Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

mardi 29 avril 2014

Le crime des pères de Michel Del Castillo

Editions du Seuil, 1993, 294 p.
Les récits autobiographiques sont toujours émouvants. Parce que l'auteur livre non seulement son histoire mais ses sentiments, ses joies, ses souffrances et, en définitive, ce qui l'a construit ou ... détruit. Il nous fait pénétrer au plus profond de sa personnalité.
Le roman de Michel Del Castillo n'y échappe pas. Et il émane parfois tant de souffrance de ses lignes que la lecture en devient douloureuse.

Le roman se situe en Espagne, après la seconde guerre mondiale, sous la dictature franquiste.
Entre un père biologique absent et un père de substitution tortionnaire, entre une mère uniquement préoccupée d'elle même et un amour impossible, entre républicains et partisans du caudillo, entre église et révolte, Miguel/Michel, adolescent cabossé par la vie, ne trouve ni affection stable ni  repères. Depuis sa petite enfance, les adultes l'ont toujours déçu, trompé, trahi. Il ne sait plus où aller ...
L'auteur précise, en 4e de couverture, que son roman mêle autobiographie et fiction et que lui même ne reconnait plus les limites de l'une et de l'autre. Une façon de bien nous faire comprendre combien la littérature qui l'a tant aidé compte pour lui !
En lisant son histoire personnelle (), je me suis dit que, finalement, il s'en était plutôt bien sorti ...
A lire quand le moral est au beau fixe, vraiment.
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samedi 26 avril 2014

Trop de bonheur d'Alice Munro

Editions de l'olivier, trad. J. Huet et JP. Carasso, 2013, 315 p., 24€
Qui va deux va trois ...
Après "Amie de ma jeunesse" et "Fugitives", j'ai retrouvé le style précis et concis ainsi que l'empathie habituelle d'Alice Munro pour ses héroïnes tellement humaines.
La nouvelle "Radicaux libres" tient le lecteur en haleine avec maestria : quand un sérial killer débarque
chez une retraitée ...
Toujours pas déçue par « la souveraine de l’art de la nouvelle contemporaine » dixit l'Académie suédoise qui lui a décerné le Prix Nobel de littérature en 2013 ...


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lundi 14 avril 2014

La grâce des brigands de Véronique Ovaldé

Editions de l'Olivier, 2013, 283 p., 19,50€
C'est le premier roman de V. Ovaldé que je lis. Et j'aime !
Le sujet n'est pas très gai mais la façon de le traiter, en gardant de la distance, en donnant vie à des personnages farfelus et terriblement humains, en privilégiant une certaine fantaisie nous permet de garder le sourire ... Ouf, on est en territoire connu : les erreurs et incohérences humaines mais toujours contre balancées par des moments de générosité et d'amour. Tellement agréable en ces temps tristounets !
Le style aéré, simple, qui mêle style direct et récit à la troisième personne rend la lecture légère. La grâce ;o)
La belle Maria Cristina Väätonen, de père lapon et de mère canadienne, va mettre toute sa jeunesse à évacuer une éducation puritaine que sa mère, bigote et peu équilibrée, lui a imposée. En commençant par quitter le Canada et aller vivre à Los Angeles, en écoutant ses désirs et en écrivant un roman autobiographique où elle lave son linge sale familial ... Et ce n'est que le début de l'aventure. Elle va rencontrer un élégant huluberlu et son chauffeur taciturne ...
Une lecture distrayante.
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dimanche 13 avril 2014

