Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

vendredi 14 novembre 2014

Réparer les vivants de Maylis de Kérangal

Ed. Verticales, Gallimard, 2014, 280 p., 18,90€
On aime ou on n'aime pas Maylis de Kérangal, son style qui va droit au cœur, qui prend les tripes, qui vous transporte, vous brusque et vous chamboule. Ses phrases au présent, courtes, hachées ou parfois s'étirant sur plusieurs lignes, soufflant le chaud, soufflant le froid !
Mais il faut reconnaitre qu'elle sait, comme nulle autre, vous faire sentir l'urgence des situations, la force des sentiments et la cruauté de la vie. En lisant ses romans, on se sent ... vivant.
Et justement, ça tombe bien car le thème de "Réparer les vivants" est la transplantation d'organes, du problème moral et affectif en passant par l'organisation technique jusqu'à l'intervention elle même. Et là encore, l'auteur vous communique la passion de ses personnages, leur rage, leur envie de réussir, leur fatigue aussi.
Au delà de l'aspect très documenté qui montre combien chaque minute compte pour la vie, on n'est plus tout à fait le même lorsqu'on a fini ce roman : on a souffert avec la famille du donneur, souffert avec le receveur, espéré avec les techniciens, les médecins, les infirmiers. Ouf ! C'est fini et tout est à sa place à la page 280.
On est bien peu de chose et surtout, surtout on dépend tellement des autres ... Une belle chaine de la solidarité où chacun laisse ses  problèmes de côté pour sauver une vie. Très beau, très émouvant.
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jeudi 9 octobre 2014

Les autodafeurs, tome 2, Ma soeur est une artiste de guerre de Marine Carteron

Ed. du Rouergue, 372 p., 2014, 14,90€
Une suite pleine d'allant et de panache au tome 1 !
Gus et Césarine nous entraînent dans une avalanche d'aventures et ne nous laissent aucun répi !
Les personnages s'étoffent, les deux héros décident de devenir pleinement acteurs de leur vie ... qui se complexifie nettement et le procédé comique, déjà utilisé dans le tome 1, joue à fond pour dédramatiser des situations parfois très dangereuses.
Césarine prend tout au pied de la lettre, pas de sens figuré pour elle, pas de sentiments gnangnans, pas de conventions sociales superflues, seulement une logique implacable et un raisonnement carré. Ce décalage avec son entourage fait naitre quelques quiproquos hilarants et son personnage se positionne petit à petit au centre du récit.
Pour résumer : action débridée et humour fin. Et toujours une lutte sans merci contre les élitistes de la culture qui montent une sombre machination pour devenir les maitres du monde et posséder les sources d'information.
Du nanan, à déguster sans modération ... Vivement le tome 3.
A avoir en CDI, bien sûr !!!!
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lundi 6 octobre 2014

Intemporia, t.1 Le sceau de la reine de Claire-Lise Marguier

Ed. du Rouergue, coll. épik, 2014, 534 p., 17,50€
Premier roman d'une nouvelle collection au Rouergue, "Epik", collection de SF et fantasy.
Intemporia, Le sceau de la reine nous embarque dès les premières lignes, avec son style fluide, élégant, avec sa construction limpide et ses personnages qui s'affinent au fil des chapitres.
Yoran, 16 ans, est un garçon ordinaire qui mène une vie tranquille dans le petit monde de "La Plaine", société agricole où les habitants mènent une vie simple, protégée du reste du monde par un dome magique qui les isole.
Mais voilà qu'une maladie inconnue commence à faire des ravages parmi les habitants et atteint même sa jeune épouse, la belle Loda.
Que faire quand les Anciens ne proposent rien alors qu'ils savent que la terrible reine Yélana est à l'origine du mal ?
Yoran hésite longuement puis finit par décider de partir demander des comptes à la cruelle Yélana.
C'est une vraie initiation qu'il va vivre, en quittant son cocon et en découvrant un monde tyrannisé par la reine, un monde souffrant dont il n'avait jamais voulu se préoccuper. Il va devenir adulte ...
Des rencontres avec des êtres bienveillants et d'autres malveillants portent ses aventures et emportent le lecteur sans temps morts.
Antihéros au début du roman, Yoran va montrer une générosité et un courage insoupçonnés et devenir petit à petit un vrai héros, de ceux qui se révèlent au fil des évènements, de ceux qui doutent parfois, de ceux qui sont profondément humains.
Aurions nous fait les mêmes choix que lui, sommes nous d'accord avec lui, qu'aurions nous fait à sa place ? Le roman sait habilement susciter cette réflexion chez le lecteur.
En prime, en fin de roman, une découverte pleine de poésie et de merveilleux que j'ai adorée ...
J'attends la suite avec impatience.
Une nouvelle collection dont on a envie de connaitre les romans suivants ...
Chouette pour le CDI, dès la 4e.

