Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

dimanche 15 février 2015

Le livre d'un été de Tove Jansson

Trad. Jeanne Gauffin, livre de poche, 1978, 166 p., 5,60€
Du suédois Tove Jansson, on connait en général la série des Moumines, livres pour enfants.
Tove Jansson nous donne là, en roman adulte, des instantanés de vie de Sophie qui débute la période tourmentée de l'adolescence et de sa grand-mère, parties toutes deux passer l'été sur une île solitaire du golfe de Finlande.
L'une, orpheline de mère, est au début de sa vie, l'autre arrive en fin mais garde de l'humour, de la générosité et beaucoup de fantaisie. Ainsi qu'une solide détermination à garder sa totale liberté, elle qui fut une pionnière du scoutisme féminin.
La perspicace grand-mère perçoit chez sa petite fille, la colère face à la mort de sa mère, son angoisse existentielle, ses interrogations sur la religion, sa peur de l'inconnu ... et l'aide à se construire, au quotidien, par sa présence et ses remarques. Sophie fait souvent preuve de méchanceté en exerçant son sens logique de façon implacable et sa grand-mère respecte cette construction du libre arbitre. Mais la petite fille sait aussi écouter la grand mère et la soutenir car l'affection est toujours là, aussi tendre que la nature environnante est sauvage.
De jolis moments, délicats et forts à la fois.
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vendredi 13 février 2015

Les sandales de Rama de Tristan Koëgel

Didier Jeunesse, 2014, 214 p., 14,20€
Nous voilà transportés au Népal ...
Upendra, vendeur de barbes à papa, à Katmandou, tombe fou amoureux de Satiya, une ancienne Kumari, ces petites filles considérées comme des déesses vivantes.
La famille de l'adolescent est de condition modeste, son père a été un "sirtar" réputé mais, tombé malade, il a du abandonner ses expéditions en haute montagne.
Upendra aimerait lui aussi devenir chef d'expédition mais pour le moment, il se contente de faire le guide pour les touristes, aidé de son ami Arjun, un dalit c'est à dire un pauvre, méprisé par tous.
Dans cette société basée sur les castes, comme en Inde, les parents de la jolie Satiya décident de la marier avec un bijoutier et celle-ci, après une courte opposition, accepte, alléchée par la richesse de son futur mari.
Upendra, en proie à une terrible déception, part sur les routes de son pays.
Une jolie histoire d'amour, prétexte à montrer une société inégalitaire où la pauvreté règne.
Une bonne sensibilisation aux inégalités sociales pour les ados.
Première de couverture peu engageante, c'est dommage.
A lire à partir de la 4e.
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lundi 5 janvier 2015

L'équipée malaise de Jean Echenoz

Les éditions de minuit, 1986, 251 p., 68F !
Prise d'un élan de reconnaissance pour Echenoz, qui m'a offert une lecture agréable dernièrement avec "Caprice de la reine", je suis remontée dans sa production littéraire jusqu'à ses débuts en 1986. Et j'ai emprunté "l'équipée malaise" à la bibliothèque de mon immeuble.
Avec cette équipée, on inhale une bouffée dense parfois étouffante d'aventure et de trafics ...
Histoire compliquée souvent humoristique, personnages forts, atypiques, sans scrupules, presque en marge et qui souhaitent le rester ... On les dirait comme à l'étroit dans la société, comme trop différents pour y trouver leur place.
Mais, pour moi, le principal intérêt de ce roman, qui décrocha le prix Médicis, réside ailleurs. J'ai retrouvé le style Echenoz, bien sûr, mais plus sophistiqué, plus emberlificoté, plus maniéré. Il m'a permis de mesurer, combien, au fil des années, il a sabré, éclairci, sacrifié l'inutile. Avec quel succès ! Il en arrive maintenant à l'épure, il fait mouche sans débauche de moyen. Du grand art.
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L'Équipée malaise

samedi 27 décembre 2014

Autour du monde de Laurent Mauvignier

Editions de Minuit, 2014, 19,50€
On passe de personnage en personnage, aux quatre coins du monde, avec pour seul lien le tsunami de mars 2011 au Japon. Belle illustration de la diversité humaine.
Hélas, pas pu lire ce roman, pas pu le finir, pas pu m'intéresser à ces histoires si courtes. Question de timing ... ce n'était pas le bon moment pour moi.

