Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

dimanche 26 juillet 2020

Alger, capitale de la révolution, de Fanon aux Black Panthers d'Elaine Mokhtefi

Editions Barzakh, 2019, 279 p., 800 DA

Quelle belle vie bien remplie que celle d'Elaine Mokhtefi !!!!
Née en 1928, dans la banlieue de New York, elle subit toute jeune l'antisémitisme qui va la sensibiliser aux problèmes du racisme, sous toutes ses formes. Sa mère était très opposée à la ségrégation et ne manquait jamais une occasion de se montrer critique face aux manifestations de racisme.
Ses parents sont restés pauvres toute leur vie mais elle a pu faire des études et, animée par la curiosité de découvrir le monde, elle part à Paris dans l'immédiat après guerre et y vit de petits travaux. Son credo est celui des progressistes de l'époque : pacifisme, anti racisme et liberté. Puis elle suit une formation à l'espagnol et à la traduction et y rencontre des républicains espagnols ainsi que des exilés  d'Amérique Latine. Sa formation politique commence !
La manifestation du 1er mai 1952 à Paris est une révélation pour elle : au pays des droits de l'homme, les Algériens sont des sous citoyens, ils doivent même manifester à part (cela sera changé l'année suivante par la CGT, heureusement).
Elle s'engage du côté du FLN et met à son service ses talents d'interprète et traductrice.
En 1962, la guerre finie, elle part en Algérie ; beaucoup d'étrangers y affluent à ce moment là pour aider ce jeune pays indépendant qui compte très peu de diplômés.
Une période d'ébullition révolutionnaire commence. Alger accueille des représentants de tous les mouvements de libération nationale et des représentants de mouvements anti dictatoriaux d'Amérique Latine (guerilleros, vietcongs, palestiniens ...). Une quinzaine d'années où Elaine va travailler comme interprète, journaliste et traductrice.
Elle rencontrera Franz Fanon lors d'une mission au Ghana, Fidel Castro, Simone de Beauvoir et JP. Sartre, de nombreuses personnalités politiques et aussi le charismatique responsable des Black Panthers en exil Elridge Cleaver.
En 1969 elle organise le festival culturel panafricain auquel de grands noms de la musique participent : Archie Shepp, Myriam Makeba, Nina Simone ...
Et elle rencontre son grand amour : Mokhtar Mokhtefi qu'elle n'épousera jamais !
Expulsée d'Algérie en 1974, parce que victime collatérale des tensions entre Boumediène et Ben Bella, elle restera en France pendant 44 ans avant de pouvoir retourner dans ce pays qu'elle aime tant.
Sacrée bonne femme, sacrée personnalité, qui semble si douce lors de ses interviews mais qui a montré tant de détermination, d'engagement et d'indépendance durant toute sa vie ainsi qu'une fidélité à ses idées à toute épreuve.
La biographie passionnante d'une femme hors du commun.
Merci à Anne R., du Corbusier, qui me l'a prêté (sans me demander mon avis), quelle bonne idée elle a eue;o))
Pour aller plus loin : https://www.youtube.com/watch?v=ele7JDAqkQc
@@@@@

Amazon.fr - Alger, capitale de la révolution: De Fanon aux Black ...
 Résultat de recherche d'images pour "alger capitale de la révolution de fanon aux black panthers"

Amazonia de Patrick Deville

coll. Fiction et cie, Seuil, 2019
Pas réussi à lire cet ouvrage ... Moi, j'ai besoin d'une histoire, de héros, de péripéties et rien de tout cela ! Amazonia regorge de citations, de références, de connaissances sur l'Amazonie, en fait voilà un savant assemblage de documentation pour les passionnés, avec en toile de fond lointaine (du moins au début puisque je n'ai lu que les premières pages) une relation père/fils laconique.
Erreur de casting, donc ;o(

