Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

jeudi 5 mai 2011

L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery

Poche/Gallimard Juin 2009 355 p 7,80 euros
Tout ou presque a été dit sur ce livre, il est même passé par les mains du cinéma qui en a fait à mon goût une adaptation assez moyenne.
Du moins je n'ai pas retrouvé la magie du roman qui opère  page après page à travers le lien que noue Renée - notre héroïne - gardienne d'immeuble "bourgeois" en plein centre de PARIS,   avec Paloma fillette de 12 ans- dont les parents résident dans le dit immeuble-. C 'est bien Paloma -surdouée- qui va découvrir qui est la vraie Renée et l'obliger à vivre dans le réel en acceptant ses différences.
C'est grâce à Paloma que Renée va prendre le risque de montrer son vrai "moi" à ce monsieur japonais cultivé, richissime, nouvel arrivé dans l'immeuble, qui va lui faire vivre des moments heureux.
Ce livre déclare la guerre aux étiquettes, à l'apparence et aux idées reçues. Il abat toutes les barrières, celles de l'âge, les barrières sociales et géographiques.
C'est un livre plein d'espoir et plein d'humour aussi.
Un vrai bon moment.
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lundi 25 avril 2011

Les cahiers de Justo García d' Andrés Trapiello

 10-18, livre de poche, 331 p., 7€50
Quel hasard ! En 3 mois, j'ai lu 3 romans en relation avec la guerre d'Espagne ! Tous 3 très différents mais chacun prenant, à sa façon ...
Le roman se présente sous la forme du journal intime d'un jeune typographe espagnol, socialiste et engagé dans l'armée républicaine. Justo García commence son récit (presque quotidien) au moment de la défaite des républicains, quand les combattants errent, totalement livrés à eux mêmes, après s'être battu jusqu'à l'extrême limite. Ensuite, il y a la fuite vers la frontière, un passage harassant en France dans la neige et l'arrivée dans le camp de Saint-Cyprien où les réfugiés vont connaitre des conditions de vie terribles : froid, faim, absence de soins, saleté, maladies, humiliations ... Seule la solidarité et l'amitié permettront à Justo de tenir le coup. Arrivera-t-il à sortir du camp, quelle sera sa destination, comment refera-t-il sa vie ? Voilà résumée la détresse de ceux qui ont tout perdu ...
Issu d'un milieu modeste, le héros d'Andrès Trapiello raconte avec des mots très simples son périple, ses émotions, il se dégage beaucoup de dignité de son récit.
La France ne sort pas grandie de ce moment d'histoire, pour quelques personnes généreuses combien d'indifférents, de racistes ou d'exploiteurs, sans parler du refus du gouvernement français socialiste (Léon Blum) d'envoyer de l'aide aux républicains malgré un traité entre les deux pays !
Dans un style d'écriture très différent, "le cœur glacé" ( Almudena Grandes) ainsi qu' "Antoine et Isabelle" (Vincent Borel), en couvrant une période historique plus longue, abordent aussi ce sujet.
Une lecture incontournable pour ceux que cette période intéresse.
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Une définition de l'écriture qui me va bien !

Une belle définition à partager entre nous :

" Je n'écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n'écris pas pour dire que je n'ai rien à dire. J'écris : j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été parmi eux, ombre aux milieux de leurs ombres, corps près de leurs corps; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie."

Georges Perec- Ecrivain français 1936 - 1982



C'est aussi pourquoi je lis ....

vendredi 22 avril 2011

La mort se lève tôt de Ramón Díaz-Esterovic

Métailié, 2004, 281p., 18 euros
Un polar comme je les aime ! Une enquête avec en filigrane un sujet de société, une plongée dans les eaux profondes (et parfois nauséabondes) du Chili actuel !
Heredia est détective privé à Santiago. Il supporte sa solitude en philosophant avec son chat, Simenon. C'est le privé type, porté sur la bouteille, solitaire, hanté par le passé, par les femmes qu'il a aimées. Et obstiné.
Son désenchantement se nourrit du passé de son pays :  il n'oublie pas qu'il a combattu la dictature de Pinochet, il n'oublie pas les victimes de la villa Grimaldi et de la DINA, la violence, les crimes commis, la répression terrible ...  L'ambiance du roman est dense, étouffante et on y apprend que quelqu'un peut se trouver brusquement nez à nez avec son ancien bourreau, celui-ci agissant en toute impunité et couvert par les autorités ! Justice n'a pas été faite et l'auteur dit à ce propos : 
" Pour récupérer la démocratie, nous avons dû garantir à Pinochet et aux siens qu'on ne toucherait pas à leurs intérêts politiques et économiques. Et les politiciens de centre droit qui gouvernent aujourd'hui ont été fidèles à ce pacte. Ensuite, ces dernières 12 à 14 années, nous avons vécu un blanchiment constant de l'histoire, les crimes de la dictature sont restés impunis et les avancées de la justice dans ce sens n'ont été que symboliques."
Aujourd'hui, les chiliens se divisent en deux catégories : ceux qui ne veulent pas oublier et les autres. Heredia appartient à la première et vérifie pendant son enquête qu'un lien de solidarité unit ceux qui en font partie ... une étincelle d'optimisme dans un monde bien noir.

L'intrigue policière se place ici à égalité avec les thèmes de la mémoire et de l'injustice, il ne faut donc pas lire le roman seulement pour l'enquête. A mettre en parallèle avec le roman (plein d'humour) de Luis Sepulveda, L'ombre de ce que nous avons été.
Décidément, voilà un pays qui ne me laissera jamais indifférente et dont l'histoire récente me remue encore : qui se souvient aussi des Quilapayun chantant "El pueblo unido jamas sera vincido" ?
Allez voir le billet d' Ys , très complet, grâce à elle (merci Ys !) j'ai fait connaissance avec ce privé amateur de citations et de chat. 
Et pour en savoir plus sur l'auteur, allez .
Vous n'aurez pas la première de couverture : je la trouve vraiment trop moche !!!

vendredi 15 avril 2011

Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Trois femmes puissantes de Marie NDIAYE 316 pages Edition Gallimard poche - paru en Janvier 2011.
Certes c'est Le Goncourt 2009 et de surcroît remporté par une femme, mais si Marie NDIAYE rejoint Elsa Triolet, Simone de Beauvoir, Edmonde de Charles Roux ou Marguerite Duras - entre autre - c'est bien avant tout à son talent qu'elle le doit.
Ce livre est une gifle, un coup de fouet donnés avec la plus extrême douceur, et c'est bien là tout le mystère de l'écriture de l'auteure.
Une écriture forte et douce à la fois pour nous décrire trois moments de vies de femmes.
Les hommes et les enfants y sont présents bien sûr, mais la puissance et la fragilité que dégagent ces femmes portent ce roman.
Ces femmes n'ont rien à voir entre elles et ne se rejoindront pas dans le roman, ces histoires sont bien distinctes, ce qui les réunit c'est l'Afrique, et la lâcheté des hommes.
Trois portraits qui ne vous quittent pas de sitôt :
- Norah qui retournant après tant d'années d'absence retrouver son père, découvrira un secret familial qui lui permettra de faire la paix avec sa jeunesse.
- Fanta, la plus absente du récit, mais la plus présente aussi
- Khady Demba , la magnifique, la courageuse,... On ne t'oublie pas.

