Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

dimanche 3 décembre 2023

Betty de Tiffany Mc Daniel

 coll Totem, Ed. Gallmeister, 2022, 697 p.

Magnifique, passionnant, prenant ... un coup de cœur.

L'histoire de Betty, née d'une mère blanche et d'un père native american dans les années 50, à une époque où le racisme fait rage. Au fil du récit, on découvre le terrible passé familial de sa mère, on comprend le pourquoi d'un mariage si impensable à cette époque et on découvre les raisons de ses difficultés psychiatriques. Ravages de la cruauté des hommes.

La fillette ne peut compter sur sa mère mais son père, un homme généreux, doux et proche de la nature, lui apprend les secrets des plantes et des arbres. L'enfant grandit en oubliant ses difficultés auprès de la forêt avoisinante ... Parfois un peu mystique à travers les pouvoirs de la nature, le roman nous fait vivre cette période douloureuse de l'histoire américaine. Magnifique et poignant.

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Betty - Tiffany McDaniel - Éditions Gallmeister

Starlight de Richard Wagamese

 Ed. Zoe, trad. Christine Raguet, 267 p., 2019

Un roman très émouvant, très humain comme toujours chez le regretté Richard Wagamese, malgré la dureté du récit. Un must pour la mémoire des "native americans" et pour tous.

Amazon.fr - Starlight - Wagamese, Richard, Raguet, Christine - Livres


Apaiser nos tempêtes de Jean Hegland

 Phébus, trad Nathalie Bru, 2021, 558 p.

Un beau roman sur la maternité, l'amour maternel, l'implication des femmes dans l'éducation des enfants et leur doutes. Offert par Olivier.


Apaiser nos tempêtes - broché - Jean Hegland, Nathalie Bru - Achat Livre ou  ebook | fnac

S'adapter de Clara Dupont-Monod

 Stock, 2021, 18,50€

Histoire d'une famille dont le 3e enfant subit un double handicap, mental et physique.

Chaque membre de la famille doit s'adapter à l'enfant (il sera toujours appelé l'enfant, on ne saura jamais son prénom), à  la situation. L'aîné du couple prend instinctivement en charge une partie des contraintes et assume ce que les autres ne peuvent assurer ponctuellement. La cadette, elle se défend et entre en guerre, en colère contre l'injustice faite à son petit frère et à elle même, elle ne s'en occupe jamais et l'ignore. Jusqu'au jour où elle aussi, devant ses parents et son grand frère ravagés par le chagrin et entrain de s'éloigner irrémédiablement les uns des autres, décide de maintenir à flot sa famille, méthodiquement, à 100%. Et avec quel succès ! Tout cela impacte leur vie et les change profondément. Parfois en bien (aller vers l'inconnu, ne plus avoir peur de rien puisque le pire est déjà arrivé pour la cadette), parfois en mal (repli sur soi, crainte phobique des dangers pour l'aîné).

Une belle histoire familiale où le couple des parents tient le coup grâce aux enfants.

En fin d'histoire arrive un 4e enfant qui sera lui aussi marqué par l'absent mais qui réussira à trouver sa place. 

Certains n'aimeront peut être pas le style, dépouillé et simple mais, pour moi, il traduit tellement bien les sentiments ...

Un très beau récit, empreint d'humanité, où le chagrin (que tous ceux qui ont perdu un être cher connaissent) devient force de vie. Une belle leçon qu'on aimerait pouvoir suivre !

Quelques passages qui m'ont touchée :

- p.15 ... "Bientôt les parents parleraient de leurs derniers instants d'insouciance, or l'insouciance, perverse notion, ne se savoure qu'une fois éteinte, lorsqu'elle est devenue souvenir." 

- p. 64 ..."Pour toujours son frère est mort la veille. On lui a répété que le temps répare. En vérité, il le mesure lors de ces nuits, le temps ne répare rien, au contraire. Il creuse et ranime la douleur, chaque fois un peu plus intense. C'est tout ce qui lui reste de l'enfant, le chagrin. Il ne peut pas s'y soustraire ; cela voudrait dire perdre l'enfant définitivement." 