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jeudi 2 octobre 2014

Miséricorde de Jussi Adler-Olsen

Livre de poche, 2011, trad. Monique Christiansen, 7,90€
Grand prix des lectrices de Elle 2012, Prix des lecteurs du Livre de Poche 2013 (catégorie polar)
Il faut reconnaitre que ce polar danois fait mouche dès les premières pages.
De facture classique, il nous immerge dans une intrigue bien emmêlée et surtout dans les problèmes personnels du policier Carl Morck.
Le pauvre est submergé par les soucis : une ex-femme pot de colle, un traumatisme lié à une affaire qui a mal tourné, un beau fils qui n'en fait qu'à sa tête et s'obstine à vivre chez lui, un colocataire déjanté, des collègues qui le détestent ... Cela suffirait à tout être humain normalement constitué mais voilà de surcroît qu'on le bombarde responsable du département V, celui des "cold-cases". Et qu'on lui adjoint un homme de ménage au passé obscur qui entend participer activement aux enquêtes !
Trop c'est trop et notre "faux blasé-vrai dépressif-qui refuse obstinément de suivre une thérapie" finit par se plonger aveuglément dans une enquête bien compliquée pour oublier tout ça. Sans y arriver totalement bien sûr. Pourtant elle était bien jolie et bien intelligente cette Merete Lyyngaard, promise à un haut poste politique et disparue mystérieusement sur un ferry ...
Seul bémol, pour moi : on ne voit pas grand chose de la société danoise. Et pourtant, on a eu Borgen, la série TV qui nous a montré combien le scanner social peut être passionnant ;o)
Heureusement, la qualité de la traduction assure un style fluide et le roman tient en haleine.
C'est le personnage principal, en définitive, qui fait tout l'intérêt du roman. Antipathique au début car désagréable avec tout le monde, on finit par l'apprécier grâce à un portrait qui s'affine et dévoile, au delà du bougon misanthrope, un tendre avide de justice. Évidemment !

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dimanche 21 septembre 2014

Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

Trad. Michel Lederer, livre de poche, 2011, 475 p., 7,60€
Joseph Boyden joue dans la cour des grands, des grands écrivains. Pour plusieurs raisons.
Tout d'abord il a son univers, celui des indiens cree et ojibwé et celui de la baie James, au Canada. Ensuite, il a un objectif, un "devoir de mémoire" : raconter l'histoire des Indiens, lui même étant d'origine indienne par sa mère.
Enfin, loin de toute idéalisation, il décrit les modes de vie et le choc des cultures occidentales et indiennes.
Il nous a donné une trilogie magnifique, non chronologique : Le chemin des âmes (la guerre de 14-18), Les saisons de la solitude (de nos jours) et Dans le grand cercle du monde (XVIIe siècle).
Tout est bon chez lui, tout est à lire et tout nous emporte auprès d'une société qui fut sacrifiée aux intérêts matériels des "Blancs". Ces Blancs rusés qui surent utiliser les faiblesses des Indiens : cupidité, désir de possession, hostilité entre tribus pour s'implanter et réduire à l'impuissance un peuple autrefois fier, parfois dur et toujours proche de la nature.
Dans "les saisons de la solitude", une nièce et son oncle croisent, de nos jours, leur expérience de la violence du monde occidental ... un monde qui est le leur sans l'être tout à fait car ils n'ont jamais oublié d'où ils viennent.
"Les saisons de la solitude" n'a pas détrôné "Le chemin des âmes" qui reste pour  moi le roman préféré de la trilogie, bien qu'on lui ait reproché d'être parfois mystique (ce n'est pas mon avis et c'est un autre sujet !).