A lire absolument, pour baigner dans l'univers de Marie NDIAYE qui nous donne tant de force.


samedi 9 avril 2011

Metal mélodie de Maryvonne Rippert

Editions Milan, coll. Macadam, 2010,  210 p., 9€50
Merci à M. Rippert d'avoir écrit le titre en français et de résister à l'hégémonie anglo-saxonne ! Grand mot mais réalité omniprésente ;o)
Lorsque Luce rentre chez elle, après sa journée au lycée, elle trouve la maison vide. Sa mère lui a laissé un mot sur la table : son journal l'envoie en Australie pour 4 mois, Luce devra se débrouiller toute seule assouvissant, à l'occasion, son désir d'indépendance.
Il est vrai que les relations mère/fille sont tendues mais de là à laisser sa fille de 16 ans gérer son quotidien, Luce a du mal à comprendre. La jeune fille va s'organiser cahin-caha, mûrir et découvrir enfin la vérité sur sa mère.
Metal mélodie a réveillé en moi des souvenirs de mère d'adolescente pas si lointains et, bien que l'intrigue soit peu crédible, la description des sentiments de la jeune fille m'a convaincue, parce qu'elle met bien en évidence toutes les contradictions de cet âge. Age maudit que j'ai vu s'éloigner avec OH combien de soulagement pour ma part !
Mais attention : "metal mélodie" n'est pas un roman gnangnan sur l'adolescence, il y a une première fois qui ne se passe pas très bien, un amour passion chaleureusement décrit, de la consommation de drogue et
d'alcool ... à ne pas mettre entre toutes les mains en collège, à partir de la 3e.
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jeudi 7 avril 2011

Purge de Sofi Oksanen

Stock, coll. La Cosmopolite, 2010, 399 p., 21€50

Estonie occidentale, de 1936 à 1951 et en 1991/1992.
Une jeune femme, Zara, arrive un jour, épuisée, sale et sans chaussure, chez Aliide Tamm et demande à la  paysanne de l'héberger. Son arrivée totalement impromptue va bouleverser la vie d'Aliide et la replonger dans un passé agité et trouble. La vieille estonienne va-t-elle accepter d'aider Zara ?

L'histoire de l'Estonie se situe au coeur de cette histoire de paysans, durs au travail, âpres au gain et attachés à leur ferme. Sofi Oksanen montre comment les 2 occupations soviétiques enserrent le pays dans un étau de répression, diluent les solidarités et incitent les gens à s'espionner et à se dénoncer pour sauver leur peau ou par intérêt personnel (cupidité, jalousie, vengeance ...).
Un vent lourd, oppressant souffle sur ce roman dont la construction parfaite alterne scènes du passé et scènes du présent. Mais que ce soit dans l'un ou l'autre, être une femme fait toujours de vous une victime des hommes !
Le personnage d'Aliide donne des frissons dans le dos tant elle est calculatrice mais, en même temps, peut on oublier ne serait-ce qu'un moment, les violences qu'elle a subies et dont elle cherche à éviter à tout prix la répétition ? 
Roman très fort, parfois dur et pénible mais roman réaliste, ode tragique au courage universel des femmes qui s'accrochent aux mille et un gestes du quotidien pour survivre, pour garder leur identité ... Traire les vaches, préparer le pain, accommoder les champignons, rentrer le foin, préparer des conserves ... autant de gestes banals qui permettent de noyer la douleur et la peur en se plongeant dans le "faire", dans le "survivre" indispensable.
Pour moi, un prix "Fémina étranger" sans conteste largement mérité mais à lire quand on a le moral ;o)
Une interview intéressante de l'auteure sur : 
http://www.myboox.fr/video/sofi-oksanen-l-estonie-51-ans-d-occupation-et-de-trahison-3963.html
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mercredi 6 avril 2011

Mauvaise fille de Justine LEVY

Mauvaise Fille de Justine Levy - Édition Livre de poche 184 pages - 6,50 E
Tombée par hasard sur ce livre que j'avais vu au moment de sa parution en tête des ventes, je me suis laissée tenter.
Et là quelle bonne surprise!
Une fille accompagne sa mère dans sa lutte contre le cancer et apprend durant cette période qu'elle attend son premier enfant.
Certes l'histoire en elle même n'a rien de franchement "joyeux" mais l'écriture déliée, spontanée de cette jeune femme nous fait littéralement dévorer ce roman.
Personnellement très proche de cette histoire, j'ai totalement adhéré aux sentiments évoqués par l'auteure: la culpabilité de l'enfant "abandonné" et "balloté", le rapport aux médecins, la fin, et après la fin.....
Cette relation mère - fille si fusionnelle, si proche et si distante à la fois est superbement décrite par Justine Levy.
Un vrai style moderne qui me fait languir son prochain roman.


samedi 2 avril 2011

La consolante d'Anna Gavalda

2010, 634 p., 8€40, poche J'ai lu
Anna Gavalda est une romancière française à succès dont plusieurs romans ont fait l’objet d’adaptations  cinématographiques.
Sentiments partagés  pour  cet ouvrage, qui s’est révélé difficile à démarrer. Une histoire d’aujourd’hui pourtant simple, un couple qui meurt un autre qui nait, mais qui malgré tout nous embarque dans une quête de l’Autre longtemps souhaitée et attendue.
Des héros attachants qui évoluent dans deux mondes différents que rien ne rapproche vont pourtant se rencontrer.
Dans un style d’écriture très haché et chaotique et qui n’est pas toujours simple à suivre, c’est pour moi  le principal reproche que je ferai à ce roman, on tient quand même à savoir ce qu’il va advenir de notre héros perdu dans un monde actuel qui ne l’enchante plus et un passé qui le hante …. et là, on s’accroche !
Enfin on découvre avec lui un Peter Pan féminin Ecolo qui va lui accorder asile.
Un joli tour de piste des sentiments masculins juvéniles, face à la maturité naissante, mais qui, malgré tout, ne méritait pas à mon sens, ces plus de 600 pages.
A lire donc, avec patience et modération.
Elisabeth.




Aujourd'hui, c'est Elisabeth qui s'y colle !

De la diversité nait la richesse, nous le savons tous ! Chacun de nous n'a qu'un point de vue partiel des choses (et donc des livres) et "Il faut limer sa cervelle à celle d'autrui", nous conseille Montaigne, pour ouvrir son esprit. Alors, un nouveau point de vue s'exprime sur ce blog, celui d'Elisabeth ... et il est affuté ;o)
Merci de ton aide précieuse !

mercredi 23 mars 2011

Antoine et Isabelle de Vincent Borel

Sabine Wespieser Éditeur, 2010, 489 p., 24€
L'histoire démarre en 2001, en Jamaïque. Michel Ferlié, un patron issu d'une vieille famille de soyeux lyonnais, a invité quelques parisiens branchés. Un "jeune qui monte à la télé" tient un discours négationniste, face à un homme dont le grand-père fut déporté à Mauthausen ... Voilà rassemblés les ingrédients du récit.

Vincent Borel alterne alors deux récits s'étalant des années 20 à la seconde guerre mondiale, l'histoire de sa propre famille d'origine espagnole et l'histoire vraie des Gillet, grands patrons à Lyon.
Bien que d'origine très modeste, les deux familles vont faire des choix et connaitre des destins bien différents qui permettent de retracer cette période mouvementée.
Les grands-parents de l'auteur, Antonio et Isabel dont les familles ont fui la misère pour s'installer à Barcelone, vont s'y marier. Antonio deviendra communiste, se battra pour le progrès social, verra la France et l'Angleterre refuser leur aide à la jeune République espagnole, se battra contre l'armée de Franco ... jusqu'à la défaite. Alors, le jeune couple et ses enfants devra quitter l'Espagne pour s'exiler en France, arrivera de justesse à éviter les terribles camps français et Antonio, entré dans la Résistance, sera déporté à Mauthausen. Il en reviendra changé à jamais et devenu "Antoine", il emmènera régulièrement ses enfants et petits enfants visiter le camp ... devoir de mémoire !