- p.117 ... "elle comprit soudain que son frère aîné ne guérirait pas de l'enfant. Guérir cela signifiait renoncer à sa peine, or la peine, c'était ce que l'enfant avait planté en lui. C'était sa trace. Guérir , cela voulait dire perdre la trace, perdre l'enfant à tout jamais. Elle savait désormais que le lien peut avoir différentes formes. La guerre est un lien. Le chagrin aussi."

- p.143 ..."Son histoire familiale  était pleine de trous. Et justement, il aimait l'Histoire parce que la sienne lui échappait."

S'adapter | hachette.fr



My absolute darling de Gabriel Tallent

trad. Laura Derajinski, Ed. Gallmeister, 2019, 11€70, 464 p.

Turtle a grandi sous l'emprise d'un père dysfonctionnel, abusif et charismatique dont l'intelligence aigüe la paralyse. En échec scolaire, l'adolescente excelle en revanche au maniement et à l'utilisation des armes qu'il lui a enseignées, elle connait comme sa poche la nature environnante et sait y survivre.

Une rencontre imprévue en pleine forêt ainsi qu'une professeure l'aident à comprendre que ce qu'elle vit est anormal, que ce père incestueux et égoïste ne la protège pas mais au contraire la rabaisse et l'humilie pour justifier l'injustifiable. Il lui faudra beaucoup de temps pour réaliser cela, avec l'aide de son entourage.

Un roman magnifique où la beauté de la nature aide l'héroïne à trouver sa force, à croire en elle même et  à se défendre. Magnifiques descriptions de la côte nord de la Californie, analyse psychologique fine des personnages font de ce roman captivant et poignant une référence sur le sujet de l'inceste.

A lire absolument, dans une période où les paroles se délient enfin, où le gouvernement a créé en janvier 2021 une commission chargée de recueillir témoignages et avis de professionnels (la CIIVISE : commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, https://www.ciivise.fr/, un site intéressant).



 My absolute Darling

dimanche 19 novembre 2023

De notre monde emporté de Christian Astolfi

 Ed. Le bruit du monde, 2022, 183 p.

Les années 70 et les années 80 constituent la toile de fond de ce roman qui retrace la fermeture des chantiers navals de La Seyne sur Mer, les luttes des ouvriers pour conserver leur boulot puis pour obtenir une requalification ou une prime au départ suffisante et enfin, pour que l'asbestose soit reconnue comme maladie du travail  (reconnaissance qu'on attend encore !) ... 20 ans d'une lutte âpre et pas toujours couronnée de succès, de contradictions et d'intérêts divergents au sein de ce monde ouvrier, de conflits internes et de réconciliations.

Fierté du travail très qualifié, du travail bien fait, de l'expérience acquise, du dévouement ... tout cela, le patronat uniquement préoccupé par la rentabilité, l'a sacrifié, foulant aux pieds la dignité des ouvriers des chantiers et générant un sentiment profond d'injustice et une colère sociale justifiée.

J'ai vécu cette période et j'ai suivi de loin ces luttes. Lire sous la plume délicate de C. Astolfi ce moment d'histoire de l'industrie française, à travers 2 générations (père et fils) est passionnant car on peut y trouver les premières délocalisations, les premières manifestations de la mondialisation de la production et leurs méfaits profonds.

Souffrances humaines, dépression, déclassement, maladies dues à la toxicité de l'amiante (alors que les industriels connaissaient les rapports alarmants déjà 10 ans avant la fermeture), on retrouve dans le roman tout ce qui constitue la terrible réalité de l'ultra libéralisme sans morale.

Aujourd'hui, nous en voyons aussi les effets sur l'environnement ...

Un beau roman, riche et toujours très proche de notre quotidien.