Le roman a été apprécié dans mon "entourage littéraire".



dimanche 14 décembre 2014

Caprice de la reine de Jean Echenoz

Les éditions de minuit, 2014, 121 p., 13€
Il faut aimer Jean Echenoz, pour sa concision, sa finesse, sa précision un peu trop méticuleuse, son sens de l'humour décalé.
Je l'aime pour tout cela et aussi pour quelque chose d'indéfinissable qui rend ses textes tellement humains. Peut être une touche de lassitude, de fatigue face à l'absurdité de la vie, à la complexité du monde tel qu'il va, aux relations avec les autres si difficiles. Nous partageons tous cette lassitude par moment, même s'il est bon qu'elle ne dure pas longtemps ...
 Il faut voir comment, dans la nouvelle "caprice de la reine" il accumule les détails, infimes, pour bien nous rappeler que dans la vie, il y a tellement plus de petites choses insignifiantes que de grands évènements ou de grands sentiments ou de grandes satisfactions !
Et il nous mène par le bout du nez, comme le font tous les auteurs dont le métier consiste en cela même (c'est d'ailleurs le sens de sa nouvelle A Babylone, celle que j'ai préférée), pour nous amener à une chute pleine de dérision et de philosophie.
On sourit souvent en lisant ce recueil de 7 nouvelles à l'humour distancié. Un bonbon.
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vendredi 5 décembre 2014

La guerre d'Alan d'Emmanuel Guibert

L'Association, 2013, 28€, 298 p., noir et blanc
Quand on  lit "la guerre d'Alan " et "l'enfance d'Alan", c'est un "roman graphique" qu'on découvre ... Avis aux amateurs ou aux lecteurs qui n'en ont jamais lu, commencer par celui là permet d'aborder ce genre par la voie royale.
Au fil des deux tomes de BD en forme d'autobiographie, Alan Ingram Cope raconte les évènements importants qui ont marqué sa vie et aussi les anecdotes qui ont façonné son esprit d'enfant et l'ont construit. Comme dans un roman, on voit le personnage s'esquisser à petites touches, au gré des moments forts de son histoire, notamment la guerre de 39-45. Tandis que le temps passe inexorablement. Comme dans un roman, il y a des moments chargés d'émotion, humoristiques ou philosophiques. On a parfois l'impression qu'Alan entrouvre délicatement une porte sur lui même et nous permet de mieux le connaitre ... Délicieux et émouvant.
L'auteur des deux tomes, Emmanuel Guibert, a un jour rencontré Alan dans les rues de l'île de Ré, en lui demandant son chemin et, comme il dit, "une amitié nous est tombée dessus". Alan, l'américain amoureux de la France, a raconté tout plein d'anecdotes sur sa vie à Emmanuel et l'idée a germé de faire un livre ensemble ...
Difficile de résumer une vie !  Difficile de résumer une amitié ! Difficile de résumer ces deux très beaux albums !
Ils dégagent une grande humanité, beaucoup de modestie et de générosité et de la poésie à travers les illustrations. Les choses très simples de la vie côtoient les grands principes qui font les hommes ... et leur confèrent leur dignité.
Les 2 tomes révèlent aussi, en creux, la finesse, la sensibilité et la capacité d'Emmanuel Guibert à saisir les sentiments et à les transcrire.
A lire, absolument, un vrai bonheur !
Merci à mes enfants qui me l'ont fait découvrir.
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lundi 1 décembre 2014

Nageur de rivière de Jim Harrison

Trad. Brice Matthieussent, Flammarion, 2014, 256 p., 19,90€
Deux histoires se suivent, deux américains en sont les héros, l'un au début de sa vie, l'autre vers la fin.
Tous deux vivent ou ont vécu à la campagne et ils se sont construits avec la nature environnante.
Dans le premier récit, Au pays du sans-pareil, Clive, expert en art/professeur d'université, revient sur les lieux de sa jeunesse et redécouvre avec bonheur, grâce à un environnement calme et champêtre, les plaisirs simples.
Dans le deuxième récit, Nageur de rivière, Thad, nageur passionné qui veut devenir hydrologue, ne réussit pas à s'éloigner de sa campagne natale.
La nature fait partie intégrante de leur identité ; la flore, la faune et les humains qui y vivent leur sont, finalement, indispensables.
C'est de l'identité américaine qu'il s'agit et on sait combien les américains aiment leurs grands espaces somptueux, leur nature omniprésente ...
Un roman très humain mais qui ne m'a pas "embarquée", hélas. Peut être parce que certaines considérations m'ont paru bien rebattues, telles que la vacuité de la vie moderne ou la dureté des relations humaines en ville ...
Pour les inconditionnels de Jim Harrison, et il y en a beaucoup !
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vendredi 14 novembre 2014