Amazonia - Patrick Deville - Babelio

mercredi 28 août 2019

Le royaume de Pierre d'Angle de Pascale Quiviger

tome 1, L'art du naufrage, Rouergue, coll. épik, 2019, 482 p. , 16€90
Un petit régal !
Beaucoup d'action, de beaux personnages, des héros et des méchants, un style fluide et des thèmes intéressants.
Ce premier tome prometteur met en place le monde de Pierre d'Angle, un monde qui semble appartenir au Moyen-Age, un monde où pointent la magie mais aussi les inégalités sociales, les injustices, la guerre et les conflits d'intérêt. Bref, un monde qui ressemble diablement à notre monde actuel. Il faut croire qu'il reste encore des progrès à faire depuis le Moyen-Age ...
Et puis il y a le personnage d'Ema, une étrangère qui vient d'une île aux conditions de vie terrible d'où elle échappe un jour à sa condition d'esclave. Passagère clandestine sur le bateau du Prince Thibault, elle va se surpasser pour se faire accepter et montrer des qualités exceptionnelles.
Un très beau personnage qui nous rappelle que les réfugiés qui arrivent à nos portes peuvent nous aider bien plus que ce que nous pensons et sont eux aussi porteurs de progrès.
 Il est bon de le rappeler !
Les héros ne se ressemblent pas tous, certains se révèlent dans l'action et la nécessité quand d'autres ont tout de suite montré leurs qualités. Mais tous se surpassent pour l'intérêt commun, s’entraident et se soutiennent.
Une bien belle base de réflexion pour les ados.
Bientôt la suite ...
Très belle couverture !
@@@@@

Résultat de recherche d'images pour "le royaume de pierre d'angle"
 

Un si beau diplôme de Scholastique Mukasonga

2018, Gallimard, 185 p., 18€
Encore un beau témoignage de l'autrice (mince, ça m'énerve d'utiliser ce terme auquel je préfère mille fois auteure qui, parait il, ne correspond pas à la morphologie de la langue ; on dit acteur/actrice donc auteur/autrice ... Pfou !!!!).
Après son enfance au Rwanda, elle raconte maintenant son itinéraire de jeune femme. Ses parents pressentant l'arrivée prochaine de violences terribles contre les tutsis, envoient Scholastique étudier au Burundi. Elle a décidé de devenir assistante sociale mais va devoir se battre avec opiniâtreté pour parvenir à ses fins.
Études brillantes dans un établissement religieux où les tutsis pauvres sont bien mal considérés, internat sinistre sans personne pour l'accueillir pendant les vacances, impossibilité d'exercer ensuite au Burundi, solitude et mépris constituent le lot quotidien de cette exilée douée.
Enfin un diplomate hollandais l'emploiera puis suivront d'autres jobs pour des ONG jusqu'à l'arrivée en France (avec son mari français), l'eldorado ... où elle devra reprendre entièrement ses études pour obtenir ENFIN "un si beau diplôme", celui qui lui permettra d'exercer son métier.
Il faut lire les romans de S. Mukasonga, marqués par l'amour de son pays le Rwanda, par le souvenir des terribles évènements qui entraînèrent la mort de toute sa famille et par le goût des détails de la vie quotidienne. Un mélange dont se dégagent mélancolie et combativité à la fois, illustrant une personnalité hors du commun.
@@@@@

 Résultat de recherche d'images pour "un si beau diplome mukasonga"

Jours sans faim de Delphine De Vigan

Un petit livre de poche de seulement 124 p., pour lequel l'autrice a visiblement largement puisé dans son propre vécu, même si les noms ont été changés.
 Pudeur, retenue mais aussi violence des mots, cruauté des propos et des descriptions nous rappellent que nous vivons dans un monde dur où il ne fait pas bon être différent, trop sensible ou mal entouré par son milieu familial. L'anorexie est un lourd tribut aux douleurs de vivre. Terrible maladie contre laquelle le combat est rude.
Ce premier roman, publié en 2001, laissait déjà palpiter tout l'univers de D. De Vigan, sa délicatesse, sa franchise, son audace et sa chaleur humaine. A mettre en relation avec "Rien ne s'oppose à la nuit" dans une construction autobiographique.
Un très court mais très émouvant moment de lecture où les mots sonnent justes.
@@@@@