Les ombres du Yali de Suat Derwish

Libretto, 2011, 107 p., 6€70

Suat Derwish, auteure turque (qui a vécu en France et a écrit parfois en français), née en 1905 a publié "les ombres du Yali" en 1945.
Elle y raconte le destin de la belle Célilé, en trois étapes : face à son mari, Ahmed, face à elle même et à ses souvenirs d'enfance et face à son amant, Mouhsin, un riche homme d'affaire.
Née dans une famille riche, Célilé, orpheline, est élevée par une grand mère élégante, raffinée et cultivée. Son enfance se déroule dans un yali, une magnifique maison de plaisance au bord du Bosphore, selon les conventions de l'époque : ne pas jouer avec les enfants du jardinier, ne pas se
salir , ne pas crier, ne pas parler fort ... Sa grand mère, sans ressource à la mort de son mari, vend peu à peu tous ses objets de valeur. A la mort de cette dernière, Célilé doit quitter le merveilleux yali.
Elle épouse alors Ahmed, de condition modeste. Mais au bout de 11 années de vie commune, elle tombe amoureuse de Mouhsin et se donne à  lui. Un soir, elle ne rentre pas au domicile conjugal ...
Une histoire banale aujourd'hui mais scandaleuse en 1945 !
Célilé choisit sa vie, choisit d'abandonner les conventions de sa classe sociale (elle va devoir travailler pour subvenir à ses besoions) et ne se soumet pas aux hommes.
Servi par un beau style, simple et expressif, on est frappé par la modernité du propos.
Suat Derwish est morte en 1972, elle a été une journaliste et une romancière engagée à gauche et s'est employée à "faire entendre la voix des femmes turques".
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Fugitives d'Alice Munro

Trad. J.Huet et JP. Carasso, poche, 2008, 381 p., 7,60 €
J'ai bien aimé "Amie de ma jeunesse", j'ai donc suivi le filon "Alice Munro" ... Et me voilà happée par  "Fugitives".
Une séparation difficile, un coup de foudre inattendu, de l'aide refusée à une mourante par sectarisme intellectuel, une mère incapable de faire le premier pas vers sa fille assoiffée de spiritualité, une passion impossible, les souffrances autour de l'adoption, un amour déçu par les hasards de la vie, la peur devant l'irrationnel ... Tels sont les thèmes des huit nouvelles de ce recueil, thèmes bien ancrés dans le quotidien et toujours menés avec délicatesse. Et toujours des héroïnes, angoissées, pragmatiques, culpabilisées, pleines d'entrain, risque tout ou parfois résignées.
Il faut "apprivoiser" les textes d'Alice Munro, la lecture n'en est pas toujours évidente mais au fil des recueils, je suis devenue fan !
J'ai trouvé ce recueil un peu plus ardu que le précédent (Amie de ma jeunesse) mais il reste un bon moment de lecture car chaque nouvelle est un petit monde cohérent qui se clôt vite, où tous les mots importent, où le sens sourd de chacune des phrases.
 Quelle maîtrise.
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dimanche 16 mars 2014

Buvard de Julia Kerninon

Editions du Rouergue, coll. la brune, 2014, 199 p., 18,80€
Qui est l'insaisissable Caroline N. Spacek ? Qui se cache derrière l'auteure douée et prolifique, l'éternelle révoltée, la résiliente ? 
Étonnamment, l'écrivaine à la vie cabossée va se confier à Lou, jeune étudiant fasciné par son œuvre. Pourquoi lui ? Parce qu'elle a senti chez lui la même faille qu'en elle, celle de l'enfance ratée qui lui fait dire : “Quand j'étais une enfant, ce n'était pas possible d'être une enfant parce que j'étais toujours confrontée à des problèmes d'adultes, des questions de survie élémentaire” ...
Quand Caroline a commencé à écrire, cela s'est imposé à elle comme une nécessité impérieuse, une nécessité qui lui a permis de supporter le quotidien et son lourd passé. Mais rapidement les exigences de l'écriture ont fait d'elle leur esclave, créant leurs propres contraintes et entrainant leurs propres souffrances. Caroline a du tout leur sacrifier tel un drogué à son addiction, elle n'a pas eu le choix. 
Belle réflexion sur l'écriture qui tient en haleine comme un thriller, style percutant allant droit au cœur.
Un beau premier roman que j'ai lu d'un trait.
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vendredi 14 mars 2014