Réparer les vivants de Maylis de Kérangal

Ed. Verticales, Gallimard, 2014, 280 p., 18,90€
On aime ou on n'aime pas Maylis de Kérangal, son style qui va droit au cœur, qui prend les tripes, qui vous transporte, vous brusque et vous chamboule. Ses phrases au présent, courtes, hachées ou parfois s'étirant sur plusieurs lignes, soufflant le chaud, soufflant le froid !
Mais il faut reconnaitre qu'elle sait, comme nulle autre, vous faire sentir l'urgence des situations, la force des sentiments et la cruauté de la vie. En lisant ses romans, on se sent ... vivant.
Et justement, ça tombe bien car le thème de "Réparer les vivants" est la transplantation d'organes, du problème moral et affectif en passant par l'organisation technique jusqu'à l'intervention elle même. Et là encore, l'auteur vous communique la passion de ses personnages, leur rage, leur envie de réussir, leur fatigue aussi.
Au delà de l'aspect très documenté qui montre combien chaque minute compte pour la vie, on n'est plus tout à fait le même lorsqu'on a fini ce roman : on a souffert avec la famille du donneur, souffert avec le receveur, espéré avec les techniciens, les médecins, les infirmiers. Ouf ! C'est fini et tout est à sa place à la page 280.
On est bien peu de chose et surtout, surtout on dépend tellement des autres ... Une belle chaine de la solidarité où chacun laisse ses  problèmes de côté pour sauver une vie. Très beau, très émouvant.
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jeudi 9 octobre 2014

Les autodafeurs, tome 2, Ma soeur est une artiste de guerre de Marine Carteron

Ed. du Rouergue, 372 p., 2014, 14,90€
Une suite pleine d'allant et de panache au tome 1 !
Gus et Césarine nous entraînent dans une avalanche d'aventures et ne nous laissent aucun répi !
Les personnages s'étoffent, les deux héros décident de devenir pleinement acteurs de leur vie ... qui se complexifie nettement et le procédé comique, déjà utilisé dans le tome 1, joue à fond pour dédramatiser des situations parfois très dangereuses.
Césarine prend tout au pied de la lettre, pas de sens figuré pour elle, pas de sentiments gnangnans, pas de conventions sociales superflues, seulement une logique implacable et un raisonnement carré. Ce décalage avec son entourage fait naitre quelques quiproquos hilarants et son personnage se positionne petit à petit au centre du récit.
Pour résumer : action débridée et humour fin. Et toujours une lutte sans merci contre les élitistes de la culture qui montent une sombre machination pour devenir les maitres du monde et posséder les sources d'information.
Du nanan, à déguster sans modération ... Vivement le tome 3.
A avoir en CDI, bien sûr !!!!
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lundi 6 octobre 2014

Intemporia, t.1 Le sceau de la reine de Claire-Lise Marguier

Ed. du Rouergue, coll. épik, 2014, 534 p., 17,50€
Premier roman d'une nouvelle collection au Rouergue, "Epik", collection de SF et fantasy.
Intemporia, Le sceau de la reine nous embarque dès les premières lignes, avec son style fluide, élégant, avec sa construction limpide et ses personnages qui s'affinent au fil des chapitres.
Yoran, 16 ans, est un garçon ordinaire qui mène une vie tranquille dans le petit monde de "La Plaine", société agricole où les habitants mènent une vie simple, protégée du reste du monde par un dome magique qui les isole.
Mais voilà qu'une maladie inconnue commence à faire des ravages parmi les habitants et atteint même sa jeune épouse, la belle Loda.
Que faire quand les Anciens ne proposent rien alors qu'ils savent que la terrible reine Yélana est à l'origine du mal ?
Yoran hésite longuement puis finit par décider de partir demander des comptes à la cruelle Yélana.
C'est une vraie initiation qu'il va vivre, en quittant son cocon et en découvrant un monde tyrannisé par la reine, un monde souffrant dont il n'avait jamais voulu se préoccuper. Il va devenir adulte ...
Des rencontres avec des êtres bienveillants et d'autres malveillants portent ses aventures et emportent le lecteur sans temps morts.
Antihéros au début du roman, Yoran va montrer une générosité et un courage insoupçonnés et devenir petit à petit un vrai héros, de ceux qui se révèlent au fil des évènements, de ceux qui doutent parfois, de ceux qui sont profondément humains.
Aurions nous fait les mêmes choix que lui, sommes nous d'accord avec lui, qu'aurions nous fait à sa place ? Le roman sait habilement susciter cette réflexion chez le lecteur.
En prime, en fin de roman, une découverte pleine de poésie et de merveilleux que j'ai adorée ...
J'attends la suite avec impatience.
Une nouvelle collection dont on a envie de connaitre les romans suivants ...
Chouette pour le CDI, dès la 4e.

