreuses combien d'indifférents, de racistes ou d'exploiteurs, sans parler du refus du gouvernement français socialiste (Léon Blum) d'envoyer de l'aide aux républicains malgré un traité entre les deux pays !
Dans un style d'écriture très différent, "le cœur glacé" ( Almudena Grandes) ainsi qu' "Antoine et Isabelle" (Vincent Borel), en couvrant une période historique plus longue, abordent aussi ce sujet.
Une lecture incontournable pour ceux que cette période intéresse.
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Une définition de l'écriture qui me va bien !

Une belle définition à partager entre nous :

" Je n'écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'écris pas pour dire que je n'ai rien à dire. J'écris : j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été parmi eux, ombre aux milieux de leurs ombres, corps près de leurs corps; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie."

Georges Perec- Ecrivain français 1936 - 1982



C'est aussi pourquoi je lis ....

vendredi 22 avril 2011

La mort se lève tôt de Ramón Díaz-Esterovic

Métailié, 2004, 281p., 18 euros
Un polar comme je les aime ! Une enquête avec en filigrane un sujet de société, une plongée dans les eaux profondes (et parfois nauséabondes) du Chili actuel !
Heredia est détective privé à Santiago. Il supporte sa solitude en philosophant avec son chat, Simenon. C'est le privé type, porté sur la bouteille, solitaire, hanté par le passé, par les femmes qu'il a aimées. Et obstiné.
Son désenchantement se nourrit du passé de son pays :  il n'oublie pas qu'il a combattu la dictature de Pinochet, il n'oublie pas les victimes de la villa Grimaldi et de la DINA, la violence, les crimes commis, la répression terrible ...  L'ambiance du roman est dense, étouffante et on y apprend que quelqu'un peut se trouver brusquement nez à nez avec son ancien bourreau, celui-ci agissant en toute impunité et couvert par les autorités ! Justice n'a pas été faite et l'auteur dit à ce propos : 
" Pour récupérer la démocratie, nous avons dû garantir à Pinochet et aux siens qu'on ne toucherait pas à leurs intérêts politiques et économiques. Et les politiciens de centre droit qui gouvernent aujourd'hui ont été fidèles à ce pacte. Ensuite, ces dernières 12 à 14 années, nous avons vécu un blanchiment constant de l'histoire, les crimes de la dictature sont restés impunis et les avancées de la justice dans ce sens n'ont été que symboliques."
Aujourd'hui, les chiliens se divisent en deux catégories : ceux qui ne veulent pas oublier et les autres. Heredia appartient à la première et vérifie pendant son enquête qu'un lien de solidarité unit ceux qui en font partie ... une étincelle d'optimisme dans un monde bien noir.

L'intrigue policière se place ici à égalité avec les thèmes de la mémoire et de l'injustice, il ne faut donc pas lire le roman seulement pour l'enquête. A mettre en parallèle avec le roman (plein d'humour) de Luis Sepulveda, L'ombre de ce que nous avons été.
Décidément, voilà un pays qui ne me laissera jamais indifférente et dont l'histoire récente me remue encore : qui se souvient aussi des Quilapayun chantant "El pueblo unido jamas sera vincido" ?
Allez voir le billet d' Ys , très complet, grâce à elle (merci Ys !) j'ai fait connaissance avec ce privé amateur de citations et de chat. 
Et pour en savoir plus sur l'auteur, allez .
Vous n'aurez pas la première de couverture : je la trouve vraiment trop moche !!!

