Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

mercredi 28 août 2019

Le royaume de Pierre d'Angle de Pascale Quiviger

tome 1, L'art du naufrage, Rouergue, coll. épik, 2019, 482 p. , 16€90
Un petit régal !
Beaucoup d'action, de beaux personnages, des héros et des méchants, un style fluide et des thèmes intéressants.
Ce premier tome prometteur met en place le monde de Pierre d'Angle, un monde qui semble appartenir au Moyen-Age, un monde où pointent la magie mais aussi les inégalités sociales, les injustices, la guerre et les conflits d'intérêt. Bref, un monde qui ressemble diablement à notre monde actuel. Il faut croire qu'il reste encore des progrès à faire depuis le Moyen-Age ...
Et puis il y a le personnage d'Ema, une étrangère qui vient d'une île aux conditions de vie terrible d'où elle échappe un jour à sa condition d'esclave. Passagère clandestine sur le bateau du Prince Thibault, elle va se surpasser pour se faire accepter et montrer des qualités exceptionnelles.
Un très beau personnage qui nous rappelle que les réfugiés qui arrivent à nos portes peuvent nous aider bien plus que ce que nous pensons et sont eux aussi porteurs de progrès.
 Il est bon de le rappeler !
Les héros ne se ressemblent pas tous, certains se révèlent dans l'action et la nécessité quand d'autres ont tout de suite montré leurs qualités. Mais tous se surpassent pour l'intérêt commun, s’entraident et se soutiennent.
Une bien belle base de réflexion pour les ados.
Bientôt la suite ...
Très belle couverture !
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Un si beau diplôme de Scholastique Mukasonga

2018, Gallimard, 185 p., 18€
Encore un beau témoignage de l'autrice (mince, ça m'énerve d'utiliser ce terme auquel je préfère mille fois auteure qui, parait il, ne correspond pas à la morphologie de la langue ; on dit acteur/actrice donc auteur/autrice ... Pfou !!!!).
Après son enfance au Rwanda, elle raconte maintenant son itinéraire de jeune femme. Ses parents pressentant l'arrivée prochaine de violences terribles contre les tutsis, envoient Scholastique étudier au Burundi. Elle a décidé de devenir assistante sociale mais va devoir se battre avec opiniâtreté pour parvenir à ses fins.
Études brillantes dans un établissement religieux où les tutsis pauvres sont bien mal considérés, internat sinistre sans personne pour l'accueillir pendant les vacances, impossibilité d'exercer ensuite au Burundi, solitude et mépris constituent le lot quotidien de cette exilée douée.
Enfin un diplomate hollandais l'emploiera puis suivront d'autres jobs pour des ONG jusqu'à l'arrivée en France (avec son mari français), l'eldorado ... où elle devra reprendre entièrement ses études pour obtenir ENFIN "un si beau diplôme", celui qui lui permettra d'exercer son métier.
Il faut lire les romans de S. Mukasonga, marqués par l'amour de son pays le Rwanda, par le souvenir des terribles évènements qui entraînèrent la mort de toute sa famille et par le goût des détails de la vie quotidienne. Un mélange dont se dégagent mélancolie et combativité à la fois, illustrant une personnalité hors du commun.
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Jours sans faim de Delphine De Vigan

Un petit livre de poche de seulement 124 p., pour lequel l'autrice a visiblement largement puisé dans son propre vécu, même si les noms ont été changés.
 Pudeur, retenue mais aussi violence des mots, cruauté des propos et des descriptions nous rappellent que nous vivons dans un monde dur où il ne fait pas bon être différent, trop sensible ou mal entouré par son milieu familial. L'anorexie est un lourd tribut aux douleurs de vivre. Terrible maladie contre laquelle le combat est rude.
Ce premier roman, publié en 2001, laissait déjà palpiter tout l'univers de D. De Vigan, sa délicatesse, sa franchise, son audace et sa chaleur humaine. A mettre en relation avec "Rien ne s'oppose à la nuit" dans une construction autobiographique.
Un très court mais très émouvant moment de lecture où les mots sonnent justes.
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 Jours sans faim