Chouette divorce ! d'Isabelle Minière

Editions du Rouergue, coll. dacodac, 2014, 74 p., 7€
Un très joli roman, tout en finesse et sensibilité, qui, à petites touches, raconte comment Léo vit le divorce de ses parents.
D'abord, il n'y croit pas du tout car ses parents passent leur temps à faire des blagues. "En voilà une de plus" se dit-il. Mais il doit se rendre à l'évidence quand il apprend que son père a une amoureuse et sa mère un amoureux, quand il apprend qu'il va les rencontrer et partager leur vie, qu'il aura deux maisons ... Tout cela bouscule son quotidien, lui demande de s'adapter, lui qui n'a rien choisi de tout cela. Rien n'est simple même si son père et sa mère se séparent en bonne intelligence et si tout le monde fait des efforts pour que tout se passe bien.
 Léo essaie de faire bonne figure mais le cœur n'y est pas ! Heureusement, il peut en parler avec son copain Quentin dont les parents se sont aussi séparés ...
A mettre entre toutes les mains des enfants dont les parents se séparent car ce petit livre, plein de tendresse et bien utile, les aidera à ne pas culpabiliser et à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent.
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samedi 15 février 2014

Amie de ma jeunesse d'Alice Munro

Trad. Marie-Odile Fortier-Masek, poche, 1990/2013, 352 p., 7,40€
La canadienne Alice Munro, 83 ans, prix Nobel de littérature 2013, écrit des nouvelles, des nouvelles, et encore des nouvelles. Pour notre plus grand plaisir.
Ce recueil rassemble 10 récits où les amitiés de jeunesse jouent un rôle. Forme oblige, l'auteur nous fait réfléchir sur les relations humaines, sur notre formidable capacité à nous fourrer dans des situations qui nous font souffrir, sur notre incroyable complexité. Mais elle le fait avec délicatesse, avec indulgence, se reconnaissant certainement au passage dans certains de ses personnages, essentiellement féminins.
Comment l'être humain peut il oublier qu'il va mourir un jour et gâcher ainsi sa vie, semble se demander Alice Munro à travers le personnage de Georgia ? Servi par un style magnifique, précis, varié, très vivant, ces nouvelles nous donnent la réponse : parce qu'il est homme, tout simplement ...
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vendredi 14 février 2014

Shameless de Paul Abbott

Puisque, je l'avoue, je passe plus de temps à regarder des séries TV qu'à lire, puisque je suis une "sérievore", puisque certaines offrent des qualités dignes des classiques du cinéma ...

en voilà une, particulièrement déjantée, Shameless !


Mise en scène par le britannique Paul Abbott, qui a déjà  réalisé la version anglaise en 11 saisons (grand succès mais rythme plus lent), Shameless version us, raconte la vie d'une famille foutraque comptant un père alcoolo, une mère psychologiquement instable et absente, leurs 6 enfants et un couple de voisins.
La série se construit autour de deux personnages antagoniques : le père indigne, Franck Gallagher, alcoolique impénitent, égoïste, drogué, allant de combines minables en trafics ratés et la sœur aînée au grand cœur, Fiona, qui assure depuis l'âge de 15 ans le gîte, le couvert et l'éducation de ses 4 frères et de sa petite sœur en essayant d'échapper aux services sociaux.
Semblable en cela aux séries récentes de qualité,
Shameless développe ses personnages au fil des épisodes. Ainsi découvre-t-on Fiona, ses amoureux et ses combines quotidiennes,  Lip, l'aîné des garçons, brillant et pragmatique, Ian homo qui s'assume, Debbie la petite sœur gentille et généreuse qui amorce sa crise d'adolescence, Carl dont la violence latente trahit les problèmes psychologiques et Liam, le petit dernier à la peau noire dont il est plus qu'improbable qu'il soit le fils de Franck.
Au royaume des Gallagher, la débrouille (souvent limite) est reine parce qu'il n'y a pas d'argent bien sûr. On est au-delà du politiquement correct : exploitation des faibles ou des sans papiers, exploitation de la générosité, vol facile et j'en passe.
Mais les règles intra-familiales sont claires et connues de tous : solidarité, respect, affection. Seul le père les enfreint et les enfants se chargent de le lui faire payer régulièrement !
Aux USA, on peut être blanc, pauvre et méprisé.
On peut habiter dans un quartier qui craint.
On peut vivre dans la promiscuité et avoir des parents totalement irresponsables.
Alors, comme le dit Lip à Fiona, pour gagner de l'argent les pauvres n'ont que deux solutions : voler ou arnaquer. Cruelle vérité ! Et personne ne sort indemne d'un tel fonctionnement car Shameless ne se déroule pas à Disneyland et chaque membre de la famille souffre. Alors intervient la règle absolue : les Gallagher ne se laissent jamais abattre et font toujours face.
Mais si les conventions sont abolies dans la famille
parce que, tout simplement, avec des parents pareils les limites deviennent mouvantes, parce qu'on n'a pas les moyens, le temps ou l'envie de les respecter ... on n'oublie jamais les vraies valeurs, celles  qui comptent dans les relations avec l'entourage. Technique de survie éprouvée en milieu hostile.
Situations hilarantes ou tragiques, passages très très trash, allusions sexuelles débridées ... tous les ingrédients sont réunis pour un non conformisme des plus réjouissant qui fait de Shameless un OVNI dans le ciel américain, antithèse des séries guimauves où apparaissent ados et enfants. Avec de la tendresse en prime. Et d'excellents acteurs, particulièrement W.H. Macy, éblouissant Franck dont le visage se marque au fil des cuites et des épisodes.
Délectable même si les épisodes sont inégaux ! Au moins jusqu'à la saison 3. La 4e commence juste.