Un canut de Lyon, grâce à son ingéniosité et sa curiosité, utilise des procédés chimiques nouveaux dans les textiles et fait fortune. Les Gillet, devenus des patrons paternalistes et durs, dès le début favorables à Hitler, vont se répartir habilement la tâche : le gendre collaborera avec les allemands, allant même jusqu'à produire pour eux du Zyklon B (pour les chambres à gaz) tandis que les frères resteront en contact avec les américains notamment en achetant des brevets de fabrication à Dupont de Nemours, ce qui leur permettra, à la libération, de produire de nouveaux textiles tel le nylon. Il fallait reconstruire le pays et ils ne seront jamais inquiétés. Quelles que soient les vicissitudes de l'histoire, leur ligne de conduite vise le profit !

Le récit de Vincent Borel se caractérise par sa grande rigueur et sa fidélité à l'histoire. Il s'en dégage au premier abord une certaine froideur car il ne décrit que rarement les sentiments de ses personnages. Cela m'a gênée mais, après réflexion, je trouve que ce choix donne de la force à son récit, en forme de nécessaire devoir de mémoire, hommage à ses grands-parents : d'un côté il y a bien eu les salauds (soutenus, en France, par l'écrasante majorité du patronat français) de l'autre les victimes et nous ne devons jamais l'oublier ...

Une courte interview de Vincent Borel :
http://culturebox.france3.fr/all/27571/un-livre-un-jour-antoine-et-isabelle-de-vincent-borel
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mardi 15 mars 2011

A propos du pseudo de Maupassant ...

Je vous avais dit que Maupassant avait d'abord publié les nouvelles de son recueil "Contes de la bécasse" dans 2 revues sous le pseudonyme de "Maufrigneuse".
Par curiosité, j'ai cherché à en trouver l'origine.
La duchesse Diane de Maufrigneuse est un personnage de la comédie humaine de Balzac ! Elle apparait dans de nombreux romans et notamment dans "le cabinet des antiques". C'est une séductrice qui ruine ses amants de la haute société ... Brrrr !

Le treizième conte de Diane Setterfield

Pocket, 2006, 562 p., 7.50€
Déception. Voilà le seul mot qui me vient à l'esprit.
J'avais lu des articles enthousiastes sur plusieurs blogs littéraires, c'est pourquoi je l'ai acheté ... mais un ennui incommensurable m'est tombé dessus à la page 108 exactement ! J'ai bien failli abandonner et c'est cahin caha que j'ai fini ce roman un peu gothique, un peu anglais, un peu psychologique, un peu abracadabrant et surtout vide.
Les personnages évoluent dans un contexte inconsistant, l'auteure les veut originaux voire extravagants mais, pour moi, ils ne sont qu'insipides et sans intérêt. Tout cela se joue dans une ambiance étouffante et triste. Quant à l'intrigue, elle m'a laissée, déconfite, sur le bord du chemin, je n'ai même pas envie d'en raconter le début ...
Désolée,  je ne le conseille à personne même pour la plage ou les vacances ;o)
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vendredi 4 mars 2011

Contes de la bécasse de Guy de Maupassant

Le livre de poche, coll. Les Classiques de Poche, couv. Claude Monet "la chasse", 1998, 2,75€
Après m'être régalée à lire "le coeur glacé", je ne savais pas sur quel livre enchaîner, il fallait un style très
différent ! J'ai opté pour un grand classique, un recueil de nouvelles que j'avais jusque là négligé parce que, étonnamment, je n'ai aucun penchant naturel pour la chasse ...
Le choc fut rude, passer du style romantique et "fleuve" de l'auteure espagnole à celui réaliste et cynique de notre grand Maupassant, c'est faire le grand écart ... Mais je n'ai pu que m'émerveiller devant la précision des descriptions, le sens du détail significatif, les chutes toujours bien amenées, la mise en évidence des travers humains : cruauté, couardise, avarice, égoîsme, méchanceté ...
Toutes les nouvelles se déroulent en Normandie ce qui donne une belle unité au recueil et si les repas de chasseurs en sont le point de départ, aucune ne concerne ces messieurs par la suite. Ouf !!!
Comme souvent à l'époque, elles ont toutes été préalablement publiées dans des revues aux titres évocateurs : "le Gaulois" et "Gil Blas" entre avril 1882 et avril 1883 (souvent sous le pseudonyme de Maufrigneuse) avant d'être réunies en recueil.
Au jeu des "préférées", "Le testament" et "Un fils" ont gagné ; la première parce qu'il s'agit de la vengeance d'une épouse opprimée par son mari et la seconde parce qu'elle nous montre des hommes faibles mais en même temps conscients de leur faiblesse et, du coup, beaucoup plus sympathiques.
Voilà, vous venez de faire connaissance avec Catie la féministe ;o)

mercredi 2 mars 2011

Le coeur glacé d'Almudena Grandes

trad. Marianne Millon, couv. D.Murtagh/Trevillion Images, le livre de poche, tome 1/2, 8€x2, 2008, 629 p.
Une lecture INDISPENSABLE ! Ne vous laissez pas impressionner par l'épaisseur des deux volumes, ça en vaut vraiment la peine !
Almudena Grandes nous offre avec ce roman la rencontre de l'Histoire avec un grand H et du destin individuel, c'est l'alchimie que je préfère en littérature car elle mêle étroitement réflexion et émotion ...
Alvaro Carrion Otero appartient à une famille madrilène de droite qui a bâti sa fortune sur l'immobilier. Raquel Fernandez Perea est issue d'une famille de "rouges", ses grands-parents et ses parents ont du s'exiler à Paris et n'ont pu rentrer en Espagne qu'après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975. Rien n'aurait du les rapprocher mais Alvaro s'est toujours senti différent des autres membres de sa famille ...
Parallèlement à la belle histoire d'amour passion, Almudena Grandes noue une intrigue qui lui permet de retracer 70 ans d'histoire de l'Espagne à travers la vie des deux familles de bord opposé : les sombres périodes de la guerre civile, de la seconde guerre mondiale, de la dictature franquiste et l'après dictature.
A lire absolument pour connaitre le destin de ces milliers de personnes qui se battirent pour leurs idées jusqu'à tout perdre y compris la vie, pour comprendre ce que cela signifia de continuer à vivre pour les exilés républicains de 1939, ce que signifia pour eux l'incompréhensible bienveillance des démocraties européennes vis à vis de Franco à la libération, ce qu'ils ressentirent lorsque, enfin de retour en Espagne, ils comprirent que tout avait été fait pour les oublier ... Les héros du roman vérifient à leurs dépends que la vérité et le devoir de mémoire, pourtant indispensables, engendrent aussi douleur et violence. Impossible de tout dire, tant le roman offre de thèmes de réflexion et de sentiments divers tout en nuance. Si on ne peut s'empêcher d'être souvent ému à la lecture, c'est que chaque détail est inspiré de "vraies vies" et il faut absolument lire la note, émouvante, en fin de roman où l'auteur remercie  individuellement les espagnols qui ont accepté de témoigner avec beaucoup de dignité. Poignant et magnifique.
Le titre est un hommage au poète Antonio Machado, mort en exil à Collioure en 1939, qui écrivit : "L'une des deux Espagne saura te glacer le coeur". Quel bel emprunt !