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jeudi 28 août 2014

Calpurnia de Jacqueline Kelly

Trad. Diane Ménard, l'Ecole des Loisirs, 2013, 416 p., 19€
Calpurnia n'aime pas tricoter, déteste broder, rate tous ses plats en cuisine, joue mal du piano ... et toutes les activités ménagères que lui impose sa mère l'ennuient prodigieusement. Ajoutez à cela un sens aigu de l'injustice et une intelligence vive ainsi qu'une curiosité insatiable. Pour cette adolescente de 11 ans vivant au Texas en 1889, affublée de 6 frères, la vie ne s'annonce pas facile.
Son rêve ? Devenir une scientifique, suivre des études à l'université alors qu'on la voudrait mariée et soucieuse de tenir sa maisonnée ! Et continuer la découverte du monde qui l'entoure, découverte initiée par son grand père, le fantasque Mr Tate, avec qui elle observe le règne animal et végétal et découvre la méthode scientifique.
Insoucieuse de son apparence, elle stocke des grenouilles dans sa chambre, revient échevelée de ses balades dans la nature environnante et riche de sa liberté. Calpurnia est aussi une sœur attentive et généreuse qui utilise son intelligence pour aider ses frères tandis qu'elle pose un regard critique et souvent étonné sur le monde des adultes.
Elle porte le prénom de la dernière femme de César et ce n'est pas pour rien : elle va devoir défendre habilement ses projets ! Mais comment ? Qui l'aidera ? Pas de réponse dans ce tome qui, je l'espère, n'est que le premier d'une série.
Un roman plein d'humour, de fantaisie et de finesse où l'on apprend pas mal de choses sans y prendre garde.
Un roman pour tous. Pour les adolescentes parce qu'il offre un exemple d'émancipation et pour les adolescents parce qu'il leur rappellera qu'il n'y a pas de bonheur sans liberté de choix. Et vice versa ;o)
Un vrai coup de cœur.
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mercredi 27 août 2014

Le sanglot de l'homme noir d'Alain Mabanckou

Fayard, 2012, 181 p., 15€
Essai.
Alain Mabanckou s'interroge sur ce qu'est être un homme noir, un écrivain noir dans un monde et une société dominés par les blancs.
Alternant réflexion autour de thèmes développés par d'autres auteurs noirs et récits de rencontres intéressantes, tour à tour avec humour et conviction, il dénonce le racisme rampant, défend la liberté de création et le droit d'écrire dans la langue de son choix, y compris en français ... sans nier la responsabilité des africains eux mêmes dans leurs difficultés actuelles.
L'universitaire à la casquette n'oublie jamais combien ses frères noirs attendent de lui qu'il porte leur
parole ...
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samedi 5 juillet 2014

La petite fille en rouge de R. Innocenti et A. Frisch

Trad. Catherine Gibert, Gallimard Jeunesse, 2013, ill. Roberto Innocenti, texte Aaron Frisch, 13,90€
Un bel album, presque carré, un format qui met en valeur illustrations et textes et qui permet une belle mise en page, précise et ample.
Les textes sont placés dans des cartouches colorés, le plus souvent en bas de page, ils sont couplés avec les grandes illustrations saturées de détails qui plairont aux petits (et aux grands !).
La priorité est donnée aux illustrations ... croit on !
Or le texte reprend ses droits très vite car il complète parfaitement l'histoire, une version citadine du Petit Chaperon Rouge.
La forêt ? C'est la grande ville que Sophia traverse pour aller chez sa grand-mère, les dangers y pullulent. Maisons et immeubles sont délabrés, les rues sales, bondées ou désertes, envahies de publicités criardes, les galeries marchandes tentantes, les spectacles de rue fascinants, les nombreuses voitures menaçantes, on devine le bruit incessant, certains quartiers sont mal famés, le ciel est toujours gris, lourd, plombé. Et l'adulte qui sauve la pré-adolescente des loubards ressemble fort à un loup ...