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De notre monde emporté Prix du Livre France Bleu, Page des libraires 2022 -  broché - Christian Astolfi - Achat Livre ou ebook | fnac


samedi 22 janvier 2022

Les charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy

Pocket, 599 p., 7,50€
Un roman dont la facilité déconcertante peut tromper ses lecteurs ... "Les charmes discrets de la vie conjugale" se lit comme un roman policier l'été sur la plage, le style est simple, alerte, les dialogues spirituels, aucun temps mort dans le déroulement de l'action mais sous cette apparente légèreté gît la perle : une description au vitriol de la société américaine bien pensante, conformiste, réactionnaire, puritaine et bornée. Une société où il ne fait pas bon défendre la liberté de l'avortement, le mariage homosexuel, être opposé à la guerre en Irak ou à la peine de mort, préférer la lecture au télé-achat et j'en passe ...
Nous voilà entraînés dans la vie d'Hannah Buchan, une fille comme les autres, dont les parents sont des progressistes convaincus et militants, terreau fertile sur lequel elle développera un solide esprit critique et une allergie profonde à la bêtise. De son mariage avec le trop tranquille Dan à la disparition de sa fille Lizzie qui la plongera dans la tourmente, nous suivons une héroïne attachante aux questionnements qui pourraient être les nôtres. Douglas Kennedy, respectueux de l'être humain, aime les personnages qui s'interrogent et sont capables de douter.
Oui, on peut lire ce roman l'été sur la plage mais c'est avec un frisson dans le dos qu'on le referme, en se promettant de tout faire pour que notre pays ne ressemble jamais à cette Amérique puritaine et obtuse !
Merci à Elisabeth P. qui me l'a fait découvrir ;o)
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La carte et le territoire de Michel Houellebecq

Flammarion, 2010, 428 p., 22€
Il arrive que j'aborde un roman avec des PREVENTIONS. Je le reconnais, c'était le cas pour "la carte et le territoire" : mon beau-frère m'a prêté ce livre que je n'aurais jamais acheté moi-même.
Houellebecq, je ne l'avais vu qu'en interview avec BHL (déjà un mauvais point pour lui) pour la présentation d'"Ennemis publics", leur livre commun, et il m'avait paru bien suffisant et peu sympathique.
Surprise !
M.H dresse un autoportrait étonnant où il se montre dépressif, fatigué, revenu de tout, surtout de ses contemporains et de leurs travers. Il se moque pas mal de lui même et cette autodérision fait naître en moi de l'empathie ... 
Pour finir, il se fait assassiner sordidement (dans le roman, bien sûr !), sacrifiant son corps à la folie humaine.
Que peut espérer d'autre un "ennemi public"? Et que peut on espérer des hommes ?
Il fait souvent mouche, en finesse, qu'on en juge : "Au milieu de l'effondrement physique généralisé à quoi se résume la vieillesse, la voix et le regard apportent le témoignage douloureusement irrécusable de la persistance du caractère, des aspirations, des désirs, de tout ce qui constitue une personnalité humaine."
Il pratique avec un art consommé la provocation et l'ironie et je reconnais que j'ai souvent souri, par exemple quand il appelle la social-démocratie allemande "la social-démocratie des Gremlins" ou F.Mitterand "la vieille momie pétainiste" ! Les multiples réflexions sur l'art sont intéressantes, sa critique du monde des médias au vitriol, quelques idées sont tellement choquantes que je les ai rangées dans les effets volontairement humoristiques ... Me suis je trompée ?
Et, pour finir, il écrit bien, le bougre ...
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La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga

Gallimard, coll. folio, 170 p., 2014 (première parution 2008), 5,80€
La femme aux pieds  nus, c'est la mère de S.Mukasonga, une mère courage, dans le Rwanda des années 60/70.
Exilées à Nyamata, au Bugesera, une région aride et inhospitalière, les familles tutsi s'organisent pour survivre, se procurer de quoi se nourrir, s'entraider et essayer de se protéger des violences permanentes des soldats hutus.
Pour bien comprendre comment le pays en est arrivé là, il faut remonter dans le passé. Les Allemands, les premiers colons, ont développé la chimère d'une supériorité raciale des Tutsis, basée sur leurs traits fins, leur grande taille et ils ont brodé sur leur origine incertaine (Egypte, Ethiopie, Israel ?). Par ailleurs, la plupart du temps éleveurs de vaches, les tutsis ont le statut social le plus élevé du Rwanda. Pendant très longtemps, les rois sont tutsi. Les Hutus, eux sont des paysans, ils forment "le peuple de la houe". Au moment de l'indépendance, les Belges qui forment la deuxième vague de colons et qui s'appuyaient sur les tutsis, changent les alliances et favorisent à ce moment là les Hutus majoritaires donc plus intéressants. Les conflits ethniques (et sociaux ?) s'accentueront progressivement. S'ensuivront de nombreuses violences contre les tutsis, les déplacements forcés, le bannissement des institutions (dont les établissements scolaires) malgré des "quotas" instaurés par les belges, les viols, les humiliations et, en apothéose de l'horreur, le génocide de 1994.
Stefania, la mère de l'auteure, cherche à protéger ses enfants, elle pressent le génocide à travers les violences subies, imprévisibles. Elle apprend aux enfants à se cacher, les appelle parfois soudainement pour les serrer contre elle.
Mais la vie continue dans cette région déshéritée, il faut se nourrir, il faut aller à l'école des blancs et étudier, on continue à se marier selon les conventions, on continue à conter, à se parler ...
Avec des mots simples, S.M décrit le quotidien, sans nostalgie, avec précision, pour qu'on n'oublie pas. Tout est là. Le dernier chapitre traduit la culpabilité de la survivante et en même temps, le devoir de mémoire qu'elle a choisi. Pour les siens, pour ceux qu'elle a perdu, pour ses parents et pour toutes les victimes de violences.
C'est le 3e livre de SM. que je lis, tous imprégnés de la mémoire tutsi, tous une ode à son pays et à la vie, sans haine. Un regard tourné vers l'avenir, malgré tout.
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Animaux surprises de Gilbert Legrand

Editions Sarbacane, 2015, n.p., 13,90€
Ce petit album cartonné pour les petits regorge de fantaisie et d'imagination.
A partir d'objets de la vie quotidienne, sans charme particulier, sans intérêt spécifique, l'auteur a créé des animaux du bestiaire habituel. Sur la page de gauche, l'objet ou les objets quand ils vont par paire et sur la page de droite, caché par un repli de carton, on voit l'animal obtenu en ajoutant des traits à la peinture, du fil de fer, de menues formes, en découpant ou en brisant certaines parties, en apposant de la couleur.
Le jeu consiste bien sûr à deviner en quoi l'auteur a transformé l'objet initial. Bien malin celui qui trouvera ... Rire garanti ! Rien n'empêche d'imaginer soi même ce qu'on ferait d'une lampe, d'une bouteille, d'un bol ou de tout autre objet.
Une vraie sensibilisation des tout petits à l'esthétique et à l'imaginaire.
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  Animaux surprises – Éditions Sarbacane

La carte des Mendelssohn de Diane Meur

Sabine Wespieser, 2015, 461 p., 25€
Trop documenté, trop long, trop touffu ... Je ne suis pas arrivé à lire La carte des Mendelssohn en entier, je me suis arrêtée à la page 186 et j'ai renoncé au chapitre 14 et à ses 14 petits copains (il y en a 28 en tout).
C'est que les membres de cette famille sont terriblement nombreux entre Moses le grand père philosophe (juif) des Lumières et Félix, le petit fils compositeur, on ne les compte plus. Et Diane Meur a mis longtemps à écrire son livre, du coup. 

Outre l'histoire de la famille, on suit aussi ses interrogations d'auteure, son cheminement d'écrivain, ses moments de découragements, de blues entre Berlin et la France.
J'ai renoncé mais j'ai regretté.  
Parce que j'avais adoré "Les vivants et les ombres" du même auteur, l'histoire d'une famille racontée par la maison où tous vécurent en Galicie, entre Pologne et empire des Habsbourg.
Parce que j'ai bien senti qu'il y avait des choses intéressantes là, des choses complexes, philosophiques, en relation avec les Lumières, donc avec la liberté et avec le progrès, en relation avec l'antisémitisme, avec les religions et en relation avec notre histoire.
Parce que Diane Meur y parle d'elle sans fioriture, sans fausse pudeur et qu'un écrivain qui se livre, c'est toujours émouvant et ça mérite de l'attention et du respect.
Mais ... trop documenté, trop long, trop touffu, trop ...
Je suis sure que ce roman ?, essai ?, journal ?, ce livre inclassable plaira à d'autres car il y a matière à s'intéresser et je reconnais devant vous mes limites de lectrice ...