Un seul (tout petit) bémol en ce qui me concerne : des phrases parfois extrêmement longues dont la structure alambiquée m'a quelque fois obligée à relire pour comprendre. Mais dans mon entourage, je suis la seule ; il faut croire qu'on peut aussi se laisser porter par ce flot passionné et bouillonnant à l'image de l'histoire de l'Espagne et des personnages du roman ;o)
Après une lecture aussi prenante, je me demande sur quoi je vais bien pouvoir enchaîner ... C'est le problème avec les "coups de coeur" !
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mercredi 23 février 2011

Les racines du ciel de Romain Gary

Folio, 494 p., 7,50€
Romain Gary a obtenu son premier prix Goncourt pour ce roman écologiste avant l'heure (le deuxième, il l'a eu pour "la vie devant soi" sous le pseudonyme d'Emile Ajar ; il est le seul écrivain a avoir eu deux fois ce prix prestigieux ... grâce à ce changement de nom qui ressemble fort à un bon tour !).
Quel magnifique roman ! Très dense, il demande un vrai effort de concentration.  Le récit en forme de flash-back donne la parole à des personnages variés, hauts en couleur et il faut suivre ! Mais on est totalement récompensé ...
Le héros, Morel, défend la cause des éléphants menacés d'extinction dans cette région qu'on appelait "l'Afrique Equatoriale Française" en 1953 et plus précisément au Tchad. Il fait signer une pétition pour obtenir leur protection mais devant son insuccès, passe à l'action illégale. Pour la petite histoire, les éléphants sont toujours menacés aujourd'hui, toujours à cause du trafic d'ivoire et de pattes ...
Pour Morel, protéger la nature c'est protéger les hommes puisqu'ils ont besoin d'elle, c'est aussi se battre pour "les racines du ciel", ces valeurs fondamentales qui font de nous de vrais êtres humains : la liberté, la solidarité, le respect de l'autre ... et ce n'est pas par hasard que Morel est un ancien résistant (lire le très beau passage de la page 205 à 211 !).

Si le nombre des personnages rend la lecture parfois difficile, il lui donne sa vraie profondeur car on connait la vie de chacun ; on trouve au fil du récit ceux qui soutiennent le combat de Morel comme Minna l'entraîneuse allemande, le major américain Forsythe, le naturaliste danois Peer Qvist, Idriss le pisteur noir ; on rencontre Waïtari qui essaie de récupérer le combat de Morel au profit du sien : l'indépendance de l'Afrique, les prêtres qui peu à peu se rapprochent de lui comme Saint-Denis, Tassin et Fargue, les aventuriers qui croisent son chemin par intérêt comme Habib et son ami De Vries, le photographe Abe Fields qui finira par l'aider à sa façon. On trouve aussi des administrateurs, des militaires qui fermeront les yeux et l'aideront car Gary fait de Morel un personnage fascinant par sa conviction, sa lucidité, son honnêteté et sa force de caractère. Morel est l'archétype du résistant à la grande âme, courageux et réaliste.
Tout Gary est là : ne jamais baisser les bras mais savoir que l'homme est son pire ennemi comme il le fait dire au major Forsythe : "Ce qui me pousse à me saouler, c'est la compagnie de mes semblables. Je peux en supporter un, le matin, deux au maximum dans la journée, mais vers quatre ou cinq heures de l'après-midi, je ne peux plus du tout en supporter et je bois."

Les racines du ciel fait partie de ces lectures indispensables qui nous engagent à nous indigner et à nous battre encore et encore. Merci Romain Gary !
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dimanche 30 janvier 2011

Comme des trains dans la nuit d'Anne Percin

Editions du Rouergue, coll. Doado, graphisme : Dorothy-Shoes, 2011, 119 p. , 9€50
Ces 4 nouvelles d'Anne Percin nous émeuvent parce qu'elles nous donnent à voir comment les jeunes se battent pour surmonter la détresse de la condition humaine, la solitude ou l'humiliation. Parfois en se trompant, parfois en tâtonnant, parfois avec tendresse mais toujours à deux et "comme des trains dans la nuit" ils cherchent à s'en sortir.
 Très beaux textes, délicats, durs aussi pour certains, avec une pointe d'humour parfois.
Ma préférée : "loin des hommes" raconte une première fois si empreinte d'étonnement, de tendresse et de poésie que j'en ai eu les larmes aux yeux. Optimisme : tout cela est à portée de nos mains, saisissons nous en !
Un auteur à découvrir.
3e bons lecteurs et tous les plus âgés sans restriction.
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La saga Mendelson, tome 1, Les exilés de Fabrice Colin

Seuil, 2009,  276 p. , 16€50
Fabrice Colin conte l'histoire d'une famille juive au long du 20e siècle en entrecoupant le récit de témoignages, extraits de la presse de l'époque, journaux intimes, lettres, dessins et photographies.
"Les exilés" commence par une préface rédigée par Doris Mendelson, une descendante de Batsheva et Isaac Mendelson, les héros du tome 1. Elle explique que c'est finalement un étranger, un "goy", Fabrice, qui se chargera de raconter la saga familiale ...
La forme originale donnée au roman le rend extrêmement vivant et tout à fait crédible, loin d'amoindrir l'intérêt du lecteur pour les destins individuels, elle leur confère une dimension historique convaincante et réaliste.
Elle nécessite cependant des compétences de lecture bien maîtrisées et je conseillerais le livre aux ados à partir de la 4e très bons lecteurs /3e et aux adultes sans restriction !
Le premier tome nous plonge dans l'inhumanité de l'antisémitisme du 19e siècle et du début du 20e, nous voyageons  d'Odessa à Vienne puis New York ... Les personnages sont de sang et d'os, ils luttent pour leur survie et nous tremblons pour eux.
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Où se perdent les hommes de René Frégni

Denoël, Folio, 2000, 184 p., 5€10

Ralph, écrivain, anime un atelier d'écriture à la prison des Baumettes à Marseille. Récemment séparé, noyé de solitude, il fait la connaissance d'un détenu, Bove. Bove est incarcéré pour le meurtre de sa femme qu'il a aimée passionnément ; complètement replié sur lui-même, il refuse tout contact avec les autres et vit dans le souvenir de Mathilde.
Patiemment, pas à pas, Ralph va apprivoiser Bove, d'abord par la peinture, puis par l'écriture et finalement par la parole aussi. La solitude du détenu, son acharnement à vivre dans le passé le fascinent, jusqu'à l'irréparable.
La description du monde carcéral avec en corollaire la souffrance de l'enfermement est très belle et sonne terriblement juste. Et pour cause ... allez voir sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rene_Fregni
En contrepoint, il y a le plaisir de retrouver notre Marseille, sa luminosité, sa mer, sa vitalité ... une bouffée d'air !
Malgré une lueur d'optimisme à la fin, il vaut mieux aborder ce magnifique roman avec un moral d'acier.
Regrettable que René Frégni reste si peu connu du grand public ! C'est un grand !
Merci à Ghislaine qui me l'a fait lire.
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Hyacinthe et Rose de François Morel

Peintures de Martin Jarrie, Editions Thierry Magnier, 2010, 74 p., 31€
Cet album au format impressionnant (il est immense) raconte des souvenirs d'enfance imaginaires ou autobiographiques, le lecteur n'en saura rien.
Parfois amusants, parfois émouvants, anecdotes et souvenirs s'enchaînent tandis que la fraîcheur de l'enfance nous apporte un point de vue d'une implacable simplicité. La manière d'agir des adultes ne parait pas toujours bien logique et bien compréhensible aux enfants ... mais reste le bonheur des moments passés ensemble, des petits plaisirs de la campagne et surtout le monde magique des fleurs qu'adoraient ces grands-parents si dissemblables et qui pourtant s'aimaient tant et aimaient tant leurs petits-enfants !
L'album fait la part belle aux illustrations sous forme de monumentales peintures de fleurs, placées sur chaque page de droite, celle dont on sait que le lecteur la voit en premier. Et c'est bien cela qui m'a gênée car j'ai trouvé ces peintures parfois trop lourdes, trop travaillées, trop léchées à mon goût ... Affaire personnelle !
Il n'en reste pas moins l'ode aux grands-parents dont le rôle est, on le sait, irremplaçable.
De 9 à 99 ans.
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mercredi 19 janvier 2011