vendredi 15 avril 2011

Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Trois femmes puissantes de Marie NDIAYE 316 pages Edition Gallimard poche - paru en Janvier 2011.
Certes c'est Le Goncourt 2009 et de surcroît remporté par une femme, mais si Marie NDIAYE rejoint Elsa Triolet, Simone de Beauvoir, Edmonde de Charles Roux ou Marguerite Duras - entre autre - c'est bien avant tout à son talent qu'elle le doit.
Ce livre est une gifle, un coup de fouet donnés avec la plus extrême douceur, et c'est bien là tout le mystère de l'écriture de l'auteure.
Une écriture forte et douce à la fois pour nous décrire trois moments de vies de femmes.
Les hommes et les enfants y sont présents bien sûr, mais la puissance et la fragilité que dégagent ces femmes portent ce roman.
Ces femmes n'ont rien à voir entre elles et ne se rejoindront pas dans le roman, ces histoires sont bien distinctes, ce qui les réunit c'est l'Afrique, et la lâcheté des hommes.
Trois portraits qui ne vous quittent pas de sitôt :
- Norah qui retournant après tant d'années d'absence retrouver son père, découvrira un secret familial qui lui permettra de faire la paix avec sa jeunesse.
- Fanta, la plus absente du récit, mais la plus présente aussi
- Khady Demba , la magnifique, la courageuse,... On ne t'oublie pas.

A lire absolument, pour baigner dans l'univers de Marie NDIAYE qui nous donne tant de force.


samedi 9 avril 2011

Metal mélodie de Maryvonne Rippert

Editions Milan, coll. Macadam, 2010,  210 p., 9€50
Merci à M. Rippert d'avoir écrit le titre en français et de résister à l'hégémonie anglo-saxonne ! Grand mot mais réalité omniprésente ;o)
Lorsque Luce rentre chez elle, après sa journée au lycée, elle trouve la maison vide. Sa mère lui a laissé un mot sur la table : son journal l'envoie en Australie pour 4 mois, Luce devra se débrouiller toute seule assouvissant, à l'occasion, son désir d'indépendance.
Il est vrai que les relations mère/fille sont tendues mais de là à laisser sa fille de 16 ans gérer son quotidien, Luce a du mal à comprendre. La jeune fille va s'organiser cahin-caha, mûrir et découvrir enfin la vérité sur sa mère.
Metal mélodie a réveillé en moi des souvenirs de mère d'adolescente pas si lointains et, bien que l'intrigue soit peu crédible, la description des sentiments de la jeune fille m'a convaincue, parce qu'elle met bien en évidence toutes les contradictions de cet âge. Age maudit que j'ai vu s'éloigner avec OH combien de soulagement pour ma part !
Mais attention : "metal mélodie" n'est pas un roman gnangnan sur l'adolescence, il y a une première fois qui ne se passe pas très bien, un amour passion chaleureusement décrit, de la consommation de drogue et
d'alcool ... à ne pas mettre entre toutes les mains en collège, à partir de la 3e.
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jeudi 7 avril 2011

Purge de Sofi Oksanen

Stock, coll. La Cosmopolite, 2010, 399 p., 21€50

Estonie occidentale, de 1936 à 1951 et en 1991/1992.
Une jeune femme, Zara, arrive un jour, épuisée, sale et sans chaussure, chez Aliide Tamm et demande à la  paysanne de l'héberger. Son arrivée totalement impromptue va bouleverser la vie d'Aliide et la replonger dans un passé agité et trouble. La vieille estonienne va-t-elle accepter d'aider Zara ?

L'histoire de l'Estonie se situe au coeur de cette histoire de paysans, durs au travail, âpres au gain et attachés à leur ferme. Sofi Oksanen montre comment les 2 occupations soviétiques enserrent le pays dans un étau de répression, diluent les solidarités et incitent les gens à s'espionner et à se dénoncer pour sauver leur peau ou par intérêt personnel (cupidité, jalousie, vengeance ...).
Un vent lourd, oppressant souffle sur ce roman dont la construction parfaite alterne scènes du passé et scènes du présent. Mais que ce soit dans l'un ou l'autre, être une femme fait toujours de vous une victime des hommes !
Le personnage d'Aliide donne des frissons dans le dos tant elle est calculatrice mais, en même temps, peut on oublier ne serait-ce qu'un moment, les violences qu'elle a subies et dont elle cherche à éviter à tout prix la répétition ? 
Roman très fort, parfois dur et pénible mais roman réaliste, ode tragique au courage universel des femmes qui s'accrochent aux mille et un gestes du quotidien pour survivre, pour garder leur identité ... Traire les vaches, préparer le pain, accommoder les champignons, rentrer le foin, préparer des conserves ... autant de gestes banals qui permettent de noyer la douleur et la peur en se plongeant dans le "faire", dans le "survivre" indispensable.
Pour moi, un prix "Fémina étranger" sans conteste largement mérité mais à lire quand on a le moral ;o)
Une interview intéressante de l'auteure sur : 
http://www.myboox.fr/video/sofi-oksanen-l-estonie-51-ans-d-occupation-et-de-trahison-3963.html
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mercredi 6 avril 2011