 

La carte des Mendelssohn - Diane Meur - Babelio

L'histoire épatante de M. Fikry & Autres trésors de Gabrielle Zevin

Trad. Aurore Guitry, Fleuve Editions, 2015, 245 p. , 18,90€
Et voilà, je me suis encore fait avoir ! J'aurais du me douter qu'un roman présenté comme "feel good", comme se lisant d'un trait, comme vous réconciliant avec la vie et les hommes devait être navrant. Il l'est, non pas que l'optimisme soit forcément débile (encore que, voyant ce que nous voyons actuellement, vivant ce que nous vivons, on peut se poser la question légitimement) mais tout est attendu dans ce roman trop "politiquement correct", trop plein de bons sentiments, où tout se devine du début à la fin.
Que le désespéré libraire s'attache à ce minuscule bébé et qu'il s'y accroche comme un naufragé à sa bouée, que son entourage l'aide au quotidien, que sa librairie qui battait de l'aile reparte grâce à la solidarité de la petite ville (qu'on me cite un exemple), qu'en plus, il trouve l'amour et que, de surcroît, le bébé devienne écrivain a de quoi épuiser le lecteur qui crie nerveusement "n'en jetez plus, je craque".
Ajoutez à cela un style tellement aisé, tellement facile que rien ne vous arrête, que rien ne vous interpelle. Quel ennui !!!!
Le seul intérêt de cette guimauve, c'est l'extrait qui figure au début de chaque chapitre. Des extraits de classiques, de livres plus originaux, des citations. Tous ont un lien avec le contenu de l'histoire et vous pourrez y découvrir quelques chefs d'œuvres.
Pour des élèves de 3e, au cœur tendre, ou pour une amie qui déprime peut être (et encore ! elle risque de vous en vouloir).
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La ballade de Mulan

Trad. Chun-Liang Yeh, ill. Clémence Pollet, Ed. Hong Feï, 33cmx26cm, 19,90€

La ballade de Mulan est célèbre dans toute la Chine, elle fut composée au 4e siècle et "le rythme et les rimes qui animent le récit ont sans aucun doute contribué à sa popularité à travers les siècles" précise son éditeur.
Tout est intéressant dans cet album que j'ai adoré.
Tout d'abord l'histoire. Elle raconte le courage et la ténacité de Mulan, qui prend la place de son père trop âgé, appelé dans l'armée du Khan. Mulan n'a pas de frère ainé et il n'y a pas d'homme adulte dans la famille. Alors elle se fait passer pour un homme et part à la guerre et ce n'est qu'à son retour que ses camarades découvrent qu'elle est une femme.
Émancipation avant l'heure, ode au courage et au dévouement des femmes du monde entier,
refus des conventions sociales par amour, choix de la liberté quand elle refuse de devenir ministre pour rentrer chez elle, tout se retrouve dans la ballade de Mulan.
Et puis il y a l'esthétique. Ce grand album est réalisé en sérigraphie, les illustrations sont magnifiques, la plupart du temps en double page, sobres en couleur (rouge, bleu et vert dominent) et en traits, allant à l'essentiel mais toujours graphiques. Un bonheur.
Et pour finir, l'ouverture sur une autre culture, sur un autre pays ...
A avoir pour le contenu et pour la forme, symbiose parfaitement réussie.
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 Visuel Mulan

Notre-Dame du Nil de Scholastique Mukasonga

Gallimard, coll. continents noirs, 2012, 222 p., 17,90€
Comme tous les romans de Scholastique, le roman porte un témoignage fort et libre sur le génocide des Tutsis au Rwanda et au Burundi. Un témoignage indispensable, qui s'attache avec humanité et précision aux petites gens, à leur vécu. Notre-Dame du Nil est l'établissement scolaire tenu par les sœurs belges dans lequel l'auteure commence ses études dans l'austérité et le mépris des jeunes filles ...