 Jours sans faim

La guerre des pauvres d'Eric Vuillard

Actes Sud, coll. un endroit où aller, 2019, 68 p.
Ce n'est pas un roman mais un "récit", il est nécessaire de le préciser sinon la concision du texte qui s'attache surtout aux faits pourrait décevoir. Hélas, il ne reste que peu de témoignages sur un pan d'histoire que les vainqueurs se sont empressé de jeter aux oubliettes ...
En 68 pages, il faut concentrer sa pensée et savoir exactement où amener celui qui lit. De ce point de vue, l'objectif est parfaitement atteint et cet ouvrage une réussite.
Eric Vuillard nous fait découvrir la guerre des paysans en Allemagne au 16e siècle, initiée par Thomas Müntzer, fils de paysan et devenu prédicateur à Zwickau car il aimait lire et réfléchir.
Müntzer eut le tort de penser que tous les hommes étaient égaux et libres aux yeux de Dieu, qu'il n'y avait pas d'intermédiaire entre Lui et les hommes, que l'on pouvait dire la messe en allemand et non en latin et qu'il était bon que les nobles et les riches se conforment aussi à la loi divine. Ces derniers ne le lui pardonnèrent pas, ils exterminèrent des villages entiers et torturèrent et tuèrent Thomas, finissant par empaler sa tête sur une pique. Ils avaient le sens de l'exemple !
 Il y eut d'autres soulèvements populaires au 16e siècle et par la suite, tous réprimés dans le sang avec férocité, bien entendu, y compris au Pays Bas et en Angleterre.
Le parallèle avec les gilets jaunes semble clair, de tous temps eurent lieu des soulèvements populaires, souvent violents car "Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs" ... Et la répression s'exerce toujours.
Et puis il y a de très beaux passages, au style éblouissant. Sur la mort de Thomas coururent toutes sortes de rumeurs, il aurait renié ses idées notamment. Voilà ce qu'en dit l'auteur :
"Ces légendes scélérates ne viennent courber la tête des renégats qu'au moment où leur est retirée la parole. Elles ne sont destinées qu'à faire tinter en nous la voix qui nous tourmente, la voix de l'ordre, à laquelle nous sommes au fond si attachés que nous cédons à ses mystères et lui livrons nos vies".
Passionnant.
@@@@@

Résultat de recherche d'images pour "la guerre des pauvres vuillard"


Les gratitudes de Delphine de Vigan

JC Lattès, 2019, 172 p., 17€
Delphine de Vigan, je l'ai peut être déjà dit sur ce blog, fait parti des auteurs, peu nombreux, qui savent délicatement faire naitre l'émotion et remercions la mille fois pour cela.
Peut être y arrive-t-elle tout simplement parce qu'elle aime profondément ses personnages, peut être parce que son style simple ne triche pas avec les sentiments, peut être parce qu'elle sait que le moteur de nos relations aux autres réside dans cette sensibilité et cette empathie. Cela ne plait pas à tout le monde, certains y trouvent de la facilité et préfèrent des textes plus durs. Moi je marche !!!!

Michka commence à souffrir de troubles neurologiques, les mots manquent parfois tant à cette ancienne journaliste qu'elle en devient parfois confuse. Quand le parfois se transforme en souvent puis à chaque phrase, l'entrée en EHPAD devient indispensable.
Marie est là, auprès d'elle ... Enfant elle allait se réfugier chez Michka quand sa mère disparaissait plusieurs jours ou n'était pas en état de s'occuper d'elle. Une complicité est née entre toutes les deux, une complicité qui n'a jamais cessé depuis.
Marie vient souvent voir Michka, sa façon à elle de la remercier pour l'aide qu'elle lui a apporté quand elle était enfant.
Mais Michka elle aussi doit remercier quelqu'un et maintenant cela urge, elle doit le faire avant de ne plus en être capable ...

Dans ce roman, on lit de belles phrases comme "Vieillir c'est apprendre à perdre" qui a beaucoup plu à ma mère, 90 ans cette année.

Un texte au plus près de son personnage principal, qui parlera aux plus de 60 ans, aujourd'hui déjà nombreux dans notre population.
Je lui donne un prix littéraire, le prix de l'humanité !
@@@@@
 Résultat de recherche d'images pour "les gratitudes delphine le vigan"

La nouvelle de Cassandra O'Donnell et Les inoubliables de Fanny Chartres

L'un raconte l'arrivée au collège d'une jeune syrienne, l'autre l'entrée au lycée d'un groupe d'élèves étrangers (EANA).
Tous enfants “allophones” aux pays d'origine différents. Les deux romans décrivent la même nostalgie du pays quitté, la solitude et la souffrance qui guettent celui qui parle peu français, l'incompréhension face aux différences d'habitudes, de nourriture et l'hyper sensibilité à l'attitude des autres.
Alors que les lycéens des Inoubliables forment petit à petit un groupe soudé et solidaire, la jeune syrienne de La nouvelle va rencontrer l'amitié du jeune Gabriel qui l'aidera au quotidien.
Mais aucun n'oubliera que “celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va” …
A avoir en CDI de collège.
La nouvelle, C. O'Donnell, Flammarion Jeunesse, 2019
Les inoubliables, F. Chartres, Ecole des Loisirs, 2019

