Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

lundi 20 décembre 2010

Comment (bien) rater ses vacances d'Anne Percin

Editions du Rouergue, couv. Dorothy-Shoes, coll. Doado, 185 p., 11€50
A 17 ans, Maxime refuse de passer ses vacances avec ses parents. Il restera à Paris avec sa grand-mère pendant que ses parents randonneront sur le GR corse.
Hélas, rien ne va se passer comme prévu et les mésaventures vont s'accumuler !
Le roman rappelle fort judicieusement aux ados qu'il n'est pas facile de devenir un adulte au quotidien et de faire face à toutes les situations sans l'aide de papa-maman (en l'occurrence injoignables).
Anne Percin cultive le mot juste et le trait d'humour. Un cocktail fort réussi : j'ai ri du début à la fin.
Voilà un extrait pour vous donner une petite idée de la chose :
" Chers parents,
Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J'espère que vous n'êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse. Heureusement, j'ai l'eau-de-vie de Mamie, ça m'aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m'envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c'est l'heure de ma piqûre d'héroïne.
Gros bisous, votre fils bien-aimé,
Maxime."
Le texte regorge de références musicales que les ados apprécieront et pour les autres, voilà une occasion de (re)découvrir des "incontournables"  ;o)
3e et lycée
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La belle Adèle de Marie Desplechin

Gallimard Jeunesse, couv. Lucie Durbiano, 2010, 154 p. , 8€50
On est plus heureux quand on ressemble aux autres. En tout cas, c'est ce que pensent Adèle et Frédéric, deux copains d'enfance. Or aucun des deux ne se fond dans la masse des collégiens : Adèle s'habille à la va comme j'te pousse et Frédéric plane intellectuellement trop loin au-dessus de ses camarades de classe. Impardonnables.
Pour que les autres ne les regardent plus comme des bêtes curieuses, ils unissent leurs différences et ... font croire qu'ils sortent ensemble. Ils comptent impressionner ainsi leurs camarades. Mais un grain de sable va gripper la machine !
Beaucoup d'humour dans ce petit roman sympathique qui illustre bien le monde du collège et qui défend un principe simple mais fondamental : quand on veut quelque chose, il faut se remuer pour l'obtenir !
Bien pour les 5e/4e qui perdent leur spontanéité face au regard des autres ...
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dimanche 19 décembre 2010

Walking Dead de Charlie Adlard et Robert Kirkman (et Tony Moore)

BD, Delcourt, 2007, 142 p., 13€
série en 12 tomes, illustrations en noir et blanc
Des films de zombies, le scénariste de Walking dead, Robert Kirkman dit : "Les bons films de zombies nous révèlent à quel point nous pouvons être déséquilibrés ... ainsi que la situation de détresse dans laquelle se trouve notre société aujourd'hui. Bien sûr, ils amènent également leur dose de gore, de violence ... Mais il y a toujours en arrière-plan cette critique sociale." La tendance générale de la BD est donnée.
Le héros, Rick Grimes, flic de son métier, sort du coma après avoir été blessé lors d'une opération. Il découvre, horrifié, un monde totalement transformé : les humains ont été contaminés et sont devenus des zombies. Il part sur les routes, à la recherche de sa femme et de son fils ...
Kirkman nous montre comment Rick, flic lambda, s'adapte à ce nouveau monde, en usant de violence mais en se posant toujours la question de son humanité. Comment il devient leader en protégeant et en accueillant pacifiquement les nouveaux venus parce qu'il a remarqué "qu'en groupe, on s'en sort mieux".
Rick prend conscience que les circonstances le changent profondément mais il veut désespérément garder ses valeurs : solidarité, honnêteté et humanité.
Une magnifique bande dessinée, loin des clichés du gore (même si la violence est présente) et servie par le très beau dessin de Charlie Adlard ... Le cadeau de Noël !
A partir de la 3e
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dimanche 12 décembre 2010

Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo

Librio, 2006, 97 p., 2€
Accrochez vous, c'est du lourd ;o)
Tout le monde a entendu parler du combat de Victor Hugo contre la peine de mort. Il met dans ce récit (comme dans "Claude Gueux", à lire aussi) toute la force de sa conviction et de son humanité.
Un jeune condamné à mort raconte, à la première personne, les jours et les heures qui précèdent son exécution. Victor Hugo s'en tient aux faits, aux choses, aux lieux pour faire ressentir la souffrance qu'inflige ce traitement barbare. Rien ne nous est évité, ni la panique ni la révolte du pauvre homme et pourtant, pas d'outrance, pas de pathos. Avec son style, inégalable.
Une leçon de simplicité et de dignité à une époque où le déballage des sentiments en public (par la télé réalité) a quelque chose d'écœurant.
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Chien blanc de Romain Gary