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jeudi 2 octobre 2014

Miséricorde de Jussi Adler-Olsen

Livre de poche, 2011, trad. Monique Christiansen, 7,90€
Grand prix des lectrices de Elle 2012, Prix des lecteurs du Livre de Poche 2013 (catégorie polar)
Il faut reconnaitre que ce polar danois fait mouche dès les premières pages.
De facture classique, il nous immerge dans une intrigue bien emmêlée et surtout dans les problèmes personnels du policier Carl Morck.
Le pauvre est submergé par les soucis : une ex-femme pot de colle, un traumatisme lié à une affaire qui a mal tourné, un beau fils qui n'en fait qu'à sa tête et s'obstine à vivre chez lui, un colocataire déjanté, des collègues qui le détestent ... Cela suffirait à tout être humain normalement constitué mais voilà de surcroît qu'on le bombarde responsable du département V, celui des "cold-cases". Et qu'on lui adjoint un homme de ménage au passé obscur qui entend participer activement aux enquêtes !
Trop c'est trop et notre "faux blasé-vrai dépressif-qui refuse obstinément de suivre une thérapie" finit par se plonger aveuglément dans une enquête bien compliquée pour oublier tout ça. Sans y arriver totalement bien sûr. Pourtant elle était bien jolie et bien intelligente cette Merete Lyyngaard, promise à un haut poste politique et disparue mystérieusement sur un ferry ...
Seul bémol, pour moi : on ne voit pas grand chose de la société danoise. Et pourtant, on a eu Borgen, la série TV qui nous a montré combien le scanner social peut être passionnant ;o)
Heureusement, la qualité de la traduction assure un style fluide et le roman tient en haleine.
C'est le personnage principal, en définitive, qui fait tout l'intérêt du roman. Antipathique au début car désagréable avec tout le monde, on finit par l'apprécier grâce à un portrait qui s'affine et dévoile, au delà du bougon misanthrope, un tendre avide de justice. Évidemment !

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dimanche 21 septembre 2014

Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

Trad. Michel Lederer, livre de poche, 2011, 475 p., 7,60€
Joseph Boyden joue dans la cour des grands, des grands écrivains. Pour plusieurs raisons.
Tout d'abord il a son univers, celui des indiens cree et ojibwé et celui de la baie James, au Canada. Ensuite, il a un objectif, un "devoir de mémoire" : raconter l'histoire des Indiens, lui même étant d'origine indienne par sa mère.
Enfin, loin de toute idéalisation, il décrit les modes de vie et le choc des cultures occidentales et indiennes.
Il nous a donné une trilogie magnifique, non chronologique : Le chemin des âmes (la guerre de 14-18), Les saisons de la solitude (de nos jours) et Dans le grand cercle du monde (XVIIe siècle).
Tout est bon chez lui, tout est à lire et tout nous emporte auprès d'une société qui fut sacrifiée aux intérêts matériels des "Blancs". Ces Blancs rusés qui surent utiliser les faiblesses des Indiens : cupidité, désir de possession, hostilité entre tribus pour s'implanter et réduire à l'impuissance un peuple autrefois fier, parfois dur et toujours proche de la nature.
Dans "les saisons de la solitude", une nièce et son oncle croisent, de nos jours, leur expérience de la violence du monde occidental ... un monde qui est le leur sans l'être tout à fait car ils n'ont jamais oublié d'où ils viennent.
"Les saisons de la solitude" n'a pas détrôné "Le chemin des âmes" qui reste pour  moi le roman préféré de la trilogie, bien qu'on lui ait reproché d'être parfois mystique (ce n'est pas mon avis et c'est un autre sujet !).