Mauvaise fille de Justine LEVY

Mauvaise Fille de Justine Levy - Édition Livre de poche 184 pages - 6,50 E
Tombée par hasard sur ce livre que j'avais vu au moment de sa parution en tête des ventes, je me suis laissée tenter.
Et là quelle bonne surprise!
Une fille accompagne sa mère dans sa lutte contre le cancer et apprend durant cette période qu'elle attend son premier enfant.
Certes l'histoire en elle même n'a rien de franchement "joyeux" mais l'écriture déliée, spontanée de cette jeune femme nous fait littéralement dévorer ce roman.
Personnellement très proche de cette histoire, j'ai totalement adhéré aux sentiments évoqués par l'auteure: la culpabilité de l'enfant "abandonné" et "balloté", le rapport aux médecins, la fin, et après la fin.....
Cette relation mère - fille si fusionnelle, si proche et si distante à la fois est superbement décrite par Justine Levy.
Un vrai style moderne qui me fait languir son prochain roman.


samedi 2 avril 2011

La consolante d'Anna Gavalda

2010, 634 p., 8€40, poche J'ai lu
Anna Gavalda est une romancière française à succès dont plusieurs romans ont fait l’objet d’adaptations  cinématographiques.
Sentiments partagés  pour  cet ouvrage, qui s’est révélé difficile à démarrer. Une histoire d’aujourd’hui pourtant simple, un couple qui meurt un autre qui nait, mais qui malgré tout nous embarque dans une quête de l’Autre longtemps souhaitée et attendue.
Des héros attachants qui évoluent dans deux mondes différents que rien ne rapproche vont pourtant se rencontrer.
Dans un style d’écriture très haché et chaotique et qui n’est pas toujours simple à suivre, c’est pour moi  le principal reproche que je ferai à ce roman, on tient quand même à savoir ce qu’il va advenir de notre héros perdu dans un monde actuel qui ne l’enchante plus et un passé qui le hante …. et là, on s’accroche !
Enfin on découvre avec lui un Peter Pan féminin Ecolo qui va lui accorder asile.
Un joli tour de piste des sentiments masculins juvéniles, face à la maturité naissante, mais qui, malgré tout, ne méritait pas à mon sens, ces plus de 600 pages.
A lire donc, avec patience et modération.
Elisabeth.




Aujourd'hui, c'est Elisabeth qui s'y colle !

De la diversité nait la richesse, nous le savons tous ! Chacun de nous n'a qu'un point de vue partiel des choses (et donc des livres) et "Il faut limer sa cervelle à celle d'autrui", nous conseille Montaigne, pour ouvrir son esprit. Alors, un nouveau point de vue s'exprime sur ce blog, celui d'Elisabeth ... et il est affuté ;o)
Merci de ton aide précieuse !

mercredi 23 mars 2011

Antoine et Isabelle de Vincent Borel

Sabine Wespieser Éditeur, 2010, 489 p., 24€
L'histoire démarre en 2001, en Jamaïque. Michel Ferlié, un patron issu d'une vieille famille de soyeux lyonnais, a invité quelques parisiens branchés. Un "jeune qui monte à la télé" tient un discours négationniste, face à un homme dont le grand-père fut déporté à Mauthausen ... Voilà rassemblés les ingrédients du récit.