Voilà une version du conte de Perrault tout aussi cruelle, où la leçon reste la même : le jeune lecteur comprend bien vite que pour survivre dans un monde pareil, les enfants doivent se méfier de tout et de tous.
Leçon terrible mais leçon salutaire car ce monde est le notre ! Deux fins sont proposées ...
Parfois on est au bord du mauvais goût : trop de détails, formes trop rondes, accumulation de couleurs criardes en opposition à un ciel trop sombre, mais il m'a semblé reconnaitre alors le monde de "Blade runner" (film de Ridley Scott), dans un futur saturé, dangereux et fou ... Une sacrée ambiance.
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Le quatrième mur de Sorj Chalandon

Editions de la Loupe, 2013, 385 p., 21,60€
Georges, metteur en scène de théâtre français, part à Beyrouth pour monter Antigone d'Anouilh. Il exauce ainsi le vœu de son ami Samuel, entrain de mourir. Les acteurs viennent de tous les bords, toutes les religions sont représentées et la pièce devient symbole vivant de la résistance à la violence, à l'injustice. Cette "trève poétique" est l'expression du désir de paix et de tolérance des hommes.
Mais c'est justement le moment de l'offensive israélienne de 1982. Georges est rapidement confronté à l'horreur de la guerre à travers la mort de certains des acteurs lors des massacres de Sabra et Chatila. Il y est aussi confronté personnellement. Ses amis libanais le forcent à partir ...
A son retour en France, il ne supporte pas la vie douillette qui l'attend à Paris. Tout s’emmêle dans son esprit et des traumatismes liés à la violence naissent culpabilité et dépression.
Un roman très lourd, oppressant, comme la violence elle même que l'auteur sait nous faire vivre à travers les mots.
Attention, une belle lecture ...  mais très dure !
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samedi 28 juin 2014

La nueve de Paco Roca

Delcourt, coll. Mirages, 2014, 313 p., 29€

Trois bonnes raisons de lire "la nueve", roman graphique historique en hommage aux républicains espagnols ...

UN : un thème original ...
C'est la fin de la guerre civile espagnole. Dans le port d'Alicante, des milliers de républicains avec leur famille attendent d'hypothétiques bateaux qui viendront les sauver des geôles franquistes ou du peloton d'exécution ...
Et voilà que commence l'odyssée des républicains anarchistes et communistes ...  Après maintes péripéties, certains furent parmi les premiers à  libérer Paris avec la 9e DB en août 1944. Sur leurs chars, ils avaient inscrit les noms des grandes villes espagnoles où ils croyaient rentrer rapidement, avec l'aide des alliés : une fois les nazis battus viendrait le tour de la dictature franquiste ... Espoir déçu. Une part d'histoire méconnue.
Grâce à un travail de documentation et d'archive impressionnant, la bande dessinée fourmille d'informations très précises qui alimentent tout naturellement le récit, sans l'alourdir.

DEUX : un beau portrait ...
De nos jours, un jeune écrivain recherche pour son travail Miguel Ruiz, un vieil anarchiste espagnol qui vit dans une petite ville française et qui aurait été un héros de la seconde guerre mondiale ...
Miguel existe bien mais, âgé et fatigué, il rechigne à le recevoir. Cependant le jeune homme sait le convaincre et un long récit, empreint d'émotion, rythmé par les souvenirs commence.
Le personnage de Miguel est attachant. Comme tous les républicains exilés, tous les combattants qui ont perdu leur bataille pour la démocratie, il a été meurtri et, s'il ne renie rien de ce qu'il a vécu, il pense que tout est tombé dans l'oubli.
Très beau portrait d'un homme courageux, engagé et entièrement dévoué à la cause de la liberté, à qui il a sacrifié sa vie. Ils furent nombreux ...