A lire obligatoirement !

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 Amazon.fr - Notre-Dame du Nil - Prix Renaudot 2012 - Mukasonga,Scholastique  - Livres

Le cul de Judas d'Antonio Lobo Antunes

Le Cul de Judas (titre original (pt) Os Cus de Judas) est le deuxième roman de l'écrivain portugais Antonio Lobo Antunes publié en 1979.

Je retrouve cette critique non rédigée bien longtemps après l'avoir commencée. Si je ne l'ai pas finie, il y a forcément une raison. Je crois tout simplement que je n'ai rien compris à ce roman très noir et surement très beau. La guerre, la cruauté des êtres, les doutes ... Un sujet très lourd, trop peut être pour la simple lectrice que je suis. Découragée, les mots ne me sont pas venus !

Désolée pour les admirateurs d'Antonio Lobo Antunes, mille excuses !

L'école des saveurs de Erica Bauermeister

Livre de poche, 2009, 250 p., 6,60€
Un bon petit roman du genre "feel good", facile à lire, optimiste, tendre.
Parfait pour se détendre pendant les vacances ...
Lilian tient un restaurant gastronomique. La cuisine, elle est tombée dedans à 7 ans quand elle a sauvé sa mère d'une profonde dépression, grâce à un chocolat chaud délicieusement élaboré avec l'aide de sa voisine et cuisinière émérite, Abuelita.
Elle anime aussi des cours de cuisine pour adultes et mêle habilement recettes et psychologie. Pour elle, la cuisine est décidément faite pour aider, les saveurs pour guérir du passé et le plaisir de cuisiner et manger ensemble pour rapprocher les gens.
Chaque chapitre correspond à un cours et en même temps, donne la parole à l'un des élève chez qui le plat en cours d'élaboration ou l'ambiance du cours, fait remonter le passé, à la manière de la madeleine de Proust. Il raconte alors un épisode de sa vie et ses problèmes. Cette jolie construction permet un progression aérée du récit même si seuls les saveurs, les ingrédients et les préparations font le lien entre les différents personnages.
Lilian a un pouvoir magique : sentir les failles chez les êtres et les faire réfléchir à coup de recettes, de dégustations et de plaisir  ... Mieux qu'un psy, mieux que des antidépresseurs, pourquoi pas ?
Pas étonnant que le roman ait connu un succès phénoménal aux States !
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L'École des saveurs, Erica Bauermeister | Livre de Poche

Le coeur de la poupée de Rafik Schami

trad. Irène Franchet, ill. Grégory ElbazEDL, 2015, 15,80€, 215 p.
Un récit pour les 9/11 ans, qui se lit agréablement mais, à mon goût, un peu vieillot.
Une petite fille délaissée par des parents pas très affectueux, reporte son affection sur une poupée aux pouvoirs magiques : Petitmoi parle et partage avec l'enfant son expérience des relations entre humains. Mais il manque quelque chose à Petitmoi, ce supplément d'âme qui donne des émotions et qu'on nomme "le cœur".
Je n'ai pas été emportée par cette histoire un peu lourde, qui enjolive l'enfance et fait de l'émerveillement quotidien devant la vie une morale ... Un peu court.
Jolies illustrations un peu vieillottes qui vont bien avec le texte.
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Tobie Lolness de Timothée de Fombelle