En 1968, Romain Gary vit à Beverley Hills, avec Jean Seberg. Aux États Unis, la ségrégation raciale a encore cours. Un beau matin, il trouve un chien devant sa porte, un berger allemand déjà âgé. Le chien insiste pour entrer ... Gary l'adopte. Très rapidement, il se rend compte que l'animal a été spécialement dressé pour attaquer les noirs. Choqué qu'un animal puisse payer le prix de la folie des hommes, il l'emmène dans un chenil où un dresseur "génial" (un noir, bien sûr) doit le rendre inoffensif.
Le roman est à la fois une "analyse" à la Romain Gary de la ségrégation raciale aux États Unis et un long cri de révolte contre la cruauté et la bêtise humaine.
On finit par se demander où est la part de vérité et où est la part de fiction, tant le récit semble par moment cousu sur mesure pour donner à Romain Gary l'occasion d'exposer sa pensée profonde d'individualiste forte tête et grande gueule. Mais c'est justement là qu'agit le charme et qu'on se laisse totalement emporter par le récit et les propos parfois hilarants malgré le sérieux du sujet.
Totalement amoureux de sa femme, il est scandalisé de la voir exploitée financièrement par des groupuscules pro-noirs souvent manipulés par le FBI : Gary n'est l'homme d'aucune idéologie, d'aucun parti. A part De Gaulle, il ne respecte que l'être humain ... pour qui il reste tant à faire.
"Je ne suis pas découragé. Mais mon amour excessif de la vie rend mes rapports avec elle très difficiles, comme il est difficile d'aimer une femme que l'on ne peut ni aider, ni changer, ni quitter ..."
Romain Gary, le trop humain.
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Mourir de dire La honte de Boris Cyrulnik

Editions Odile Jacob, 2010, 260 p., 22,50€
Merci à Boris Cyrulnik de savoir exprimer simplement des notions complexes et de permettre à ses lecteurs de mieux comprendre ainsi ce qui les touche ! Mais comme il est difficile de parler de ce livre foisonnant et complet ... Je vous livre, en vrac, ce qui m'a interpelée : 
La honte provient du regard de l'autre et de l'interprétation que nous en faisons. Le sentiment de honte dépend entièrement de l'époque, du lieu de vie et du milieu où l'on vit. Un acte condamné à une époque devient, un siècle plus tard, signe d'émancipation et de liberté et nous en sommes fiers !
Figurez vous que nous ne sommes pas égaux biologiquement devant les sentiments. Et oui, les "petits transporteurs" de sérotonine sont moins entreprenants, plus timides et socialement moins appréciés que les "gros transporteurs", moins réceptifs aux sentiments négatifs. Cependant, un environnement affectif sécurisant rendra un "petit transporteur" actif et lui permettra de se développer de façon fort satisfaisante ... et l'on revient à l'importance fondamentale du milieu !
L'auteur évoque, entre autres, la déportation et rappelle que, quand certains déportés ont été déshumanisés, d'autres, en développant la solidarité et le dialogue entre eux, ont pu donner du sens à leur détention et garder leur dignité d'homme sans ressentir de honte. Ainsi Germaine Tillion qui a appliqué ses méthodes d'ethnologue pour comprendre le fonctionnement d'Auschwitz et l'expliquer à ses camarades de détention ou les communistes qui se sont organisés.
Boris Cyrulnik donne beaucoup d'exemples pour éclairer son discours et il nous permet ainsi de mieux comprendre le mécanisme de la honte. La honte ? Un sentiment qui n'est pas toujours négatif puisqu'il peut, parfois, nous rendre plus humain, précise-t-il !
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mercredi 8 décembre 2010