TROIS : un dessin expressif et un scénario au cordeau ...
Le récit est mené sans temps morts, il suit la chronologie historique globalement mais est émaillé de flash back qui soulignent des faits importants.
L'auteur a le goût du détail dans ses dessins et cela est souvent bien plus parlant que des mots, notamment quand il est question des conditions de vie.
Un beau dessin, bien mis au service de l'histoire et bien complémentaire, où même les couleurs jouent un rôle.
Une œuvre qui fait un tout très construit et très achevé. J'ai beaucoup apprécié la cohérence de l'ensemble qui révèle un gros travail en sous-main.
L'auteur, Paco Roca, est un auteur de BD engagé et reconnu en Espagne (il a eu plusieurs prix).
Voir .
Un coup de cœur. A lire ...
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mardi 24 juin 2014

Les autodafeurs de Marine Carteron

Ed. du Rouergue, coll. doado, 2014, 329 p., 14€
Un bon crû !
Dans le chaudron de Marine Carteron et des Éditions du Rouergue, mijotent des personnages aux petits oignons, des gentils et des méchants bien identifiés, une intrigue prenante, quelques  pincées de fantaisie et d'originalité ... Tous ces ingrédients font que j'ai dévoré les "autodafeurs" et que j'attends avec impatience les 2 tomes à paraitre.
La vie d'Auguste Mars, 15 ans, bascule le jour où son père meurt dans un accident de voiture. Sa mère, sa sœur Césarine et lui, dévastés par le chagrin, vont emménager chez ses grands-parents à la campagne. Auguste regrette Paris et ses copains mais les évènements s'enchaînent bientôt à toute vitesse et il n'a bientôt plus le temps d'y penser. En effet, les autodafeurs s'attaquent aux archives et aux livres car ils savent que la connaissance, c'est le pouvoir et le pouvoir doit rester aux mains des nantis ! Auguste a du boulot ...
Mon personnage préféré, c'est Césarine.
Elle souffre du syndrome d'Asperger (dans la famille, on dit avec tendresse qu'elle est "artiste") et fait preuve d'un bel esprit concret et logique qui pousse le raisonnement aux frontières de l'absurde. Elle nous fait souvent sourire en prenant au pied de la lettre les expressions imagées de la langue française et les habitudes pas toujours rationnelles des adultes. Dans un monde angoissant, ses crises de panique nous deviennent souvent très compréhensibles. Un joli personnage, attachant.
Le copain "Néné", balourd au début du roman, révèle des ressources inattendues. Et la famille du héros ne ressemble à aucune autre.
Joli rythme, humour et action, un style bien adapté aux ados de 11 à ... bof, y a pas d'âge limite !
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dimanche 22 juin 2014

Rose sang de Annabelle Demais

Archi poche, 2014, 210 p., 7,65€
Pas de coup de cœur pour ce polar marseillais dont l'héroïne est journaliste, comme son auteur. Mais ...
Style coup de poing, récit sans temps mort.
Même si le lecteur a déjà entendu les considérations sur Marseille et les cités, sur les difficultés du métier de journaliste et sur la collusion des milieux culturel et politique ... Annabelle Demais est sympathique et correspond à la loi du genre : désenchantée, indépendante, obstinée et n'aimant pas se laisser marcher sur les pieds. On l'aime, quoi.
Rien de nouveau sous le soleil marseillais mais tout de même, une somme d'infos cohérentes et qui brossent un portrait réaliste de notre belle cité, victime de profiteurs de tous poils, depuis si longtemps.
Et en prime, on a le plaisir de suivre les aventures de la belle Demais sur des lieux que nous connaissons tous et qui révèlent une vraie connaissance de Marseille.
Le point faible pour moi : l'intrigue, au final assez légère, loin des tenants et aboutissants marseillais. Mais le fait divers est le quotidien du journaliste et de l'enquêteur, même à Marseille !