 Résultat de recherche d'images pour "la nouvelle o donnell"

dimanche 16 juin 2019

Arab Jazz de Karim Miské

Points, 2014, 7,60€
Tout le charme de ce polar tient dans ses 3 personnages principaux tous totalement atypiques, ce qui d'ailleurs les rapproche.
Ahmed Taroudant vit en marginal, il ne lit que des polars et suite à un traumatisme ne travaille pas.
Rachel Kupferstein et Jean Hamelot, flics cinéphiles et torturés, fonctionnent en binôme, totalement à l'écart de leurs autres collègues.
Ces trois oiseaux rares, non conformistes, totalement en décalage avec leur milieu mais aux idées justes et finalement généreuses vont s'unir pour élucider une enquête ... où les intégristes religieux de tous bords trafiquent dans un bel ensemble spirituel ;o)
Une idée originale, un zeste d'anti religion qui fait du bien.
A lire !
@@@@@

 Résultat de recherche d'images pour "arab jazz polar"

mardi 14 mai 2019

Ce pays que tu ne connais pas de François Ruffin

Les Arènes, 2019, 215 p., 15€
Un brûlot qui fait du bien ! Une saine indignation !
Ils ont grandi derrière les grilles du Lycée La Providence, à Amiens.
Mais très vite, tout les a séparé ... Quand l'un choisit les hautes sphères de la politique et de la finance, l'autre devient journaliste et se bat contre les inégalités sociales, au plus près des gens modestes.
L'un s'enrichit chez Rothschild, l'autre gère à grand mal son journal Fakir.
L'un est sélectionné pour les "Young leaders" américains, est invité au groupe de Bilderberg et une voie royale s'ouvre devant lui, parrainé par de grands chefs d'entreprise et les hommes politiques de poids, tout lui réussit.
Ruffin, lui, va au devant des gens, défend les licenciés économiques, mouille la chemise pour Fakir, avec de grands moments de découragement. Il donne la parole aux pauvres, aux laissés pour compte, aux Monsieurs Toutlemonde. Certains témoignages retranscrits dans le livre sont émouvants et touchants.

Mais si on parle de Macron comme d'un intellectuel, qu'a-t-il écrit ? Que laisse-t-il comme réflexion, participation à l'évolution de notre société ? Rien, pas de thèse, pas d'essai, un seul livre falot publié pour les nécessités de sa campagne électorale. Un grand creux, de la poudre aux yeux, de la culture esbroufe.
Au delà de ces itinéraires totalement opposés, F.Ruffin montre la collusion (internationale) du pouvoir politique, des grands chefs d'entreprise, des banquiers et du monde des médias. On le savait déjà mais il cite des noms, donne des exemples précis. Et c'est vertigineux.
C'est fou comme les possédants sont cohérents et organisés, comme ils ne laissent rien au hasard et planifient, entretiennent, gèrent leur pouvoir collectivement.
Et face à eux, une gauche toujours divisée, toujours fragile depuis tant d'années et partout dans le monde ...
Alors quand d'un coup les gilets jaunes montent au créneau, applaudissons ! Allez voir le film de F. Ruffin et G. Perret "J'veux du soleil" ... La première des violences, c'est les conditions de vie faites aux pauvres gens.
@@@@@
Résultat de recherche d'images pour "ce pays que tu ne connais pas françois ruffin"


dimanche 29 juillet 2018

Les héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi de Guillaume Guéraud