Les enquêtes d'Enola Holmes (La double disparition) de Nancy Springer

Nathan,  couv. Raphaël Gauthey, 2007, 249 p., en poche 6.20€
Il s'agit du premier tome de la série qui en comprend maintenant 5.
La mère d’Enola, 14 ans, disparaît mystérieusement le jour de l’anniversaire de sa fille. Ses grands frères, Mycroft et Sherlock, décident de l’envoyer, contre sa volonté, dans un pensionnat. Mais trop indépendante pour subir l’enseignement des « bonnes manières victoriennes », Enola s’enfuit à Londres où elle mène l’enquête pour retrouver sa mère …
Le récit est captivant, tout s’enchaîne sans temps mort et, au-delà de l’enquête policière, c’est la description de l’époque victorienne vécue du côté des femmes qui est passionnante : l’absence totale de droits, le poids des conventions, la pruderie, les jugements masculins négatifs tendant à les rabaisser. 
Moi il me semble important de montrer aux filles que les droits dont elles profitent aujourd'hui n'ont pas toujours existé et qu'il a fallu des pionnières pour se battre et les obtenir ! La liberté se conquiert ;o)
C'est ce qui fait l'intérêt premier du roman ; par ailleurs, l’héroïne développe des qualités qui font indubitablement penser à celles de son illustre frère : don d’observation et de déduction logique, goût du déguisement mais aussi caractère indépendant et fierté.
Enola initiera ses lecteurs au monde de Sir Arthur Conan Doyle en leur donnant peut-être envie d’aller voir du côté de Sherlock, le vrai …
Certains mots relèvent d’un vocabulaire vieillot, ils concernent essentiellement la description des vêtements ; quelques renvois en bas de page auraient été bien venus. Le roman s'adresse donc plutôt à de bons lecteurs, à partir de la 4e/3e ... j'ai écrit ça hier, sauf qu'aujourd'hui, une petite élève de 6e m'a dit, avec une expression gourmande, qu'elle avait lu toute la série ;o))
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samedi 4 décembre 2010

Le secret d'EndYmiOn Spring de Matthew Skelton

Pocket Jeunesse, couv. Bill Sanderson, 397 pages, 2006, 19€
Une grosse crise de flemme m'a momentanément éloignée de la lecture et je reviens, en douceur, avec une bonne petite histoire de magie et de dragon qui tourne autour de la recherche du "livre ultime" ... vous savez, celui qui donne le pouvoir de voir l'avenir et le passé et donc, tous les pouvoirs ;o)
Deux récits alternent et s'imbriquent, celui de Blake qui vit de nos jours à Oxford avec sa chercheuse de mère et sa petite soeur et celui d'Endymion Spring qui vit au 15e siècle, à Mayence. Ce dernier a été recueilli et sorti de la misère par Johannes Gutenberg, en pleine invention de l'imprimerie. Endymion, muet de naissance, devient son apprenti typographe et se révèle extrêmement doué pour le métier. 
Les deux enfants ont été choisis pour leur pureté et devront, chacun à leur époque, protéger le "livre ultime" des personnes mal intentionnées et avides de pouvoir qui pullulent parmi les adultes.
Il s'agit, vous l'avez compris, d'une histoire assez manichéenne mais, curieusement, très documentée sur la bibliothèque bodléienne d'Oxford et sur le 15e siècle. Il en résulte une ambiance moyenâgeuse, sombre et convaincante qui fait heureusement passer le style, pas exceptionnel, au second plan.
Un gros roman qui se lit facilement, vraiment pour les fanas de dragons vu son prix ...
 A partir de 13 ans
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mercredi 17 novembre 2010

Celle que je ne suis pas de Vanyda

Bande dessinée éditée chez Dargaud, 2010, 192 p., 14€
"Celle que je ne suis pas" vous ramènera quelques années en arrière si vous êtes devenu cette incompréhensible bestiole qu'est un adulte ou vous plongera dans le présent si vous êtes encore dans la période incertaine de l'adolescence.
La BD campe en noir et blanc le petit monde du collège, vu par des élèves de 3e. L'héroïne, Valentine, a bien du mal à s'affirmer auprès de ses copines, des garçons, de ses profs et de sa mère. Introvertie, le regard des autres pèse lourd sur elle et l'empêche souvent de suivre son propre mouvement.
Les situations sont vues avec finesse, l'ambiance "collège" est bien rendue, le quotidien des élèves réaliste, jusqu'à leur langage parfois très fleuri (mais jamais choquant).
Et si vous avez plus de 14 ans, rassurez vous, vous constaterez que les affres de l'adolescence n'ont pas changé depuis votre époque !
Testée par plusieurs élèves bons et moyens lecteurs, elle a été très appréciée et a réussi l'examen de passage : ils réclament la suite ...
à partir de 12 ans
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Aimez-vous Brahms de Françoise Sagan

Le livre de poche, 1982, 179 p.
En rangeant les rayonnages de mon CDI, j'ai été surprise de tomber sur ce roman peu approprié aux ados du collège mais ne l'ayant jamais lu, je me le suis emprunté ;o)
Paule, 39 ans, est une femme élégante et indépendante. Elle aime Roger, homme d'affaires, égoïste et coureur de jupons qui la rend malheureuse. Son travail de décoratrice l'amène chez une riche parisienne où elle fait la connaissance du fils, Simon, étudiant en droit très jeune, très beau et très paresseux. Paule fascine Simon qui, après l'avoir emmenée à un concert de Brahms, décide de la conquérir : "J'ai le droit de parler, j'ai le droit de tomber amoureux de vous et de vous prendre à lui, si je peux.
Déjà elle était dehors. Il se leva et se rassit, la tête dans les mains.
Il me la faut, pensait-il, il me la faut ... sinon je vais souffrir."