Les soeurs Brelan de François Vallejo

Viviane Hamy, couv. Francis Picabia, 2010, 19€, 285 p.
Marthe, Sabine et Judith Brelan sont sœurs jusqu'au bout des ongles : elles se comprennent par le regard, sont solidaires en toute circonstance et quand leur père meurt, elles tiennent tête au conseil de famille pour rester toutes les 3 dans leur maison familiale.
Elles ont voulu leur indépendance ? Et bien elles vont devoir dorénavant gagner leur vie et faire face seules à toutes les difficultés sans aucune aide ... telle est la menace que brandit sur leurs têtes la sinistre tante Rosie.
C'est compter sans la grand-mère Madeleine qui, bien qu'elle n'ait plus toute sa tête, sait toujours voir l'essentiel et les aide à sa manière.
A travers les vies de ces 3 femmes qui doutent parfois mais qui puisent leur force dans leur complicité, c'est à la rencontre du destin individuel avec l'histoire collective que nous assistons. En effet, les soeurs Brelan vont vivre tout un pan de l'émancipation des femmes, de l'après-seconde guerre mondiale à la chute du mur de Berlin et l'histoire, quoique discrète et seulement suggérée, est toujours là.
Chacune avec sa personnalité : Marthe est celle qui aide et soutient, Sabine celle qui veut arriver dans la société, Judith est l'idéaliste rebelle, chacune a sa façon, va vivre avec son temps et va chercher à se réaliser, avec ou sans homme ...mais en s'entraidant toujours.
Le roman est servi par une écriture alerte, qui bouge et nous bouge ... Une belle réussite !
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mardi 18 janvier 2011

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte de Thierry Jonquet

Seuil, coll. Roman noir, 2006, 343 p. , 18€
Thierry Jonquet trace, à travers ce roman très noir, un instantané de la société française qui fait froid dans le dos.
Il montre comment la casse des services publics (hôpitaux, police, justice et éducation) contribue largement à la montée de l'intégrisme, à l'augmentation de la criminalité et des trafics et entraîne inéluctablement le désarroi de ceux qui y travaillent et se sentent impuissants.
Les personnages principaux : Lakdar l'adolescent d'une cité déshéritée, Anna la jeune prof débutante, Verdier le substitut du procureur, Laroche le commissaire de police, les caïds des cités, Slimane le jeune intégriste militant font le lien entre les différents milieux sociaux sans caricature ou outrance.
C'est le collège qui est dépeint avec le plus de justesse et la télé ne s'y est pas trompée puisqu'un téléfilm a été tiré du roman : "Fracture", dont le centre est l'établissement scolaire. Impossible pour tout enseignant de ne pas se reconnaitre dans le découragement et le désarroi de la jeune prof d'histoire / géographie ... sauf à n'avoir travaillé que dans des quartiers privilégiés !
Un roman extrêmement prenant avec une fin tragique et poignante.
Une lecture choc à recommander à tous pour que chacun s'indigne, comme nous y engage Stéphane Hessel ("Indignez vous !", ed. Indigène, 3€).
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mercredi 12 janvier 2011

Des éclairs de Jean Echenoz

Les éditions de Minuit, 2010, 174 p., 14€
Jean Echenoz dresse le portrait d'un inventeur génial, ingénieur en électricité, directement inspiré du personnage réel de Nikola Tesla (1856-1943). Dans le même style que ses 2 romans précédents "Ravel" et "Courir" sur Emile Zatopeck, qui s'inspiraient très librement de leurs biographies.
Mais ... autant ces deux personnages attiraient assez rapidement notre sympathie, autant l'ami "Gregor" comme Echenoz l'a baptisé, peine à paraître humain ! Obsessionnel de la propreté, névrosé, solitaire, n'exprimant jamais ses sentiments, fuyant la compagnie des femmes, n'aimant que les oiseaux, ne s'intéressant qu'à ses expériences, infatué de lui-même, méprisant ses collaborateurs et le commun des mortels ... le personnage n'a rien à offrir pour nous attendrir même lorsqu'il se fait exploiter par Edison ou voler par Westinghouse.
Ce portrait, très habile et trop fidèle, nous renvoie l'image d'un professeur Nimbus si antipathique que je ne me suis jamais sentie concernée par l'histoire de cet homme froid et étranger au genre humain.
Reste le portrait d'un génie, démesuré et hors du commun, qui intéressera les psy et plaira aux amateurs d'étrange.
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jeudi 6 janvier 2011

Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti

Actes Sud, Babel, 2009, 7€50, 253 p.
Traduit du suédois par L.Grumbach et C.Marcus, couv. Susan Fox / Trevillon Images
Un paysan suédois propriétaire d'une ferme et de 24 vaches et une bibliothécaire intello et écologiste se rencontrent au cimetière. Bingo, coup de foudre !
Le "choc des cultures" est décrit avec beaucoup d'humour, tout les oppose : elle aime le sobre lui les dentelles, elle lit Lacan et lui les revues techniques sur les tracteurs, elle est de gauche lui de droite, il rêve d'une bonne cuisinière elle est adepte des plats tout prêts, elle veut des vacances au soleil lui ne s'éloigne que pour pique niquer dans la forêt voisine, elle apprécie les sorties culturelles il trime 90 heures par semaine et pique du nez dès 21h ...
Arrivé au 2/3 du roman, on se met à attendre quelque chose qui ne viendra jamais, comme une action insensée, un deus ex machina, une inondation, un cyclone, un tremblement de terre ... Que cet amour soit impossible, on le sait comme les protagonistes d'ailleurs, depuis le début du roman mais pourquoi avoir fait durer l'histoire si longtemps ? Dommage, mais allez, ne négligeons aucune occasion de rire un bon coup !
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dimanche 2 janvier 2011

Un père lointain d'Antonio Skarmeta

Grasset, 2010, 10€, 131 p.
Un bonheur de lecture, petit roman frais comme une fenêtre ouverte sur le jour qui se lève ! Une histoire toute simple, empreinte de générosité et d'humanité dans un village perdu du Chili.
Jacques retrouve, totalement par hasard, la trace de son père Pierre.
Pierre, le français qui a abandonné quelques années auparavant son fils et sa femme pour retourner à Paris. Que va faire le jeune instituteur de cette découverte douloureuse pour son entourage et pour lui-même ?
 Dans un style dépouillé, Skarmeta nous laisse deviner et imaginer les sentiments qui agitent son héros. Jacques exprime ce qu'il ressent par ses actes, ses attitudes, ses non-dits et ... accessoirement quelques rares mots ! Et Skarmeta tisse doucement les péripéties de son récit en mettant leur sens en exergue.
Tranches de vie populaire, dialogues empreints d'humour, moments d'émotion ... De la dentelle je vous dis !
A.Skarmeta a reçu le Prix du livre de jeunesse sur la tolérance, décerné par L'UNESCO en 2002, pour l'album de littérature jeunesse "La rédaction" (magnifique, je vais le relire !) et le prix Médicis Étranger pour "La noce du poète" en 2001. Pour en savoir un peu plus sur lui : http://www.bibliomonde.com/auteur/antonio-skarmeta-182.html.