Le jour du slip / Je porte la culotte d'Anne Percin et Thomas Gornet

Éditions du Rouergue, coll. boomerang, 2013, 62 p., 6,50€
Un joli petit objet d'abord, qui se lit dans un sens pour la première histoire et dans l'autre sens pour la deuxième. Une collection, "Boomerang", qui augure bien ...
Et deux histoires en prime.
Un beau matin, Corinne se réveille dans la peau de Corentin et inversement. Chacun va découvrir (parfois étonné car on s'étonne facilement à cet âge là) la façon de vivre de l'autre, ses relations aux copins/copines, aux mamans, ses idées préconçues sur l'autre sexe.
Plein de fraicheur, d'humour et de gaieté, ce roman incite les enfants à la tolérance, à la curiosité des autres, à bousculer nos préjugés. Nos différences sont notre richesse, notre capacité à comprendre les autres aussi. Dans l'égalité ... Merci aux éditions du Rouergue de le rappeler. Salutaire.
Je connaissais déjà Thomas Gornet et Anne Percin qui réalisent ici un roman à 4 mains plein de finesse.
A mettre entre toutes les mains de 9 à ... 99 ans !

 











lundi 10 février 2014

Abracadabra Amanda d'Olivier Pouteau

Ed. du Rouergue, coll doado, 2014, 125 p., 10,20€
Mais qu'est ce qui a pris Léonard ? Voler un morceau d'Amanda pendant le numéro de "la femme découpée" lors d'une fête au collège, quelle idée ! Il n'a presque pas fait exprès, une panne d'électricité et le geste est venu tout seul, il a embarqué la petite boite en bois contenant le cœur de l'adolescente. Le voilà dans les ennuis jusqu'au cou. Même si tous les élèves pensent qu'Amanda la peste l'a bien mérité.
Il avait déjà assez de chagrin avec le décès de sa mère et son père qui ne s'en remet pas ... Heureusement, il y a les copains.
Très joli roman, plein de délicatesse et de fantaisie, sur le deuil, l'amitié, les idées toutes faites sur les autres ... Et ce rêve que nous avons tous eu un jour, quelles que soient nos croyances : que ceux qu'on aime et qui ont disparu nous envoient un petit signe, juste un tout petit signe ;o)
Un plaisir de lecture.
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Olivier Pouteau - Abracadabra Amanda.

mardi 4 février 2014

Une fille nommée Hamlet d'Erin Dionne

trad. de l'anglais (USA) Sandra Lumbroso, Ed. Hélium, 2013, 247 p., 14,50€

Vivre avec une petite sœur surdouée présente déjà bien des inconvénients mais quand à cela s'ajoute des parents profs qui ne jurent que par Shakespeare et s'inspirent du 16e siècle dans la vie de tous les jours ... passer inaperçue au collège devient un casse-tête.
A son entrée en 3e, Hamlet (si si, c'est bien son prénom) voit sa famille envahir son collège : Desdémone, sa petite sœur qu'elle aime beaucoup, y suit des cours d'art et ses parents viennent parler de Shakespeare dans sa classe !
Invivable ! Que faire pour s'en débarrasser ?
Un petit roman agréable qui traduit bien le malaise des ados face aux comportements bizarres ou inappropriés des parents. Tout particulièrement au collège où la règle d'or est de ne pas sortir de la norme ...
Là, franchement, on compatit avec Hamlet, peuchère.
Humour et tendresse, style simple et efficace.
4e / 3e
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vendredi 24 janvier 2014