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jeudi 28 août 2014

Calpurnia de Jacqueline Kelly

Trad. Diane Ménard, l'Ecole des Loisirs, 2013, 416 p., 19€
Calpurnia n'aime pas tricoter, déteste broder, rate tous ses plats en cuisine, joue mal du piano ... et toutes les activités ménagères que lui impose sa mère l'ennuient prodigieusement. Ajoutez à cela un sens aigu de l'injustice et une intelligence vive ainsi qu'une curiosité insatiable. Pour cette adolescente de 11 ans vivant au Texas en 1889, affublée de 6 frères, la vie ne s'annonce pas facile.
Son rêve ? Devenir une scientifique, suivre des études à l'université alors qu'on la voudrait mariée et soucieuse de tenir sa maisonnée ! Et continuer la découverte du monde qui l'entoure, découverte initiée par son grand père, le fantasque Mr Tate, avec qui elle observe le règne animal et végétal et découvre la méthode scientifique.
Insoucieuse de son apparence, elle stocke des grenouilles dans sa chambre, revient échevelée de ses balades dans la nature environnante et riche de sa liberté. Calpurnia est aussi une sœur attentive et généreuse qui utilise son intelligence pour aider ses frères tandis qu'elle pose un regard critique et souvent étonné sur le monde des adultes.
Elle porte le prénom de la dernière femme de César et ce n'est pas pour rien : elle va devoir défendre habilement ses projets ! Mais comment ? Qui l'aidera ? Pas de réponse dans ce tome qui, je l'espère, n'est que le premier d'une série.
Un roman plein d'humour, de fantaisie et de finesse où l'on apprend pas mal de choses sans y prendre garde.
Un roman pour tous. Pour les adolescentes parce qu'il offre un exemple d'émancipation et pour les adolescents parce qu'il leur rappellera qu'il n'y a pas de bonheur sans liberté de choix. Et vice versa ;o)
Un vrai coup de cœur.
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mercredi 27 août 2014

Le sanglot de l'homme noir d'Alain Mabanckou

Fayard, 2012, 181 p., 15€
Essai.
Alain Mabanckou s'interroge sur ce qu'est être un homme noir, un écrivain noir dans un monde et une société dominés par les blancs.
Alternant réflexion autour de thèmes développés par d'autres auteurs noirs et récits de rencontres intéressantes, tour à tour avec humour et conviction, il dénonce le racisme rampant, défend la liberté de création et le droit d'écrire dans la langue de son choix, y compris en français ... sans nier la responsabilité des africains eux mêmes dans leurs difficultés actuelles.
L'universitaire à la casquette n'oublie jamais combien ses frères noirs attendent de lui qu'il porte leur
parole ...
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samedi 5 juillet 2014

La petite fille en rouge de R. Innocenti et A. Frisch

Trad. Catherine Gibert, Gallimard Jeunesse, 2013, ill. Roberto Innocenti, texte Aaron Frisch, 13,90€
Un bel album, presque carré, un format qui met en valeur illustrations et textes et qui permet une belle mise en page, précise et ample.
Les textes sont placés dans des cartouches colorés, le plus souvent en bas de page, ils sont couplés avec les grandes illustrations saturées de détails qui plairont aux petits (et aux grands !).
La priorité est donnée aux illustrations ... croit on !
Or le texte reprend ses droits très vite car il complète parfaitement l'histoire, une version citadine du Petit Chaperon Rouge.
La forêt ? C'est la grande ville que Sophia traverse pour aller chez sa grand-mère, les dangers y pullulent. Maisons et immeubles sont délabrés, les rues sales, bondées ou désertes, envahies de publicités criardes, les galeries marchandes tentantes, les spectacles de rue fascinants, les nombreuses voitures menaçantes, on devine le bruit incessant, certains quartiers sont mal famés, le ciel est toujours gris, lourd, plombé. Et l'adulte qui sauve la pré-adolescente des loubards ressemble fort à un loup ...