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mercredi 4 juin 2014

Les petits ruisseaux de Rabaté

Ed. Futuropolis, 2006, 94 p.,
Lecteur, tu auras déjà une petite idée de la BD en lisant le sous-titre en couverture :

SEX
on fera ce qu'on pourra
DRUG
surtout contre le cholestérol
AND ROCK AND ROLL
je suis meilleur en musette

Tu as compris que tu n'as pas à faire au perdreau de l'année ...
Emile a perdu sa femme, il lui reste ses copains de bar, la pêche à la ligne et ... une petite vie de retraité trop étroite.
Quand il découvre la vraie nature de son pote Edmond, peintre érotique et coureur de jupons discret,   une petite lueur commence à poindre dans son esprit assoupi. Quelques belles rencontres, un sursaut de désir et le voilà parti vers une nouvelle vie, au mépris de ses bobos physiques et des tabous qu'il s'était imposés ...
Le pragmatisme et la sobriété des dialogues rendent bien la nature réservée et pleine de bon sens du retraité, ainsi que des expressions vieillottes savoureuses.
La BD illustre à merveille, avec délicatesse, l'idée que la vie nous réserve toujours des surprises, jusqu'au bout, pourvu qu'on reste à l'écoute des gens qui nous entourent.
Des surprises ... à la mesure de nos possibilités ;o)
Un bonbon.
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mardi 20 mai 2014

Thérapie de David Lodge

Trad. Suzanne V. Mayoux, Ed. Rivages, 1996, 360 p., maintenant en poche 9€30
Petite déception à la lecture de ce roman dont on m'avait dit beaucoup de bien.
Bien sur il y a beaucoup d'humour mais les malheurs à répétition de ce scénariste TV anglais un peu bobo ne m'ont pas passionnée ...
Alors que Lawrence mène une petite vie bien tranquille, son genou commence à le faire souffrir, annonçant des complications qui s'enchaînent : l'héroïne de la série qu'il écrit arrête brusquement le tournage, le producteur cherche un autre scénariste, sa femme le quitte et, sans trop savoir pourquoi, toutes ses relations avec les femmes sont vouées à l'échec.
D'un bonheur trop tranquille, il passe à une inquiétante insécurité. Et la lecture de Kierkegaard ne l'aide pas le moins du monde !
On pense parfois à Woody Allen avec qui le héros partage des angoisses existentielles.
Mais pas de souci, le héros, bien que philosophe ou parce que philosophe, est un bon vivant qui va vite trouver une solution à ses problèmes, par lui même et sans l'aide des multiples thérapies qu'il a commencées ... d'où le titre.
A lire pendant les vacances, sur la plage.
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dimanche 18 mai 2014

Mémoires de porc-épic d'Alain Mabanckou

Seuil, 2006, 228 p., 16,50€
Prix Renaudot 2006
Un récit plein de fantaisie où l'humour jaillit lorsque A.M mêle merveilleux africain et considérations pragmatiques sur la vie des hommes ...
Kibandi vit dans un village du Congo. Son père qui pratique la magie, lui a attribué un "double maléfique" incarné par un porc-épic ainsi qu'un double tout court qui ressemble à un fantôme. Le porc-épic doit tout faire pour satisfaire son maître humain, tandis que le double se nourrit des mauvaises actions commises. Et son appétit insatiable entraine Kibandi dans une escalade vers le mal qui ne connait plus de limites ... Comment tout cela finira-t-il ?
Le porc épic, héros de l'histoire, se confie à un baobab géant pour soulager une conscience bien lourdement chargée. Il raconte comment sur ordre de son maitre, il tue régulièrement ceux qui l'ont contrarié ou vexé. Même les personnes les plus innocentes y passent, prises dans les rouages de la vengeance.