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Replay de Ken Grimwood

Editions du Seuil, coll. Points, 8€, 431 p.
J'avais lu pas mal de bonnes critiques sur les blogs littéraires mais j'ai été bien déçue ! 
Tout d'abord, l'histoire : Jeff Winston meurt d'une crise cardiaque à 43 ans et ... se réveille à 18 ans. Il va pouvoir ainsi recommencer sa vie plusieurs fois (c'est ça le "replay"). 
Il est d'abord attiré par la bamboche, les drogues, la richesse et le bling bling, ensuite la vie de famille, puis il essaie de rendre le monde plus juste mais se rend vite compte que c'est mission impossible. Au cours d'une de ses vie, il rencontre une cinéaste qui, elle aussi, a droit au "replay". Bien sûr, ils tombent amoureux et je vous passe les difficultés pour se retrouver chaque fois qu'ils changent de vie ! Mais leur amour non plus ne durera pas ...

A l'instar des deux héros, j'ai senti une certaine lassitude face à cet éternel recommencement et à la vacuité de leurs vies ... Tout ça pour en arriver à la conclusion que ce sont nos choix qui donnent de l'intérêt à la vie, qu'on est seul et qu'il faut vivre pour soi ! Merci bien, j'ai vu plus optimiste et généreux, j'ai eu l'impression d'avoir perdu mon temps à lire 431 pages pour en arriver là.
Roman le plus décourageant de l'année 2010, à réserver aux désenchantés ;o)
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samedi 1 janvier 2011

Que 2011 rime avec santé, amour, succès ! Encore mieux que 2010 !

Souhaitons nous beaucoup de belles surprises littéraires, des découvertes ébouriffantes, des lectures qui nous transporteront, des révélations d'écriture, du plaisir à toutes les pages ! Et tant qu'on y est, que la grâce littéraire touche la classe dirigeante et la mène vers un monde plus juste ;o) Si, par un malencontreux hasard, tel n'était pas le cas, rappelons nous que "Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégouts de la vie". (Montesquieu)

lundi 20 décembre 2010

Comment (bien) rater ses vacances d'Anne Percin

Editions du Rouergue, couv. Dorothy-Shoes, coll. Doado, 185 p., 11€50
A 17 ans, Maxime refuse de passer ses vacances avec ses parents. Il restera à Paris avec sa grand-mère pendant que ses parents randonneront sur le GR corse.
Hélas, rien ne va se passer comme prévu et les mésaventures vont s'accumuler !
Le roman rappelle fort judicieusement aux ados qu'il n'est pas facile de devenir un adulte au quotidien et de faire face à toutes les situations sans l'aide de papa-maman (en l'occurrence injoignables).
Anne Percin cultive le mot juste et le trait d'humour. Un cocktail fort réussi : j'ai ri du début à la fin.
Voilà un extrait pour vous donner une petite idée de la chose :
" Chers parents,
Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J'espère que vous n'êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse. Heureusement, j'ai l'eau-de-vie de Mamie, ça m'aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m'envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c'est l'heure de ma piqûre d'héroïne.
Gros bisous, votre fils bien-aimé,
Maxime."
Le texte regorge de références musicales que les ados apprécieront et pour les autres, voilà une occasion de (re)découvrir des "incontournables"  ;o)
3e et lycée
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La belle Adèle de Marie Desplechin

Gallimard Jeunesse, couv. Lucie Durbiano, 2010, 154 p. , 8€50
On est plus heureux quand on ressemble aux autres. En tout cas, c'est ce que pensent Adèle et Frédéric, deux copains d'enfance. Or aucun des deux ne se fond dans la masse des collégiens : Adèle s'habille à la va comme j'te pousse et Frédéric plane intellectuellement trop loin au-dessus de ses camarades de classe. Impardonnables.
Pour que les autres ne les regardent plus comme des bêtes curieuses, ils unissent leurs différences et ... font croire qu'ils sortent ensemble. Ils comptent impressionner ainsi leurs camarades. Mais un grain de sable va gripper la machine !
Beaucoup d'humour dans ce petit roman sympathique qui illustre bien le monde du collège et qui défend un principe simple mais fondamental : quand on veut quelque chose, il faut se remuer pour l'obtenir !
Bien pour les 5e/4e qui perdent leur spontanéité face au regard des autres ...
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dimanche 19 décembre 2010

Walking Dead de Charlie Adlard et Robert Kirkman (et Tony Moore)

BD, Delcourt, 2007, 142 p., 13€
série en 12 tomes, illustrations en noir et blanc
Des films de zombies, le scénariste de Walking dead, Robert Kirkman dit : "Les bons films de zombies nous révèlent à quel point nous pouvons être déséquilibrés ... ainsi que la situation de détresse dans laquelle se trouve notre société aujourd'hui. Bien sûr, ils amènent également leur dose de gore, de violence ... Mais il y a toujours en arrière-plan cette critique sociale." La tendance générale de la BD est donnée.
Le héros, Rick Grimes, flic de son métier, sort du coma après avoir été blessé lors d'une opération. Il découvre, horrifié, un monde totalement transformé : les humains ont été contaminés et sont devenus des zombies. Il part sur les routes, à la recherche de sa femme et de son fils ...
Kirkman nous montre comment Rick, flic lambda, s'adapte à ce nouveau monde, en usant de violence mais en se posant toujours la question de son humanité. Comment il devient leader en protégeant et en accueillant pacifiquement les nouveaux venus parce qu'il a remarqué "qu'en groupe, on s'en sort mieux".
Rick prend conscience que les circonstances le changent profondément mais il veut désespérément garder ses valeurs : solidarité, honnêteté et humanité.
Une magnifique bande dessinée, loin des clichés du gore (même si la violence est présente) et servie par le très beau dessin de Charlie Adlard ... Le cadeau de Noël !
A partir de la 3e
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dimanche 12 décembre 2010

Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo

Librio, 2006, 97 p., 2€
Accrochez vous, c'est du lourd ;o)
Tout le monde a entendu parler du combat de Victor Hugo contre la peine de mort. Il met dans ce récit (comme dans "Claude Gueux", à lire aussi) toute la force de sa conviction et de son humanité.
Un jeune condamné à mort raconte, à la première personne, les jours et les heures qui précèdent son exécution. Victor Hugo s'en tient aux faits, aux choses, aux lieux pour faire ressentir la souffrance qu'inflige ce traitement barbare. Rien ne nous est évité, ni la panique ni la révolte du pauvre homme et pourtant, pas d'outrance, pas de pathos. Avec son style, inégalable.
Une leçon de simplicité et de dignité à une époque où le déballage des sentiments en public (par la télé réalité) a quelque chose d'écœurant.
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Chien blanc de Romain Gary

En 1968, Romain Gary vit à Beverley Hills, avec Jean Seberg. Aux États Unis, la ségrégation raciale a encore cours. Un beau matin, il trouve un chien devant sa porte, un berger allemand déjà âgé. Le chien insiste pour entrer ... Gary l'adopte. Très rapidement, il se rend compte que l'animal a été spécialement dressé pour attaquer les noirs. Choqué qu'un animal puisse payer le prix de la folie des hommes, il l'emmène dans un chenil où un dresseur "génial" (un noir, bien sûr) doit le rendre inoffensif.
Le roman est à la fois une "analyse" à la Romain Gary de la ségrégation raciale aux États Unis et un long cri de révolte contre la cruauté et la bêtise humaine.
On finit par se demander où est la part de vérité et où est la part de fiction, tant le récit semble par moment cousu sur mesure pour donner à Romain Gary l'occasion d'exposer sa pensée profonde d'individualiste forte tête et grande gueule. Mais c'est justement là qu'agit le charme et qu'on se laisse totalement emporter par le récit et les propos parfois hilarants malgré le sérieux du sujet.
Totalement amoureux de sa femme, il est scandalisé de la voir exploitée financièrement par des groupuscules pro-noirs souvent manipulés par le FBI : Gary n'est l'homme d'aucune idéologie, d'aucun parti. A part De Gaulle, il ne respecte que l'être humain ... pour qui il reste tant à faire.
"Je ne suis pas découragé. Mais mon amour excessif de la vie rend mes rapports avec elle très difficiles, comme il est difficile d'aimer une femme que l'on ne peut ni aider, ni changer, ni quitter ..."
Romain Gary, le trop humain.
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Mourir de dire La honte de Boris Cyrulnik