Ed. du Rouergue, coll. la Brune, 2018, 18,80€, 185 p.
D'abord hymne au cinéma, à sa richesse, à l'épanouissement et la construction personnelle qu'il permet (et a permis à l'auteur lui même), le texte présente des héroïnes de films qui ont marqué l'auteur par leur personnalité, leur rôle social ou l'image de la femme qu'elles ont véhiculée.
De sa lointaine parente, ouvrière des usines Lumière à la "fantaisie impliquante" qui lui fait voir une ressemblance physique frappante entre son amie et l'actrice Jessica Chastain, l'auteur rend hommage aux femmes et au cinéma : " Le cinéma m'a appris un tas de choses quand j'étais môme, comme l'amour et la mort et tout ça, ouais, c'est au cinéma que j'ai vu la première fois des gens mourir, des gens s'embrasser, des gens tuer ou s'aimer ou danser mais le cinéma ne m'a pas appris à être courageux ..."
Il s'insurge aussi et, avec beaucoup d'humour et une grande culture, attire notre attention sur ces injustices de la société qui se reflète dans l'histoire du cinéma comme dans les films eux mêmes.
Un OVNI délicat et très original qui se lit avec délectation !
@@@@@

 Résultat de recherche d'images pour "les heroines de cinema sont plus courageuses que moi"

L'amie prodigieuse tome 4, l'enfant perdue d'Elena Ferrante

Trad. Elsa Damien, Gallimard, coll. du monde entier, 549 p., 2018, 23,50€
Un récit qui continue d'embarquer le lecteur. Je me suis demandée pourquoi je dévorais avec autant de plaisir cette saga ...
Bien sur, Naples et le contexte politique et social de l'Italie constituent une riche toile de fond. Les personnages se sont tous engagés à un moment de leur vie et offrent un panel complet des courants politiques, de l'extrême droite à l'extrême gauche terroriste des années 70.
Leur engagement a modifié le cours de leur vie et parfois aussi celui de leur famille et de leurs amis.
Il y a ceux qui s'en sont sortis, restant fidèles à leurs idéaux de jeunesse ou les ayant trahis par intérêt financier ou désir de pouvoir. Il y a ceux qui ont tout sacrifié, au prix de leur vie ou de leur liberté.
Il y a aussi ceux qui ont tout de suite choisi leur intérêt et ont servi la mafia.
Il y a de beaux portraits, d'autres moins beaux mais tellement réalistes et terriblement humains.
Mais au premier plan, passées à la loupe, ce sont les relations entre les personnages, les portraits, les analyses de sentiments et d'émotions qui m'ont happée.
Souvent complexes et subtiles, les descriptions des émotions trouvent un écho profond en chacun de nous. L'amitié entre Lila et Elena, comme tous les sentiments forts, est un esquif fragile qui vacille entre amour et jalousie.
Ce qui fait dire à Elena : "Tout rapport intense entre des êtres humains est truffé de pièges et, si on veut qu'il dure, il faut apprendre à les esquiver. C'est ce que je fis en cette circonstance aussi : je finis par me dire que ce n'était qu'une énième preuve de la nature à la fois splendide et ténébreuse de notre amitié, ainsi que de la douleur intense et compliquée de Lila, qui durait encore et durerait toujours."
J'ai souvent pensé à "La princesse de Clèves" justement pour cette faculté de l'auteure à s'enfoncer finement dans la psychologie de ses personnages, sans ennuyer le lecteur une fraction de seconde et en sachant l'aider à reconnaitre en lui même de tels sentiments.
Donc aucune usure ou lassitude au terme de ce 4e volumes, rempli de ce qui a fait la vie des femmes de ma génération et de mon milieu : droits des femmes, disparition des idéaux de gauche, relations avec les hommes, rôle de mère, relations au travail ... Tout ce qui a fait de nos vies un lieu de questionnements et de doutes.
Un coup de cœur, naturellement !
@@@@@
Résultat de recherche d'images pour "l'amie prodigieuse tome 4"

 


Ojos de aguja, antologia de micro cuentos

Un recueil de très courtes nouvelles en espagnol, d'auteurs du monde entier, de Kafka à Frederic Brown  (en traduction) en passant par les auteurs espagnols et d'Amérique Latine, Juan Carlos Onetti, Gabriel Garcia Marquez, Julio Cortazar et autres.
Je me suis régalée, la plupart des nouvelles ont une chute intéressante ou surprenante. Parfois humoristique parfois tragique, parfois philosophique ... on trouve dans le recueil toute la variété du style, fantastique, psychologique, réaliste et tous les tons, grinçants, humoristique, dramatique etc.
Un bonbon plein de finesse, d'intelligence et de diversité.