Mêlant croyances africaines ancestrales, raisonnements pragmatiques, causticité des réflexions sur les travers humains et références à la littérature mondiale, Mabanckou nous plonge dans un univers proche à la fois de la fable philosophique et du conte africain.
Comme l'homme qu'il soit européen ou africain (ou autre!), le porc-épic ne se révolte pas contre son maitre car le poids de la tradition et des croyances l'en empêche ...
Un sujet original servi par un style non moins original où seule la virgule ponctue le texte. A lire pour sourire et s'approprier une réflexion universelle sur les hommes et l'obéissance.
A lire après "Verre cassé" car "Mémoires de porc-épic" en est la suite.J'ai commencé par la fin, zut.
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samedi 17 mai 2014

Amkoullel, l'enfant peul de Amadou Hampâté Bâ

Livre de poche, 2010 (1ère parution 1991 chez Actes Sud), 442 p., 7€
Amadou Hampâté Bâ est un conteur/ethnologue malien, né "vers" 1900 à Bandiagara et décédé en 1991 à Abidjan, Côte d'Ivoire.
Dans ce roman autobiographique, il nous entraine à sa suite dans l'Afrique de l'Ouest du début du 20e siècle et plus précisément, dans la région qui est aujourd'hui le Mali.
Plongée, immersion, on l'appellera comme on veut mais le charme a totalement opéré sur moi et je me suis laissée imprégner de ce monde tour à tour coloré, imagé, pittoresque mais aussi injuste et cruel ... Et puis, comment ne pas succomber au plaisir de lire en page 53 l'adage malien : "Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, nous le devons une fois seulement à notre père, mais deux fois à notre mère" ;o)
AHB possédait une mémoire hors du commun et toute description chez lui est précise. Il se souvient des moindres détails, des couleurs, des odeurs, des faits et gestes de chacun, grâce, précise-t-il, à l'école coranique où l'enseignement développait la mémorisation orale des versets du coran dès le plus jeune âge.
Le récit, touffu et quelque peu indigeste dans le premier chapitre car il porte sur  la généalogie de sa famille et les rivalités de clan, s'éclaire dès qu'on passe aux souvenirs personnels de l'auteur, à partir de 7 ans quand il commence à aller à l'école coranique.
Vous saurez tout sur les habits, les cases, la façon de procéder pour obtenir une autorisation auprès des responsables officiels, les relations entre les "blancs-blancs" et les "blancs-noirs", le rôle du chapeau colonial, les plats, les transports, la circoncision, les associations de jeunes ("waaldé") etc.
Ce roman est une source infinie de connaissances que le style imagé et humoristique du conteur rend passionnante.
Au goût du détail, AHB allie le bon sens du conteur africain ainsi qu'une philosophie humaniste. Et il ne garde que le meilleur des principes religieux islamiques ...
Mais le récit ne s'arrête pas au pittoresque, il évoque aussi la cohabitation et l'exploitation des noirs par les "peaux-allumées" ou "gobeurs d’œuf" comme étaient surnommés les français coloniaux. La marche forcée vers l'acquisition de la langue française, l'occidentalisation au mépris de la culture africaine, les humiliations quotidiennes et les mauvais traitements, le travail obligatoire, l'enrôlement des fils de chefs pour les former et les faire travailler dans l'administration française et le règne des "petits chefs". Bref la colonisation dans tout son aveuglement, sa cruauté et son injustice.
Il faudrait plusieurs pages pour rendre compte de façon précise du roman.
Un vrai coup de cœur. N'hésitez pas à survoler le premier chapitre si vous vous ennuyez, c'est le moins sympa (quand même utile pour mieux situer l'auteur et sa famille) !
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mercredi 7 mai 2014

Les trois soeurs et le dictateur d'Elise Fontenaille

Editions du Rouergue, coll. doado, 71 p., 2014, 8,70€
Saviez vous que la République Dominicaine et Haïti se partagent la même île, Hispaniola, en mer des Caraïbes ?
Saviez vous que ces deux pays ont connu de terribles dictatures ?
Saviez vous que la journée du 25 novembre a été déclarée "journée mondiale de lutte contre la violence faite aux femmes" ?
Saviez vous que c'est en l'honneur de 3 sœurs, les sœurs Mirabal, originaires de la République Dominicaine, victimes du dictateur Trujillo ?
Un roman petit par le nombre de pages mais grand par ce qu'il nous apprend car il fourmille d'informations précieuses.
Mina vit en Californie. Accueillie par son cousin en République Dominicaine, pendant les vacances, elle découvre le pays dont son père est originaire et dont il ne parle jamais. Son cousin lui fait rencontrer Adela, une vieille dame qui lui révèle le destin de ses 3 sœurs : la belle Minerva, justement la grand mère de Mina, Patria et Maria-Teresa.
Mina découvre alors que l'histoire de sa famille croise l'Histoire avec un grand H.
Servi par un style limpide, le roman aborde le thème de la dictature et celui de la violence faite aux femmes en se basant sur des faits réels. Autant dire qu'il est indispensable pour sensibiliser les ados en CDI et pas que ! Une belle lecture, dès 12 ans.
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mardi 29 avril 2014