Vincent Borel alterne alors deux récits s'étalant des années 20 à la seconde guerre mondiale, l'histoire de sa propre famille d'origine espagnole et l'histoire vraie des Gillet, grands patrons à Lyon.
Bien que d'origine très modeste, les deux familles vont faire des choix et connaitre des destins bien différents qui permettent de retracer cette période mouvementée.
Les grands-parents de l'auteur, Antonio et Isabel dont les familles ont fui la misère pour s'installer à Barcelone, vont s'y marier. Antonio deviendra communiste, se battra pour le progrès social, verra la France et l'Angleterre refuser leur aide à la jeune République espagnole, se battra contre l'armée de Franco ... jusqu'à la défaite. Alors, le jeune couple et ses enfants devra quitter l'Espagne pour s'exiler en France, arrivera de justesse à éviter les terribles camps français et Antonio, entré dans la Résistance, sera déporté à Mauthausen. Il en reviendra changé à jamais et devenu "Antoine", il emmènera régulièrement ses enfants et petits enfants visiter le camp ... devoir de mémoire !

Un canut de Lyon, grâce à son ingéniosité et sa curiosité, utilise des procédés chimiques nouveaux dans les textiles et fait fortune. Les Gillet, devenus des patrons paternalistes et durs, dès le début favorables à Hitler, vont se répartir habilement la tâche : le gendre collaborera avec les allemands, allant même jusqu'à produire pour eux du Zyklon B (pour les chambres à gaz) tandis que les frères resteront en contact avec les américains notamment en achetant des brevets de fabrication à Dupont de Nemours, ce qui leur permettra, à la libération, de produire de nouveaux textiles tel le nylon. Il fallait reconstruire le pays et ils ne seront jamais inquiétés. Quelles que soient les vicissitudes de l'histoire, leur ligne de conduite vise le profit !

Le récit de Vincent Borel se caractérise par sa grande rigueur et sa fidélité à l'histoire. Il s'en dégage au premier abord une certaine froideur car il ne décrit que rarement les sentiments de ses personnages. Cela m'a gênée mais, après réflexion, je trouve que ce choix donne de la force à son récit, en forme de nécessaire devoir de mémoire, hommage à ses grands-parents : d'un côté il y a bien eu les salauds (soutenus, en France, par l'écrasante majorité du patronat français) de l'autre les victimes et nous ne devons jamais l'oublier ...

Une courte interview de Vincent Borel :
http://culturebox.france3.fr/all/27571/un-livre-un-jour-antoine-et-isabelle-de-vincent-borel
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mardi 15 mars 2011

A propos du pseudo de Maupassant ...

Je vous avais dit que Maupassant avait d'abord publié les nouvelles de son recueil "Contes de la bécasse" dans 2 revues sous le pseudonyme de "Maufrigneuse".
Par curiosité, j'ai cherché à en trouver l'origine.
La duchesse Diane de Maufrigneuse est un personnage de la comédie humaine de Balzac ! Elle apparait dans de nombreux romans et notamment dans "le cabinet des antiques". C'est une séductrice qui ruine ses amants de la haute société ... Brrrr !

Le treizième conte de Diane Setterfield

Pocket, 2006, 562 p., 7.50€
Déception. Voilà le seul mot qui me vient à l'esprit.
J'avais lu des articles enthousiastes sur plusieurs blogs littéraires, c'est pourquoi je l'ai acheté ... mais un ennui incommensurable m'est tombé dessus à la page 108 exactement ! J'ai bien failli abandonner et c'est cahin caha que j'ai fini ce roman un peu gothique, un peu anglais, un peu psychologique, un peu abracadabrant et surtout vide.
Les personnages évoluent dans un contexte inconsistant, l'auteure les veut originaux voire extravagants mais, pour moi, ils ne sont qu'insipides et sans intérêt. Tout cela se joue dans une ambiance étouffante et triste. Quant à l'intrigue, elle m'a laissée, déconfite, sur le bord du chemin, je n'ai même pas envie d'en raconter le début ...
Désolée,  je ne le conseille à personne même pour la plage ou les vacances ;o)
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vendredi 4 mars 2011