Histoire d'amour éternelle, intemporelle où les sentiments parfois confus et contradictoires mènent le jeu : Paule aime, malgré elle, celui qui la fait souffrir et la passion de Simon ne fera pas le poids ... L'amour fait mal nous dit F.Sagan mais doit on le refuser ?  D'autant plus qu'on nait et qu'on reste seul ... Pas très gai le roman mais intéressant par la double image de la femme qu'il donne : indépendante car elle décide pour elle-même mais  dépendante "idéologiquement" et affectivement. En effet, Paule choisit Roger parce qu'il incarne la maturité donc la sécurité et la réussite sociale et qu'il a, malgré tout, besoin d'elle.
A-t-on beaucoup évolué depuis 1959, date de la parution du roman ?
J'ai largement préféré "Aimez-vous Brahms" à "Bonjour tristesse" que j'ai relu l'an dernier et que j'avais trouvé un peu glauque.
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jeudi 11 novembre 2010

La forêt des damnés de Carrie Ryan

 Gallimard Jeunesse, couv. Alain Barreau, 2010, 381 p., 15.50€
Notre monde a été infecté par un virus qui transforme les humains en zombie. Mary vit dans un village entièrement entouré de grillages qui protègent les survivants. Totalement isolé de l'extérieur, il est régi par une poignée de religieuses (les Soeurs) qui imposent à tous des pratiques visant à protéger et sauver l'espèce humaine mais ne laissant aucune liberté individuelle.
Mary étouffe. Elle n'arrive plus à croire en un Dieu qui aurait installé ce monde horrible, elle veut aimer librement et rêve de partir à la recherche de l'océan, souvenir de l'ancien monde que lui a transmis sa mère ... Existe-t-il un endroit où on peut encore vivre à l'abri des zombies, reste-t-il d'autres humains quelque part, vivent ils aussi sous l'emprise de la religion, doit on suivre ses rêves coûte que coûte ?

Le récit rassemble les ingrédients du genre cinématographique : récit haletant, beaucoup d'action, beaucoup de sang mais aussi critique de société ! Et là, ça devient bigrement intéressant : qu'est ce qu'une société sans mémoire (il n'y a plus de livres, plus de photos, plus d'archives), à quoi mène une société puritaine où tous doivent penser de la même façon ... Un questionnement qui tombe peut être à pic pour l'Amérique d'aujourd'hui !
La problématique n'est donc pas celle des films de zombie à la Romero
(la différence, qu'est ce que l'humanité ?) mais elle réussit à accrocher le lecteur : oui se battre pour ses rêves rend plus fort, oui résister même si on est seul rend plus fort.
Carrie Ryan fait la démonstration que le genre "zombie" peut faire recette
en littérature !
Impossible de poser le livre tant qu'il n'a pas été fini !
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A partir de 14/15 ans.

samedi 6 novembre 2010

Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard

Actes Sud, couv. Sygma / Corbis, 2010, 17€,
Sans aucun doute un bon roman, documenté et bien écrit mais qui m'a laissée sur le bord de la route ! Je n'ai pas été emportée par l'histoire de Michel Ange, invité par le sultan Bajazet à Constantinople en 1506 pour y construire un pont sur la Corne d'Or. Les thèmes développés y sont toujours actuels : rivalité occident / orient, liberté de création de l'artiste, liberté de pensée, omniprésence de la religion  ...
Malgré une réflexion intéressante et le beau style de Mathias Enard, aucun des personnages du roman ne m'a émue et le récit ne m'a jamais fait vibrer. Trop intello ?
Je viens d'apprendre que ce roman a eu le prix Goncourt des Lycéens ! J'achète en général les romans lauréats et bien, j'étais juste en avance, grâce à mon fils Olivier ;o) 
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Rosa candida d'Audur Ava Olafsdottir

Editions Zulma, couv. David Pearson, 2010, 332 p., 20€
Voilà un joli roman islandais dont le jeune héros grandit sous nos yeux et se construit, sans prétention, une petite philosophie de la vie bien ficelée, à utiliser en toutes circonstances et sans modération ...
C'est qu'il est bien jeune, avec à peine son bac en poche, pour avoir un bébé conçu avec une quasi-inconnue ! La vie ne l'a pas épargné : sa mère vient de mourir dans un accident de voiture, son frère jumeau est autiste, son père, un rugueux électricien, déprime. Et lui ne sait que faire de sa vie …

Son amour du jardinage et particulièrement des roses (dans une nature pourtant hostile), légué par une mère à la main verte et à la personnalité attachante, vont l'expédier vers un jardin monastique où ce grand échalas roux cherche candidement conseils et aide auprès d'un vieux moine cinéphile et … amateur d'alcool. L'arrivée imprévue de son bébé lui permet de s'intégrer au village et de donner sens à sa vie.