Pessah 5711 de Gil Ben Aych

Ecole des Loisirs, coll. Neuf, 2013, 93 p., 8,50€
Gil Ben Aych raconte la fête juive de Pessah (Pâques) dans sa famille, en Algérie dans les années 50 jusqu'à nos jours, en France.
Au fil d'un récit en boucle, sont expliqués le calendrier hébraïque, le rituel autour de Pessah, pourquoi on mange certains plats, pourquoi on dit certaines prières et chants. Et l'histoire religieuse vient éclairer les pratiques et les symboles.
Tout cela prend vie à travers les commentaires et anecdotes familiales. L'humour ne manque pas et on n'oubliera pas comment l'auteur entama à l'âge de 3 ans une grève de la faim exigeant son pain au lieu du pain azyme rituel, comment son grand père maternel ordonna qu'on lui donne du pain levé et comment cela fit scandale dans la famille et la communauté juive de Tlemcen.
La disparition des grands parents, le retour périodique des rituels et leur simplification par les plus jeunes nous rappellent la fuite du temps, essence de la condition humaine ... Ne pas oublier d'être tolérant, ne pas oublier ses origines, ne pas oublier ce que l'on est, ne pas oublier que nous finissons tous par mourir ... Un récit plein d'humanité, pas si simple qu'il y parait.
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mardi 21 janvier 2014

Alger la noire de Maurice Attia

Editions Actes Sud, coll. Babel noir, 2006, 392 p., 9€70
Au printemps 1962, Alger s'embrase entre les attentats du FLN, les représailles sanglantes de l'OAS,  les barbouzes de De Gaulle et les autorités qui ne savent plus où donner de la tête. Le quartier populaire de Bab El Oued tremble et se révolte tandis que l'exil des pieds noirs commence ...
Paco Martinez, flic intègre d'origine espagnole, essaie envers et contre tout de mener l'enquête sur l'assassinat d'un jeune couple mixte, lui arabe et elle de la bourgeoisie française. Soutenu par son chef, Choukroun, aidé par Irène sa maitresse indépendante et sensuelle, il va remonter les fils bien embrouillés d'une sombre histoire au fil de laquelle les morts se succèdent ...
Rien n'arrête Paco, hanté par le souvenir de ses parents, père anarchiste espagnol et mère disparue. Un vide qu'il ne réussit pas à combler malgré toute l'affection de sa vieille grand-mère qui l'a élevé. Culpabilité et lassitude mènent ce personnage tourmenté qui sacrifie tout à ses enquêtes.
On vit ces moments d'histoire, entièrement vus du côté pied noir mais sans aigreur et sans désir de vengeance.
Les aventures continuent dans un deuxième tome "Pointe Rouge", aussi captivant que le premier, avec mai 68 en toile de fond et dans un troisième tome "Paris blues" qui nous emmène à la fac de Vincennes dans le milieu maoïste des années 70. On aura compris, à la fin de la trilogie policière, que tous les extrémismes quels qu'ils soient, mènent les hommes à leur perte. Méfiance !
Le mélange de portraits psychologiques subtils et d'histoire contemporaine bien  documentée fonctionne à merveille et s'allie à l'intrigue pour tenir le lecteur en haleine. Le style fluide permet une lecture facile.
Récits pimentés de quelques passages érotiques bien tournés et agréables. Un bonbon ;o)

Merci Ghislaine de m'avoir fait découvrir cette trilogie !
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mercredi 15 janvier 2014