Voilà une version du conte de Perrault tout aussi cruelle, où la leçon reste la même : le jeune lecteur comprend bien vite que pour survivre dans un monde pareil, les enfants doivent se méfier de tout et de tous.
Leçon terrible mais leçon salutaire car ce monde est le notre ! Deux fins sont proposées ...
Parfois on est au bord du mauvais goût : trop de détails, formes trop rondes, accumulation de couleurs criardes en opposition à un ciel trop sombre, mais il m'a semblé reconnaitre alors le monde de "Blade runner" (film de Ridley Scott), dans un futur saturé, dangereux et fou ... Une sacrée ambiance.
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Le quatrième mur de Sorj Chalandon

Editions de la Loupe, 2013, 385 p., 21,60€
Georges, metteur en scène de théâtre français, part à Beyrouth pour monter Antigone d'Anouilh. Il exauce ainsi le vœu de son ami Samuel, entrain de mourir. Les acteurs viennent de tous les bords, toutes les religions sont représentées et la pièce devient symbole vivant de la résistance à la violence, à l'injustice. Cette "trève poétique" est l'expression du désir de paix et de tolérance des hommes.
Mais c'est justement le moment de l'offensive israélienne de 1982. Georges est rapidement confronté à l'horreur de la guerre à travers la mort de certains des acteurs lors des massacres de Sabra et Chatila. Il y est aussi confronté personnellement. Ses amis libanais le forcent à partir ...
A son retour en France, il ne supporte pas la vie douillette qui l'attend à Paris. Tout s’emmêle dans son esprit et des traumatismes liés à la violence naissent culpabilité et dépression.
Un roman très lourd, oppressant, comme la violence elle même que l'auteur sait nous faire vivre à travers les mots.
Attention, une belle lecture ...  mais très dure !
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samedi 28 juin 2014

La nueve de Paco Roca

Delcourt, coll. Mirages, 2014, 313 p., 29€

Trois bonnes raisons de lire "la nueve", roman graphique historique en hommage aux républicains espagnols ...

UN : un thème original ...
C'est la fin de la guerre civile espagnole. Dans le port d'Alicante, des milliers de républicains avec leur famille attendent d'hypothétiques bateaux qui viendront les sauver des geôles franquistes ou du peloton d'exécution ...
Et voilà que commence l'odyssée des républicains anarchistes et communistes ...  Après maintes péripéties, certains furent parmi les premiers à  libérer Paris avec la 9e DB en août 1944. Sur leurs chars, ils avaient inscrit les noms des grandes villes espagnoles où ils croyaient rentrer rapidement, avec l'aide des alliés : une fois les nazis battus viendrait le tour de la dictature franquiste ... Espoir déçu. Une part d'histoire méconnue.
Grâce à un travail de documentation et d'archive impressionnant, la bande dessinée fourmille d'informations très précises qui alimentent tout naturellement le récit, sans l'alourdir.

DEUX : un beau portrait ...
De nos jours, un jeune écrivain recherche pour son travail Miguel Ruiz, un vieil anarchiste espagnol qui vit dans une petite ville française et qui aurait été un héros de la seconde guerre mondiale ...
Miguel existe bien mais, âgé et fatigué, il rechigne à le recevoir. Cependant le jeune homme sait le convaincre et un long récit, empreint d'émotion, rythmé par les souvenirs commence.
Le personnage de Miguel est attachant. Comme tous les républicains exilés, tous les combattants qui ont perdu leur bataille pour la démocratie, il a été meurtri et, s'il ne renie rien de ce qu'il a vécu, il pense que tout est tombé dans l'oubli.
Très beau portrait d'un homme courageux, engagé et entièrement dévoué à la cause de la liberté, à qui il a sacrifié sa vie. Ils furent nombreux ...


TROIS : un dessin expressif et un scénario au cordeau ...
Le récit est mené sans temps morts, il suit la chronologie historique globalement mais est émaillé de flash back qui soulignent des faits importants.
L'auteur a le goût du détail dans ses dessins et cela est souvent bien plus parlant que des mots, notamment quand il est question des conditions de vie.
Un beau dessin, bien mis au service de l'histoire et bien complémentaire, où même les couleurs jouent un rôle.
Une œuvre qui fait un tout très construit et très achevé. J'ai beaucoup apprécié la cohérence de l'ensemble qui révèle un gros travail en sous-main.
L'auteur, Paco Roca, est un auteur de BD engagé et reconnu en Espagne (il a eu plusieurs prix).
Voir .
Un coup de cœur. A lire ...
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mardi 24 juin 2014