@@@@@

 Résultat de recherche d'images pour ""ojos de aguja" relatos cortos"

Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris

J'ai lu, 2003, 5,80€, 254 p.
Icare, devenu orphelin par accident, se retrouve dans un foyer. Et au final, on se demande si ce n'est pas préférable vu le milieu familial.
Très sociable et optimiste, il sait nouer des liens d'affection et d'entraide très forts avec les autres enfants et les adultes à qui il a à faire. Et cela va le sauver ...
Un petit texte frais, qui ne chante pas l'air de "la vie en rose"car tout n'est pas rose dans ce foyer : les adultes ne sont pas tous irréprochables, certains enfants font preuve d'individualisme ou de jalousie, la vie parfois tourne mal. Mais Icare alias l'infatiguable Courgette, garde toujours
l'espoir et la niaque !
Tonique.
@@@@@

Résultat de recherche d'images pour "autobiographie d'une courgette"



Philibert Merlin, apprenti enchanteur de Glwadys Constant

Editions du Rouergue, 2018, 107 p., 9,50€
Philibert est le 7e et dernier enfant d'une famille de sorciers. Mais alors que tous ses frères et sœurs ont révélé des dons extraordinaires, Philibert ressemble jusque là à un enfant normal ... trop normal à son gout.
Il s'inquiète et cherche par tous les moyens à trouver son don, se mettant parfois en danger ou mettant d'autres enfants en danger.
Alertés, ses parents tentent de le rassurer. Heureusement, le hasard et la rencontre avec un nouvel ami vont l'aider dans sa recherche.
Adorable petite histoire, pleine de finesse et de tendresse, qui parlera à tous les enfants qui veulent se trouver une originalité, se distinguer dans leur fratrie. Ils réaliseront que leurs parents les aiment tout simplement comme ils sont et qu'ils n'ont pas besoin d'être extraordinaires !
@@@@@

Résultat de recherche d'images pour "philibert merlin rouergue"

dimanche 8 avril 2018

Le silence des cloitres d'Alicia Gimenez Bartlett

trad. Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg, ed. Rivages, coll. noir, 2012, 493 p., 10,65€
Barcelone, de nos jours, la relique d'un Saint a disparu du couvent des sœurs du Sacré Cœur et un moine, venu pour la restaurer, a été assassiné lors du vol ...
Petra Delicado, la pétulante inspectrice quadragénaire, mène l'enquête aidée de Garzon, son adjoint. Bien entendu, ni l'un ni l'autre ne sont croyant et ce monde ouaté mais terriblement codifié leur est totalement inconnu, pire même, énigmatique.
Menée tambour battant, l'enquête nous oriente classiquement vers de fausses pistes mais la découverte du monde monastique et l'étonnement des 2 policiers devant les pratiques internes parsèment habilement le récit et relancent l'intérêt. Au passage, on découvre aussi certains pans de l'histoire de l'Espagne, pays où l’Église exerça, jusqu'à il y a encore peu de temps, une très grande influence politique et participa à la répression franquiste.
La vie personnelle de Petra qui vient de se marier pour la 3e fois ... avec Marcos dont c'est aussi le 3e mariage pimente joliment le roman.
D'autant que Petra s'interroge constamment sur la vie en général, sa vie en particulier, son rôle de belle mère et d'épouse, ses relations avec ses subordonnés (notamment la pauvre Sonia), son métier. Au fil des pages, Petra philosophe aidée par la sympathique mère supérieure Guillermina et Garzon. Une philosophie qui reste pratique, rassurez vous, mais qui soulève des problématiques que toute femme travaillant et ayant des relations humaines, aborde au cours de sa vie.
Pour se requinquer, les protagonistes ne dédaignent jamais un bon repas, un passage au bar, un petit whisky reconstituant. On voit combien les espagnols aiment sortir et manger dehors !
Un très bon polar, très enlevé grâce à la diversité des thèmes abordés et grâce à la personnalité bien trempée de son héroïne, à la répartie facile et pleine d'humour.
Et aussi très ancré dans la vie espagnole.
Et un poil anticlérical (mais juste un poil !).
Et féministe, en plus ! Tout ce que j'aime ;o))
Merci à Domie qui me l'a prêté.