Lumières de Pointe-Noire d'Alain Mabanckou

Ed. Seuil, coll. Fiction & Cie, 2013, 281 p., 19,50€
Que se passe-t-il quand, après 23 ans d'absence, on retourne dans son pays natal, le Congo Brazzaville ? Quand on n'est allé ni à l'enterrement de sa mère ni à l'enterrement de son père adoptif ? Quand on est devenu un écrivain célèbre et que tout le monde le sait ? Quand, chaque jour, on vit avec tellement plus que chaque membre de sa famille ?
Beau récit, empreint de tendresse et de tristesse parfois aussi. L'auteur fait le tour de sa parentèle et des anciens amis de ses parents, alors qu'il séjourne dans une résidence d'artiste à Pointe-Noire.
Les souvenirs affluent, reviennent aussi les anciennes croyances, les superstitions, les terreurs irraisonnées, les contes du passé, les explications poétiques et métaphoriques qui pèsent lourd sur le quotidien ... On est pris par cette ambiance lourde, foisonnante.
Les gens vivent avec peu mais sont heureux des petites choses quotidiennes, des moments simples partagés, ils sont chaleureux. Et ils n'ont pas à lutter quotidiennement pour garder leur dignité, ce que beaucoup d'immigrés doivent faire, souvent sans succès ...
Très beau chapitre : "les enfants du paradis".
A lire absolument pour capter un petit quelque chose de l'Afrique.
Du même auteur, entre autres, "Mémoires de porc-épic", prix Renaudot 2006.
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lundi 9 décembre 2013

De l'autre côté de l'île d'Allegra Goodman

Trad. Jean Esch, Ed. Thierry Magnier, coll. roman, 2013, 11€
J'ai bien aimé cette "dystopie" basée sur une catastrophe climatique et la survie problématique des humains.
Le roman pose l'éternelle question : au nom du bien, de la sécurité des personnes est il légitime d'imposer des conditions de vie et d'interdire de penser différemment ? La réponse, bien sûr, est non mais c'est par le cheminement d'Honor, une adolescente qui rêve de se fondre dans la masse, que le lecteur arrive à la réponse.
Les parents d'Honor sortent le soir alors que c'est interdit, lui apprennent des chants autres que ceux autorisés à l'école, regrettent le temps où il y avait des livres, sont pauvres et surtout, vont avoir un deuxième enfant, acte incivique majeur ... Honor se sent différente des autres alors qu'elle veut tellement ressembler aux élèves modèles bien habillées qui connaissent par cœur tous les textes de la "Mère Nourricière". "Mère Nourricière" qui prétend avoir mis la communauté à l'abri des intempéries.
Restera-t-elle fidèle à sa famille ou choisira-t-elle d'intégrer le groupe vers lequel tout la pousse et surtout l'école ?
Parallèlement au thème de la dictature, le roman développe celui de l'appartenance au groupe à tout prix, un thème important à l'âge de l'adolescence où il est difficile d'affirmer sa différence ...
Style simple et agréable, récit bien mené sans temps mort.
A avoir en CDI de collège, fin de 5e bons lecteurs et jusqu'en 3e.
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jeudi 21 novembre 2013

Le dernier Lapon d'Olivier Truc

2012, coll. Points, Ed. Métailié, 570 p., 8€20
Prix Quais du Polar 2013, Prix Mystère de la critique 2013
Voilà un roman dans la lignée des passionnants polars "ethnologiques" d'Arthur Upfield (le créateur du genre, enquêtes en pays aborigène australien) et de Tony Hillerman (qui s'en inspira pour ses polars en terre navajo).
Olivier Truc nous emmène au delà du cercle polaire arctique, aux confins de la Norvège, de la Suède et de la Finlande (merci à l'éditeur qui a mis une carte en début d'ouvrage). Nous voilà en pays "sami", chez Les lapons, à des milliers de kilomètres de chez nous.
Comme ses prédécesseurs, l'auteur appuie l'enquête de ses héros sur les détails de la vie quotidienne des Lapons : la pratique de leurs métiers, leurs lieux d'habitation, leur nourriture, leurs croyances. Et, très vite, il nous dévoile les contradictions entre vie traditionnelle et vie moderne, les difficultés économiques qui en découlent, l'avidité des prospecteurs miniers étrangers, la perte d'identité et l'alcoolisme, le racisme anti-lapon des norvégiens et autres nordiques ... Incroyablement documenté, y compris sur l'histoire de ce peuple, mais sans tomber dans une admiration béate, O.Truc nous montre les ravages du réchauffement climatique, de la course à la productivité dans une société où l'élevage des rennes représente le summum de la réussite sociale.
Klemet, lapon et Nina, blonde norvégienne, très différents et par là même complémentaires, patrouillent ensemble pour la Police des Rennes sur leurs motoneiges dans l'immense vidda (les terres gelées) ... Ils devront élucider le meurtre de Mattis, un jeune éleveur, comprendre pourquoi ses oreilles ont été tranchées et retrouver un tambour de chaman à la valeur inestimable pour les Lapons et les collectionneurs.
Nous sommes à la fin de la nuit polaire, le roman commence le jour le plus extraordinaire de
l'année : celui où "les hommes retrouvent leur ombre" et le soleil, le 10 janvier.
En tête de chapitre figure le nombre de minutes d'ensoleillement pour la journée : dépaysement  garanti !
 Il y a fort à parier que de futures enquêtes nous permettront de continuer à découvrir les "samis" aux côtés de Klemet et Nina. Tant mieux.
Un coup de cœur
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lundi 18 novembre 2013