Gallimard Jeunesse, 2006, ill. François Place, 15,40€, 311 p.
Récemment j'ai présenté Tobie Lolness à l'atelier d'écriture auquel je participe car, j'ai eu envie de partager un des meilleurs romans jeunesse que j'ai eu le bonheur de dévorer !
J'avais lu ce roman à sa sortie mais, à ce moment là, je n'avais pas encore commencé mon blog, d'où cette  critique tardive.
Le "peuple de l'arbre" se compose d'êtres qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des humains mais qui mesurent un à deux millimètres ... Ils vivent dans un immense chêne dont ils tirent toutes leurs ressources.
Le héros, Tobie, a 13 ans. Son père, un savant génial, s'appuyant sur ses recherches sur la sève, a découvert une nouvelle source d'énergie aux multiples utilisations potentielles. Immédiatement sollicité de tous côtés, il se rend compte que son invention risque d'être mal utilisée, elle pourrait alors nuire à son peuple et à son environnement. Il décide donc, au grand dam du Conseil (chargé de prendre les décisions importantes), de ne pas la divulguer.
Voilà la famille Lolness, Maïa la mère, Sim le père et Tobie, exilée dans les "basses-branches", une région humide, sombre, dans l’opprobre général. Tobie, lui, va totalement s'y adapter, vagabondant à son gré, acquérant une parfaite connaissance du milieu, il y rencontrera même l'amour de sa vie, Elisha.
Mais cela ne suffit pas au terrible Jo Mitch, entrepreneur avide et dictateur en herbe, qui désire toujours s'emparer de l'invention de Sim Lolness ...
On l'a compris, en transposant notre société, mercantile et inégalitaire, Timothée de Fombelle en dénonce les injustices et les dangers pour les hommes et leur environnement.
Dans ce monde dur, Tobie rencontre des personnes généreuses qui l'aident et d'autres qui le trahissent, il grandit et comprend petit à petit le choix de son père qu'il soutient. Il développe ses qualités de bienveillance et de solidarité avec les autres et ne cède pas à la violence gratuite. Tobie est un héros positif qui insuffle de l'optimisme au roman, même dans les moments les plus désespérés (oui, il y en a !) et qui donne un sens éternel au mot "résistance".
On s'abandonne totalement à la lecture de ce roman, en se laissant porter par un rythme soutenu, sans temps mort et en se  laissant surprendre par de purs moments de poésie ! Action et poésie, un mélange rare en littérature, un vrai délice ! Les nombreuses illustrations de François Place donnent beaucoup de fraicheur au roman.
Il y a un tome 2, aussi magique que le tome 1, "les yeux d'Elisha". 
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Le livre sans images de B.J. Novak

Ecole des Loisirs, trad. Geneviève Brisac, 2015, n.p., 12,50€
Un livre réellement sans image mais avec de l'humour.
Un livre à deux voix : une, en gros caractères et une, en petits caractères qui explicite les réactions de l'adulte qui lit. Car le texte, parfois absurde ou qui se moque de ce même adulte, a pour vocation de faire rire le public enfantin.
Le pouvoir des mots, le pouvoir du texte dans une société de plus en plus envahie par les images !
Quel challenge !
Je testerai et vous dirai si, effectivement, les enfants rient autant que sur la video où l'auteur réussit à faire s'esclaffer un large public d'enfants.
 https://www.youtube.com/watch?v=tgtTZ_KPAB0


L'automne du commissaire Ricciardi de Maurizio de Giovanni

Trad. Odile Rousseau, Rivages/noir, 2015, 8,80€
A Naples, dans les années 30, années mussoliniennes, la vie est dure pour les pauvres et particulièrement pour les orphelins et enfants des rues. Justement, on attend la visite du Duce et aucune affaire policière ne saurait rester sans dénouement.
Le corps d'un petit de 7/8 ans est retrouvé sans vie ... Tette a avalé accidentellement de la mort aux rats et dans l'état de malnutrition où il se trouvait, il n'a eu aucune chance de s'en sortir.
Le commissaire traine comme un boulet ce pouvoir extraordinaire qui lui permet de voir les morts au moment où ils décèdent et d'entendre leurs dernières paroles. Dans l'indifférence générale, le beau et ténébreux Ricciardi mène une enquête où son intuition lui dicte de ne pas se contenter des apparences. Avec l'aide (parfois balourde mais souvent empreinte de bon sens et de savoir faire) de son adjoint Maione, il remonte jusqu'au prêtre qui "aide" les orphelins, un prêtre bien avide d'argent.
Pour compliquer tout ça, son cœur oscille entre la trop belle et libre Livia (riche à souhait) et sa voisine timide qui ose à peine le saluer par la fenêtre ...
Beaucoup de qualités pour ce roman qui nous replonge avec réalisme dans l'ambiance des années noires de l'Italie, un réalisme qui rend le récit très dur.
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