 Résultat de recherche d'images pour "le silence des cloitres"


Le jour où je suis partie de Charlotte Bousquet

Flammarion Jeunesse, 2017, 185 p., 13€
Tidir, 18 ans, vit dans la campagne marocaine, entourée de femmes. En effet, son père les a laissées pour aller vivre sa vie à Agadir. 
Au village, les gens jasent et son père, ce père absent qui la connait si mal, décide qu'il est temps de la marier. Mais Idir veut choisir son compagnon et rêve de faire des études. Elle n'oublie pas que son amie d'enfance, Illi, s'est suicidée à cause d'un mariage imposé calamiteux ...
Alors, avec l'aide de sa tante, Damya, une femme émancipée qui dirige une petite coopérative agricole,Tidir s'enfuit, sac à dos, la peur au ventre, en se cachant. La jeune fille courageuse et volontaire entame un long périple pour aller participer à la marche nationale des femmes à Rabat, une marche pour revendiquer plus de libertés et de droits pour les femmes.
Le roman, loin d'être manichéen, montre habilement que les hommes souffrent aussi de la situation actuelle et que certains sont prêts à aider les femmes à conquérir leurs droits.
Une lecture ado indispensable, pour ne jamais oublier qu'il est nécessaire de se battre pour défendre sa liberté et que tout le monde est concerné car opprimer les femmes c'est opprimer toute la société.
@@@@@
Résultat de recherche d'images pour "le jour où je suis partie charlotte bousquet"


samedi 17 février 2018

Les attachants de Rachel Corenblit

coll. La brune, Ed du Rouergue, 2017, 187 p., 18€50
Emma vient d'obtenir son premier poste fixe de professeur des écoles. Bien sur, elle est nommée dans une école difficile, dans un quartier défavorisé. De septembre à juin, au cours de l'année scolaire, elle va découvrir ses élèves, apprendre à les connaitre, avec leurs difficultés de vie, leurs caractères, leur égoïsme d'enfant.
Elle va s'attacher à eux, eux auprès desquels elle passe tant de temps, eux auxquels elle essaie d'apprendre tant de choses. Mais chemin faisant, elle va aussi comprendre qu'elle ne peut pas les protéger de tout, qu'il faut les aider mais parfois aussi faire des compromis avec l'entourage, avec l'institution. M. Aucalme, son directeur si humain et si pragmatique, l'aidera en toute circonstance.
Moments de doute, moments où elle pense sérieusement à démissionner car elle considère qu'elle a failli à ses devoirs, moments d'émotion auprès des enfants ... et difficultés personnelles parsèment le récit, le rendant très vivant. Et surtout, beaucoup de réalisme, combien de fois me suis je dit : Ah oui, ça aussi je l'ai vécu / Ah oui, ça aussi je l'ai pensé, je l'ai ressenti !
Un beau récit, empreint de vérité.
@@@@@

Résultat de recherche d'images pour "les attachants rouergue"

Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud

Actes Sud, 328 p., 2017, 21€
Un enfant, orphelin de mère et abandonné par son père, découvre la magie de la lecture et de l'écriture ... Élevé par sa tante et son grand-père, entouré d'hommes brutaux et frustes, l'adolescent s'évade en lisant, jusqu'au jour où ayant épuisé tous les textes qui l'entourent, il se met à écrire.
Et ce faisant, sauve la vie des habitant de son village qui compte un nombre de centenaires inhabituel.
Une belle métaphore sur les pouvoirs de la littérature, libérateurs, curateurs, qui aident à se connaitre soi même, à accepter les autres etc.
Mais je suis, hélas, insensible au style de Kamel Daoud, trop métaphorique pour moi, trop touffu et finalement trop riche. Ses textes m'étouffent et j'y perds mon souffle ... je finis en lisant en diagonale.
Je le déplore d'autant plus, que l'auteur est quelqu'un de vraiment bien, engagé, sincère, honnête et partageant des valeurs humanistes.
Heureusement, il n'attend pas après moi ;o))

Résultat de recherche d'images pour "zabor ou les psaumes"

La boite noire de Tonino Benacquista

folio, 2007, 2€
Des nouvelles jouissives, pleines d'humour et d'autodérision.




Un regard ironique mais qui sait se montrer tendre.
A lire sans modération (de toute façon les nouvelles sont courtes ;o)
@@@@@


Résultat de recherche d'images pour "la boite noire tonino benacquista livre de poche"