Les autodafeurs de Marine Carteron

Ed. du Rouergue, coll. doado, 2014, 329 p., 14€
Un bon crû !
Dans le chaudron de Marine Carteron et des Éditions du Rouergue, mijotent des personnages aux petits oignons, des gentils et des méchants bien identifiés, une intrigue prenante, quelques  pincées de fantaisie et d'originalité ... Tous ces ingrédients font que j'ai dévoré les "autodafeurs" et que j'attends avec impatience les 2 tomes à paraitre.
La vie d'Auguste Mars, 15 ans, bascule le jour où son père meurt dans un accident de voiture. Sa mère, sa sœur Césarine et lui, dévastés par le chagrin, vont emménager chez ses grands-parents à la campagne. Auguste regrette Paris et ses copains mais les évènements s'enchaînent bientôt à toute vitesse et il n'a bientôt plus le temps d'y penser. En effet, les autodafeurs s'attaquent aux archives et aux livres car ils savent que la connaissance, c'est le pouvoir et le pouvoir doit rester aux mains des nantis ! Auguste a du boulot ...
Mon personnage préféré, c'est Césarine.
Elle souffre du syndrome d'Asperger (dans la famille, on dit avec tendresse qu'elle est "artiste") et fait preuve d'un bel esprit concret et logique qui pousse le raisonnement aux frontières de l'absurde. Elle nous fait souvent sourire en prenant au pied de la lettre les expressions imagées de la langue française et les habitudes pas toujours rationnelles des adultes. Dans un monde angoissant, ses crises de panique nous deviennent souvent très compréhensibles. Un joli personnage, attachant.
Le copain "Néné", balourd au début du roman, révèle des ressources inattendues. Et la famille du héros ne ressemble à aucune autre.
Joli rythme, humour et action, un style bien adapté aux ados de 11 à ... bof, y a pas d'âge limite !
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dimanche 22 juin 2014

Rose sang de Annabelle Demais

Archi poche, 2014, 210 p., 7,65€
Pas de coup de cœur pour ce polar marseillais dont l'héroïne est journaliste, comme son auteur. Mais ...
Style coup de poing, récit sans temps mort.
Même si le lecteur a déjà entendu les considérations sur Marseille et les cités, sur les difficultés du métier de journaliste et sur la collusion des milieux culturel et politique ... Annabelle Demais est sympathique et correspond à la loi du genre : désenchantée, indépendante, obstinée et n'aimant pas se laisser marcher sur les pieds. On l'aime, quoi.
Rien de nouveau sous le soleil marseillais mais tout de même, une somme d'infos cohérentes et qui brossent un portrait réaliste de notre belle cité, victime de profiteurs de tous poils, depuis si longtemps.
Et en prime, on a le plaisir de suivre les aventures de la belle Demais sur des lieux que nous connaissons tous et qui révèlent une vraie connaissance de Marseille.
Le point faible pour moi : l'intrigue, au final assez légère, loin des tenants et aboutissants marseillais. Mais le fait divers est le quotidien du journaliste et de l'enquêteur, même à Marseille !

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mercredi 4 juin 2014

Les petits ruisseaux de Rabaté

Ed. Futuropolis, 2006, 94 p.,
Lecteur, tu auras déjà une petite idée de la BD en lisant le sous-titre en couverture :

SEX
on fera ce qu'on pourra
DRUG
surtout contre le cholestérol
AND ROCK AND ROLL
je suis meilleur en musette

Tu as compris que tu n'as pas à faire au perdreau de l'année ...
Emile a perdu sa femme, il lui reste ses copains de bar, la pêche à la ligne et ... une petite vie de retraité trop étroite.
Quand il découvre la vraie nature de son pote Edmond, peintre érotique et coureur de jupons discret,   une petite lueur commence à poindre dans son esprit assoupi. Quelques belles rencontres, un sursaut de désir et le voilà parti vers une nouvelle vie, au mépris de ses bobos physiques et des tabous qu'il s'était imposés ...
Le pragmatisme et la sobriété des dialogues rendent bien la nature réservée et pleine de bon sens du retraité, ainsi que des expressions vieillottes savoureuses.
La BD illustre à merveille, avec délicatesse, l'idée que la vie nous réserve toujours des surprises, jusqu'au bout, pourvu qu'on reste à l'écoute des gens qui nous entourent.
Des surprises ... à la mesure de nos possibilités ;o)
Un bonbon.
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