Editions Odile Jacob, 2010, 260 p., 22,50€
Merci à Boris Cyrulnik de savoir exprimer simplement des notions complexes et de permettre à ses lecteurs de mieux comprendre ainsi ce qui les touche ! Mais comme il est difficile de parler de ce livre foisonnant et complet ... Je vous livre, en vrac, ce qui m'a interpelée : 
La honte provient du regard de l'autre et de l'interprétation que nous en faisons. Le sentiment de honte dépend entièrement de l'époque, du lieu de vie et du milieu où l'on vit. Un acte condamné à une époque devient, un siècle plus tard, signe d'émancipation et de liberté et nous en sommes fiers !
Figurez vous que nous ne sommes pas égaux biologiquement devant les sentiments. Et oui, les "petits transporteurs" de sérotonine sont moins entreprenants, plus timides et socialement moins appréciés que les "gros transporteurs", moins réceptifs aux sentiments négatifs. Cependant, un environnement affectif sécurisant rendra un "petit transporteur" actif et lui permettra de se développer de façon fort satisfaisante ... et l'on revient à l'importance fondamentale du milieu !
L'auteur évoque, entre autres, la déportation et rappelle que, quand certains déportés ont été déshumanisés, d'autres, en développant la solidarité et le dialogue entre eux, ont pu donner du sens à leur détention et garder leur dignité d'homme sans ressentir de honte. Ainsi Germaine Tillion qui a appliqué ses méthodes d'ethnologue pour comprendre le fonctionnement d'Auschwitz et l'expliquer à ses camarades de détention ou les communistes qui se sont organisés.
Boris Cyrulnik donne beaucoup d'exemples pour éclairer son discours et il nous permet ainsi de mieux comprendre le mécanisme de la honte. La honte ? Un sentiment qui n'est pas toujours négatif puisqu'il peut, parfois, nous rendre plus humain, précise-t-il !
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mercredi 8 décembre 2010

Les enquêtes d'Enola Holmes (La double disparition) de Nancy Springer

Nathan,  couv. Raphaël Gauthey, 2007, 249 p., en poche 6.20€
Il s'agit du premier tome de la série qui en comprend maintenant 5.
La mère d’Enola, 14 ans, disparaît mystérieusement le jour de l’anniversaire de sa fille. Ses grands frères, Mycroft et Sherlock, décident de l’envoyer, contre sa volonté, dans un pensionnat. Mais trop indépendante pour subir l’enseignement des « bonnes manières victoriennes », Enola s’enfuit à Londres où elle mène l’enquête pour retrouver sa mère …
Le récit est captivant, tout s’enchaîne sans temps mort et, au-delà de l’enquête policière, c’est la description de l’époque victorienne vécue du côté des femmes qui est passionnante : l’absence totale de droits, le poids des conventions, la pruderie, les jugements masculins négatifs tendant à les rabaisser. 
Moi il me semble important de montrer aux filles que les droits dont elles profitent aujourd'hui n'ont pas toujours existé et qu'il a fallu des pionnières pour se battre et les obtenir ! La liberté se conquiert ;o)
C'est ce qui fait l'intérêt premier du roman ; par ailleurs, l’héroïne développe des qualités qui font indubitablement penser à celles de son illustre frère : don d’observation et de déduction logique, goût du déguisement mais aussi caractère indépendant et fierté.
Enola initiera ses lecteurs au monde de Sir Arthur Conan Doyle en leur donnant peut-être envie d’aller voir du côté de Sherlock, le vrai …
Certains mots relèvent d’un vocabulaire vieillot, ils concernent essentiellement la description des vêtements ; quelques renvois en bas de page auraient été bien venus. Le roman s'adresse donc plutôt à de bons lecteurs, à partir de la 4e/3e ... j'ai écrit ça hier, sauf qu'aujourd'hui, une petite élève de 6e m'a dit, avec une expression gourmande, qu'elle avait lu toute la série ;o))
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samedi 4 décembre 2010

Le secret d'EndYmiOn Spring de Matthew Skelton

Pocket Jeunesse, couv. Bill Sanderson, 397 pages, 2006, 19€
Une grosse crise de flemme m'a momentanément éloignée de la lecture et je reviens, en douceur, avec une bonne petite histoire de magie et de dragon qui tourne autour de la recherche du "livre ultime" ... vous savez, celui qui donne le pouvoir de voir l'avenir et le passé et donc, tous les pouvoirs ;o)
Deux récits alternent et s'imbriquent, celui de Blake qui vit de nos jours à Oxford avec sa chercheuse de mère et sa petite soeur et celui d'Endymion Spring qui vit au 15e siècle, à Mayence. Ce dernier a été recueilli et sorti de la misère par Johannes Gutenberg, en pleine invention de l'imprimerie. Endymion, muet de naissance, devient son apprenti typographe et se révèle extrêmement doué pour le métier. 
Les deux enfants ont été choisis pour leur pureté et devront, chacun à leur époque, protéger le "livre ultime" des personnes mal intentionnées et avides de pouvoir qui pullulent parmi les adultes.
Il s'agit, vous l'avez compris, d'une histoire assez manichéenne mais, curieusement, très documentée sur la bibliothèque bodléienne d'Oxford et sur le 15e siècle. Il en résulte une ambiance moyenâgeuse, sombre et convaincante qui fait heureusement passer le style, pas exceptionnel, au second plan.
Un gros roman qui se lit facilement, vraiment pour les fanas de dragons vu son prix ...
 A partir de 13 ans
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mercredi 17 novembre 2010

Celle que je ne suis pas de Vanyda

Bande dessinée éditée chez Dargaud, 2010, 192 p., 14€
"Celle que je ne suis pas" vous ramènera quelques années en arrière si vous êtes devenu cette incompréhensible bestiole qu'est un adulte ou vous plongera dans le présent si vous êtes encore dans la période incertaine de l'adolescence.
La BD campe en noir et blanc le petit monde du collège, vu par des élèves de 3e. L'héroïne, Valentine, a bien du mal à s'affirmer auprès de ses copines, des garçons, de ses profs et de sa mère. Introvertie, le regard des autres pèse lourd sur elle et l'empêche souvent de suivre son propre mouvement.
Les situations sont vues avec finesse, l'ambiance "collège" est bien rendue, le quotidien des élèves réaliste, jusqu'à leur langage parfois très fleuri (mais jamais choquant).
Et si vous avez plus de 14 ans, rassurez vous, vous constaterez que les affres de l'adolescence n'ont pas changé depuis votre époque !
Testée par plusieurs élèves bons et moyens lecteurs, elle a été très appréciée et a réussi l'examen de passage : ils réclament la suite ...
à partir de 12 ans
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Aimez-vous Brahms de Françoise Sagan

Le livre de poche, 1982, 179 p.
En rangeant les rayonnages de mon CDI, j'ai été surprise de tomber sur ce roman peu approprié aux ados du collège mais ne l'ayant jamais lu, je me le suis emprunté ;o)
Paule, 39 ans, est une femme élégante et indépendante. Elle aime Roger, homme d'affaires, égoïste et coureur de jupons qui la rend malheureuse. Son travail de décoratrice l'amène chez une riche parisienne où elle fait la connaissance du fils, Simon, étudiant en droit très jeune, très beau et très paresseux. Paule fascine Simon qui, après l'avoir emmenée à un concert de Brahms, décide de la conquérir : "J'ai le droit de parler, j'ai le droit de tomber amoureux de vous et de vous prendre à lui, si je peux.
Déjà elle était dehors. Il se leva et se rassit, la tête dans les mains.
Il me la faut, pensait-il, il me la faut ... sinon je vais souffrir."