La guerre des pauvres d'Eric Vuillard

Actes Sud, coll. un endroit où aller, 2019, 68 p.
Ce n'est pas un roman mais un "récit", il est nécessaire de le préciser sinon la concision du texte qui s'attache surtout aux faits pourrait décevoir. Hélas, il ne reste que peu de témoignages sur un pan d'histoire que les vainqueurs se sont empressé de jeter aux oubliettes ...
En 68 pages, il faut concentrer sa pensée et savoir exactement où amener celui qui lit. De ce point de vue, l'objectif est parfaitement atteint et cet ouvrage une réussite.
Eric Vuillard nous fait découvrir la guerre des paysans en Allemagne au 16e siècle, initiée par Thomas Müntzer, fils de paysan et devenu prédicateur à Zwickau car il aimait lire et réfléchir.
Müntzer eut le tort de penser que tous les hommes étaient égaux et libres aux yeux de Dieu, qu'il n'y avait pas d'intermédiaire entre Lui et les hommes, que l'on pouvait dire la messe en allemand et non en latin et qu'il était bon que les nobles et les riches se conforment aussi à la loi divine. Ces derniers ne le lui pardonnèrent pas, ils exterminèrent des villages entiers et torturèrent et tuèrent Thomas, finissant par empaler sa tête sur une pique. Ils avaient le sens de l'exemple !
 Il y eut d'autres soulèvements populaires au 16e siècle et par la suite, tous réprimés dans le sang avec férocité, bien entendu, y compris au Pays Bas et en Angleterre.
Le parallèle avec les gilets jaunes semble clair, de tous temps eurent lieu des soulèvements populaires, souvent violents car "Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs" ... Et la répression s'exerce toujours.
Et puis il y a de très beaux passages, au style éblouissant. Sur la mort de Thomas coururent toutes sortes de rumeurs, il aurait renié ses idées notamment. Voilà ce qu'en dit l'auteur :
"Ces légendes scélérates ne viennent courber la tête des renégats qu'au moment où leur est retirée la parole. Elles ne sont destinées qu'à faire tinter en nous la voix qui nous tourmente, la voix de l'ordre, à laquelle nous sommes au fond si attachés que nous cédons à ses mystères et lui livrons nos vies".
Passionnant.
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Les gratitudes de Delphine de Vigan

JC Lattès, 2019, 172 p., 17€
Delphine de Vigan, je l'ai peut être déjà dit sur ce blog, fait parti des auteurs, peu nombreux, qui savent délicatement faire naitre l'émotion et remercions la mille fois pour cela.
Peut être y arrive-t-elle tout simplement parce qu'elle aime profondément ses personnages, peut être parce que son style simple ne triche pas avec les sentiments, peut être parce qu'elle sait que le moteur de nos relations aux autres réside dans cette sensibilité et cette empathie. Cela ne plait pas à tout le monde, certains y trouvent de la facilité et préfèrent des textes plus durs. Moi je marche !!!!

Michka commence à souffrir de troubles neurologiques, les mots manquent parfois tant à cette ancienne journaliste qu'elle en devient parfois confuse. Quand le parfois se transforme en souvent puis à chaque phrase, l'entrée en EHPAD devient indispensable.
Marie est là, auprès d'elle ... Enfant elle allait se réfugier chez Michka quand sa mère disparaissait plusieurs jours ou n'était pas en état de s'occuper d'elle. Une complicité est née entre toutes les deux, une complicité qui n'a jamais cessé depuis.
Marie vient souvent voir Michka, sa façon à elle de la remercier pour l'aide qu'elle lui a apporté quand elle était enfant.
Mais Michka elle aussi doit remercier quelqu'un et maintenant cela urge, elle doit le faire avant de ne plus en être capable ...

Dans ce roman, on lit de belles phrases comme "Vieillir c'est apprendre à perdre" qui a beaucoup plu à ma mère, 90 ans cette année.

Un texte au plus près de son personnage principal, qui parlera aux plus de 60 ans, aujourd'hui déjà nombreux dans notre population.
Je lui donne un prix littéraire, le prix de l'humanité !
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La nouvelle de Cassandra O'Donnell et Les inoubliables de Fanny Chartres

L'un raconte l'arrivée au collège d'une jeune syrienne, l'autre l'entrée au lycée d'un groupe d'élèves étrangers (EANA).
Tous enfants “allophones” aux pays d'origine différents. Les deux romans décrivent la même nostalgie du pays quitté, la solitude et la souffrance qui guettent celui qui parle peu français, l'incompréhension face aux différences d'habitudes, de nourriture et l'hyper sensibilité à l'attitude des autres.
Alors que les lycéens des Inoubliables forment petit à petit un groupe soudé et solidaire, la jeune syrienne de La nouvelle va rencontrer l'amitié du jeune Gabriel qui l'aidera au quotidien.
Mais aucun n'oubliera que “celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va” …
A avoir en CDI de collège.
La nouvelle, C. O'Donnell, Flammarion Jeunesse, 2019
Les inoubliables, F. Chartres, Ecole des Loisirs, 2019

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