Contes de la bécasse de Guy de Maupassant

Le livre de poche, coll. Les Classiques de Poche, couv. Claude Monet "la chasse", 1998, 2,75€
Après m'être régalée à lire "le coeur glacé", je ne savais pas sur quel livre enchaîner, il fallait un style très
différent ! J'ai opté pour un grand classique, un recueil de nouvelles que j'avais jusque là négligé parce que, étonnamment, je n'ai aucun penchant naturel pour la chasse ...
Le choc fut rude, passer du style romantique et "fleuve" de l'auteure espagnole à celui réaliste et cynique de notre grand Maupassant, c'est faire le grand écart ... Mais je n'ai pu que m'émerveiller devant la précision des descriptions, le sens du détail significatif, les chutes toujours bien amenées, la mise en évidence des travers humains : cruauté, couardise, avarice, égoîsme, méchanceté ...
Toutes les nouvelles se déroulent en Normandie ce qui donne une belle unité au recueil et si les repas de chasseurs en sont le point de départ, aucune ne concerne ces messieurs par la suite. Ouf !!!
Comme souvent à l'époque, elles ont toutes été préalablement publiées dans des revues aux titres évocateurs : "le Gaulois" et "Gil Blas" entre avril 1882 et avril 1883 (souvent sous le pseudonyme de Maufrigneuse) avant d'être réunies en recueil.
Au jeu des "préférées", "Le testament" et "Un fils" ont gagné ; la première parce qu'il s'agit de la vengeance d'une épouse opprimée par son mari et la seconde parce qu'elle nous montre des hommes faibles mais en même temps conscients de leur faiblesse et, du coup, beaucoup plus sympathiques.
Voilà, vous venez de faire connaissance avec Catie la féministe ;o)

mercredi 2 mars 2011

Le coeur glacé d'Almudena Grandes

trad. Marianne Millon, couv. D.Murtagh/Trevillion Images, le livre de poche, tome 1/2, 8€x2, 2008, 629 p.
Une lecture INDISPENSABLE ! Ne vous laissez pas impressionner par l'épaisseur des deux volumes, ça en vaut vraiment la peine !
Almudena Grandes nous offre avec ce roman la rencontre de l'Histoire avec un grand H et du destin individuel, c'est l'alchimie que je préfère en littérature car elle mêle étroitement réflexion et émotion ...
Alvaro Carrion Otero appartient à une famille madrilène de droite qui a bâti sa fortune sur l'immobilier. Raquel Fernandez Perea est issue d'une famille de "rouges", ses grands-parents et ses parents ont du s'exiler à Paris et n'ont pu rentrer en Espagne qu'après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975. Rien n'aurait du les rapprocher mais Alvaro s'est toujours senti différent des autres membres de sa famille ...
Parallèlement à la belle histoire d'amour passion, Almudena Grandes noue une intrigue qui lui permet de retracer 70 ans d'histoire de l'Espagne à travers la vie des deux familles de bord opposé : les sombres périodes de la guerre civile, de la seconde guerre mondiale, de la dictature franquiste et l'après dictature.
A lire absolument pour connaitre le destin de ces milliers de personnes qui se battirent pour leurs idées jusqu'à tout perdre y compris la vie, pour comprendre ce que cela signifia de continuer à vivre pour les exilés républicains de 1939, ce que signifia pour eux l'incompréhensible bienveillance des démocraties européennes vis à vis de Franco à la libération, ce qu'ils ressentirent lorsque, enfin de retour en Espagne, ils comprirent que tout avait été fait pour les oublier ... Les héros du roman vérifient à leurs dépends que la vérité et le devoir de mémoire, pourtant indispensables, engendrent aussi douleur et violence. Impossible de tout dire, tant le roman offre de thèmes de réflexion et de sentiments divers tout en nuance. Si on ne peut s'empêcher d'être souvent ému à la lecture, c'est que chaque détail est inspiré de "vraies vies" et il faut absolument lire la note, émouvante, en fin de roman où l'auteur remercie  individuellement les espagnols qui ont accepté de témoigner avec beaucoup de dignité. Poignant et magnifique.
Le titre est un hommage au poète Antonio Machado, mort en exil à Collioure en 1939, qui écrivit : "L'une des deux Espagne saura te glacer le coeur". Quel bel emprunt !