Histoire d'amour éternelle, intemporelle où les sentiments parfois confus et contradictoires mènent le jeu : Paule aime, malgré elle, celui qui la fait souffrir et la passion de Simon ne fera pas le poids ... L'amour fait mal nous dit F.Sagan mais doit on le refuser ?  D'autant plus qu'on nait et qu'on reste seul ... Pas très gai le roman mais intéressant par la double image de la femme qu'il donne : indépendante car elle décide pour elle-même mais  dépendante "idéologiquement" et affectivement. En effet, Paule choisit Roger parce qu'il incarne la maturité donc la sécurité et la réussite sociale et qu'il a, malgré tout, besoin d'elle.
A-t-on beaucoup évolué depuis 1959, date de la parution du roman ?
J'ai largement préféré "Aimez-vous Brahms" à "Bonjour tristesse" que j'ai relu l'an dernier et que j'avais trouvé un peu glauque.
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jeudi 11 novembre 2010

La forêt des damnés de Carrie Ryan

 Gallimard Jeunesse, couv. Alain Barreau, 2010, 381 p., 15.50€
Notre monde a été infecté par un virus qui transforme les humains en zombie. Mary vit dans un village entièrement entouré de grillages qui protègent les survivants. Totalement isolé de l'extérieur, il est régi par une poignée de religieuses (les Soeurs) qui imposent à tous des pratiques visant à protéger et sauver l'espèce humaine mais ne laissant aucune liberté individuelle.
Mary étouffe. Elle n'arrive plus à croire en un Dieu qui aurait installé ce monde horrible, elle veut aimer librement et rêve de partir à la recherche de l'océan, souvenir de l'ancien monde que lui a transmis sa mère ... Existe-t-il un endroit où on peut encore vivre à l'abri des zombies, reste-t-il d'autres humains quelque part, vivent ils aussi sous l'emprise de la religion, doit on suivre ses rêves coûte que coûte ?

Le récit rassemble les ingrédients du genre cinématographique : récit haletant, beaucoup d'action, beaucoup de sang mais aussi critique de société ! Et là, ça devient bigrement intéressant : qu'est ce qu'une société sans mémoire (il n'y a plus de livres, plus de photos, plus d'archives), à quoi mène une société puritaine où tous doivent penser de la même façon ... Un questionnement qui tombe peut être à pic pour l'Amérique d'aujourd'hui !
La problématique n'est donc pas celle des films de zombie à la Romero
(la différence, qu'est ce que l'humanité ?) mais elle réussit à accrocher le lecteur : oui se battre pour ses rêves rend plus fort, oui résister même si on est seul rend plus fort.
Carrie Ryan fait la démonstration que le genre "zombie" peut faire recette
en littérature !
Impossible de poser le livre tant qu'il n'a pas été fini !
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A partir de 14/15 ans.

samedi 6 novembre 2010

Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard

Actes Sud, couv. Sygma / Corbis, 2010, 17€,
Sans aucun doute un bon roman, documenté et bien écrit mais qui m'a laissée sur le bord de la route ! Je n'ai pas été emportée par l'histoire de Michel Ange, invité par le sultan Bajazet à Constantinople en 1506 pour y construire un pont sur la Corne d'Or. Les thèmes développés y sont toujours actuels : rivalité occident / orient, liberté de création de l'artiste, liberté de pensée, omniprésence de la religion  ...
Malgré une réflexion intéressante et le beau style de Mathias Enard, aucun des personnages du roman ne m'a émue et le récit ne m'a jamais fait vibrer. Trop intello ?
Je viens d'apprendre que ce roman a eu le prix Goncourt des Lycéens ! J'achète en général les romans lauréats et bien, j'étais juste en avance, grâce à mon fils Olivier ;o) 
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Rosa candida d'Audur Ava Olafsdottir

Editions Zulma, couv. David Pearson, 2010, 332 p., 20€
Voilà un joli roman islandais dont le jeune héros grandit sous nos yeux et se construit, sans prétention, une petite philosophie de la vie bien ficelée, à utiliser en toutes circonstances et sans modération ...
C'est qu'il est bien jeune, avec à peine son bac en poche, pour avoir un bébé conçu avec une quasi-inconnue ! La vie ne l'a pas épargné : sa mère vient de mourir dans un accident de voiture, son frère jumeau est autiste, son père, un rugueux électricien, déprime. Et lui ne sait que faire de sa vie …

Son amour du jardinage et particulièrement des roses (dans une nature pourtant hostile), légué par une mère à la main verte et à la personnalité attachante, vont l'expédier vers un jardin monastique où ce grand échalas roux cherche candidement conseils et aide auprès d'un vieux moine cinéphile et … amateur d'alcool. L'arrivée imprévue de son bébé lui permet de s'intégrer au village et de donner sens à sa vie.



On sourit souvent en lisant ce petit bijou d'humour décalé, les préoccupations de son héros bien terre à terre s'élèvent souvent à l'universel en passant par des chemins déconcertants mais finement observés. Et de son entourage religieux, il retire que le sacré surgit tout seul du quotidien sans avoir besoin de croire en Dieu. Car les miracles se trouvent dans ce quotidien tout simple : c'est sa petite fille qui par sa bonne humeur et sa tendresse guérit la voisine de sa dépression, c'est le jardin de l'abbaye qui, grâce à ses soins, devient un lieu de rencontre entre les habitants, c'est la solidarité entre les hommes …

Offrez à Noël ce roman qui fait chaud au cœur !!! @@@@@

Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel

Fayard, coll. Roman, 2010, 19€, 294 p.
Travaillant pour une grosse entreprise de télécommunications, après une énième restructuration, « Eric » (prénom d'emprunt pour le travail) passe du service câblage au standard téléphonique. Cet homme habitué au travail manuel doit dorénavant jongler avec des mots et des sons assemblés par d'autres. Dans une grande salle commune, il doit répondre à des clients immatériels dont il ne saura jamais rien, en suivant des consignes strictes, subissant la pression des objectifs de vente à atteindre …Comme tant d'autres, cette déshumanisation du travail le rend invisible et solitaire.

La dépression guette et son cortège de souffrances mais l'instinct de conservation sera le plus fort chez Eric. Cela n'a pas été le cas, nous le savons hélas, pour tous les employés de France Télécom ...

« Retour aux mots sauvages » est un livre aussi surprenant qu'indispensable. J'ai mis du temps pour rentrer dans l'histoire car les faits mènent le roman. Les sentiments n'en surgissent que lentement, la souffrance sourd doucement.
C'est une lecture forte, qui ne laisse pas indifférent et qui nous amène inexorablement à la terrible constatation que « un employé heureux est plus performant, un salarié malheureux ne crée pas de valeur : phrases réelles, publiées lors des tristes événements, autant de preuves d'un totalitarisme entièrement dévoué au profit, corps et âme ». Totalitarisme économique dont nous sommes tous les victimes ...
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