L'esprit de l'ivresse de Loïc Merle

Actes Sud, 2013, 286 p., 21,50€
Malgré un sujet très intéressant, l'embrasement d'une cité déshéritée des environs de Paris,  je ne suis pas arrivée à entrer dans le roman.
Pour moi, le texte trop dense dans la forme (pas de dialogue, peu de paragraphes, peu de chapitres et un style très littéraire, avec de très beaux passages je reconnais) m'a découragée. Je me suis accrochée mais rien n'y a fait : j'ai dû sauter de nombreuses pages et finalement, n'ai pas réussi à me mettre au diapason.
Du coup, impossible d'en dire plus, ce serait une imposture ;o)
Pour les lecteurs qui aiment les textes très littéraires !

 L'esprit De L'ivresse de Loïc Merle

jeudi 14 novembre 2013

Les frères Sisters de Patrick de Witt

Trad. E. et P. Aronson, Actes Sud, coll. lettres anglo américaines, 354 p., 22€
Un roman original à la manière d'un western américain.
Le roman se situe au moment de la ruée vers l'or.
Eli et Charlie sont frères, ils volent, trompent et assassinent au fil des rencontres, pour s'enrichir, avec un seul principe en tête : toujours se défendre mutuellement et s'entraider. Et heureusement, car c'est uniquement grâce à cette forte solidarité qu'ils arrivent à s'en tirer ... à peu près indemnes.
Les voilà chargés par le richissime "Commodore" de retrouver Warm, l'inventeur d'une solution chimique extraordinaire qui permet de repérer l'or dans les eaux fluviales.
Fatigué d'errer, de tuer pour aider son frère à se dépatouiller des situations dangereuses dans lesquelles il se fourre invariablement, Eli, le rondouillard, n'aspire progressivement qu'à une vie pépère, un travail tranquille et rêve de fonder une petite famille.
Charlie qui a la gâchette facile, nie avoir tout état d'âmes.
Qui des deux arrivera à convaincre l'autre ?
Un bon moment de lecture, de l'humour, je verrai bien une adaptation au cinéma.
Merci à Olivier qui me l'a conseillé.
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dimanche 10 novembre 2013

Les autos tamponneuses de Stéphane Hoffmann

2011, 210 p., 6,60€
Sélection du prix des lecteurs du livre de poche 2013
Pierre, chef d'entreprise, a toujours beaucoup travaillé. Du jour au lendemain, parce qu'il se sent en décalage avec un monde des affaires qui a perdu toute humanité (mais en a-t-il jamais eu- est on tenté de demander) et le déçoit, il décide d'arrêter.
Cependant, la vie de sa femme, Hélène, s'en trouve aussitôt bouleversée et elle n'est pas prête à l'accepter sans y mettre son grain de sel ...
Beaucoup, beaucoup d'humour dans ce roman pas très tendre sur la vie de couple et ... sur tous les sujets abordés d'ailleurs, un humour vache et pince sans rire qui fait mouche. Mais il reste quand même de l'affection entre ces personnages qui disent avoir perdu toute illusion et n'attendre pas grand chose de la vie, de la société et des autres.
Pour rire et sourire cruellement hé hé hé
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