Un seul (tout petit) bémol en ce qui me concerne : des phrases parfois extrêmement longues dont la structure alambiquée m'a quelque fois obligée à relire pour comprendre. Mais dans mon entourage, je suis la seule ; il faut croire qu'on peut aussi se laisser porter par ce flot passionné et bouillonnant à l'image de l'histoire de l'Espagne et des personnages du roman ;o)
Après une lecture aussi prenante, je me demande sur quoi je vais bien pouvoir enchaîner ... C'est le problème avec les "coups de coeur" !
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mercredi 23 février 2011

Les racines du ciel de Romain Gary

Folio, 494 p., 7,50€
Romain Gary a obtenu son premier prix Goncourt pour ce roman écologiste avant l'heure (le deuxième, il l'a eu pour "la vie devant soi" sous le pseudonyme d'Emile Ajar ; il est le seul écrivain a avoir eu deux fois ce prix prestigieux ... grâce à ce changement de nom qui ressemble fort à un bon tour !).
Quel magnifique roman ! Très dense, il demande un vrai effort de concentration.  Le récit en forme de flash-back donne la parole à des personnages variés, hauts en couleur et il faut suivre ! Mais on est totalement récompensé ...
Le héros, Morel, défend la cause des éléphants menacés d'extinction dans cette région qu'on appelait "l'Afrique Equatoriale Française" en 1953 et plus précisément au Tchad. Il fait signer une pétition pour obtenir leur protection mais devant son insuccès, passe à l'action illégale. Pour la petite histoire, les éléphants sont toujours menacés aujourd'hui, toujours à cause du trafic d'ivoire et de pattes ...
Pour Morel, protéger la nature c'est protéger les hommes puisqu'ils ont besoin d'elle, c'est aussi se battre pour "les racines du ciel", ces valeurs fondamentales qui font de nous de vrais êtres humains : la liberté, la solidarité, le respect de l'autre ... et ce n'est pas par hasard que Morel est un ancien résistant (lire le très beau passage de la page 205 à 211 !).

Si le nombre des personnages rend la lecture parfois difficile, il lui donne sa vraie profondeur car on connait la vie de chacun ; on trouve au fil du récit ceux qui soutiennent le combat de Morel comme Minna l'entraîneuse allemande, le major américain Forsythe, le naturaliste danois Peer Qvist, Idriss le pisteur noir ; on rencontre Waïtari qui essaie de récupérer le combat de Morel au profit du sien : l'indépendance de l'Afrique, les prêtres qui peu à peu se rapprochent de lui comme Saint-Denis, Tassin et Fargue, les aventuriers qui croisent son chemin par intérêt comme Habib et son ami De Vries, le photographe Abe Fields qui finira par l'aider à sa façon. On trouve aussi des administrateurs, des militaires qui fermeront les yeux et l'aideront car Gary fait de Morel un personnage fascinant par sa conviction, sa lucidité, son honnêteté et sa force de caractère. Morel est l'archétype du résistant à la grande âme, courageux et réaliste.
Tout Gary est là : ne jamais baisser les bras mais savoir que l'homme est son pire ennemi comme il le fait dire au major Forsythe : "Ce qui me pousse à me saouler, c'est la compagnie de mes semblables. Je peux en supporter un, le matin, deux au maximum dans la journée, mais vers quatre ou cinq heures de l'après-midi, je ne peux plus du tout en supporter et je bois."

Les racines du ciel fait partie de ces lectures indispensables qui nous engagent à nous indigner et à nous battre encore et encore. Merci Romain Gary !
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