Le crime des pères de Michel Del Castillo

Editions du Seuil, 1993, 294 p.
Les récits autobiographiques sont toujours émouvants. Parce que l'auteur livre non seulement son histoire mais ses sentiments, ses joies, ses souffrances et, en définitive, ce qui l'a construit ou ... détruit. Il nous fait pénétrer au plus profond de sa personnalité.
Le roman de Michel Del Castillo n'y échappe pas. Et il émane parfois tant de souffrance de ses lignes que la lecture en devient douloureuse.

Le roman se situe en Espagne, après la seconde guerre mondiale, sous la dictature franquiste.
Entre un père biologique absent et un père de substitution tortionnaire, entre une mère uniquement préoccupée d'elle même et un amour impossible, entre républicains et partisans du caudillo, entre église et révolte, Miguel/Michel, adolescent cabossé par la vie, ne trouve ni affection stable ni  repères. Depuis sa petite enfance, les adultes l'ont toujours déçu, trompé, trahi. Il ne sait plus où aller ...
L'auteur précise, en 4e de couverture, que son roman mêle autobiographie et fiction et que lui même ne reconnait plus les limites de l'une et de l'autre. Une façon de bien nous faire comprendre combien la littérature qui l'a tant aidé compte pour lui !
En lisant son histoire personnelle (), je me suis dit que, finalement, il s'en était plutôt bien sorti ...
A lire quand le moral est au beau fixe, vraiment.
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samedi 26 avril 2014

Trop de bonheur d'Alice Munro

Editions de l'olivier, trad. J. Huet et JP. Carasso, 2013, 315 p., 24€
Qui va deux va trois ...
Après "Amie de ma jeunesse" et "Fugitives", j'ai retrouvé le style précis et concis ainsi que l'empathie habituelle d'Alice Munro pour ses héroïnes tellement humaines.
La nouvelle "Radicaux libres" tient le lecteur en haleine avec maestria : quand un sérial killer débarque
chez une retraitée ...
Toujours pas déçue par « la souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine » dixit l'Académie suédoise qui lui a décerné le Prix Nobel de littérature en 2013 ...


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lundi 14 avril 2014

La grâce des brigands de Véronique Ovaldé

Editions de l'Olivier, 2013, 283 p., 19,50€
C'est le premier roman de V. Ovaldé que je lis. Et j'aime !
Le sujet n'est pas très gai mais la façon de le traiter, en gardant de la distance, en donnant vie à des personnages farfelus et terriblement humains, en privilégiant une certaine fantaisie nous permet de garder le sourire ... Ouf, on est en territoire connu : les erreurs et incohérences humaines mais toujours contre balancées par des moments de générosité et d'amour. Tellement agréable en ces temps tristounets !
Le style aéré, simple, qui mêle style direct et récit à la troisième personne rend la lecture légère. La grâce ;o)
La belle Maria Cristina Väätonen, de père lapon et de mère canadienne, va mettre toute sa jeunesse à évacuer une éducation puritaine que sa mère, bigote et peu équilibrée, lui a imposée. En commençant par quitter le Canada et aller vivre à Los Angeles, en écoutant ses désirs et en écrivant un roman autobiographique où elle lave son linge sale familial ... Et ce n'est que le début de l'aventure. Elle va rencontrer un élégant huluberlu et son chauffeur taciturne ...
Une lecture distrayante.
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