On sourit souvent en lisant ce petit bijou d'humour décalé, les préoccupations de son héros bien terre à terre s'élèvent souvent à l'universel en passant par des chemins déconcertants mais finement observés. Et de son entourage religieux, il retire que le sacré surgit tout seul du quotidien sans avoir besoin de croire en Dieu. Car les miracles se trouvent dans ce quotidien tout simple : c'est sa petite fille qui par sa bonne humeur et sa tendresse guérit la voisine de sa dépression, c'est le jardin de l'abbaye qui, grâce à ses soins, devient un lieu de rencontre entre les habitants, c'est la solidarité entre les hommes …

Offrez à Noël ce roman qui fait chaud au cœur !!! @@@@@

Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel

Fayard, coll. Roman, 2010, 19€, 294 p.
Travaillant pour une grosse entreprise de télécommunications, après une énième restructuration, « Eric » (prénom d'emprunt pour le travail) passe du service câblage au standard téléphonique. Cet homme habitué au travail manuel doit dorénavant jongler avec des mots et des sons assemblés par d'autres. Dans une grande salle commune, il doit répondre à des clients immatériels dont il ne saura jamais rien, en suivant des consignes strictes, subissant la pression des objectifs de vente à atteindre …Comme tant d'autres, cette déshumanisation du travail le rend invisible et solitaire.

La dépression guette et son cortège de souffrances mais l'instinct de conservation sera le plus fort chez Eric. Cela n'a pas été le cas, nous le savons hélas, pour tous les employés de France Télécom ...

« Retour aux mots sauvages » est un livre aussi surprenant qu'indispensable. J'ai mis du temps pour rentrer dans l'histoire car les faits mènent le roman. Les sentiments n'en surgissent que lentement, la souffrance sourd doucement.
C'est une lecture forte, qui ne laisse pas indifférent et qui nous amène inexorablement à la terrible constatation que « un employé heureux est plus performant, un salarié malheureux ne crée pas de valeur : phrases réelles, publiées lors des tristes événements, autant de preuves d'un totalitarisme entièrement dévoué au profit, corps et âme ». Totalitarisme économique dont nous sommes tous les victimes ...
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dimanche 17 octobre 2010

Seule Venise de Claudie Gallay

 Babel, couv. Gary Isaacs, 301 p., 8,50€
 Après une rupture sentimentale douloureuse, l'héroïne vide son compte en banque et part à Venise dans une petite pension de famille.
Murée dans un chagrin silencieux, se laissant imprégner par l'ambiance de la ville, elle va rencontrer plusieurs personnages aussi désenchantés qu'elle. Un vieux prince russe fantasque et perspicace, un libraire juif, une jeune danseuse passionnée lui redonneront petit à petit goût à la vie ... Chacun des personnages suit son destin en aidant les autres à sa façon et c'est ce qui m'a le plus touchée dans l'histoire.
La beauté du roman réside dans le style de Claudie Gallay, tout en finesse, en retenue et en simplicité, suggérant les sentiments complexes plutôt que les décrivant. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de l'auteur dans la retenue de cette héroïne si sensible !
Mais pourquoi Venise ? Le prince nous en donne la raison, "parce que seule Venise me console de ce que je suis vraiment". 
Un bonheur de lecture.
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vendredi 15 octobre 2010

La forêt interdite de Matt Haig

Bayard Jeunesse, couv. Benjamin Bachelier, 2010, 12€90
Les parents de Samuel et Martha meurent accidentellement et les enfants doivent aller vivre chez leur tante Eda en Norvège. Martha refuse de parler depuis l'accident et Samuel n'a pas envie de rester en Norvège, d'autant plus que leur tante habite dans un coin perdu, à la lisière d'une sombre forêt où elle leur a formellement interdit d'aller. Bien sûr, tous deux s'y rendront, découvriront un monde dangereux peuplé de trolls, de sorcières, de gubbins chanteurs, de huldres, tous tyrannisés par le cruel métamorphoseur ! Les enfants, aidés de leur tante et de quelques créatures bienfaisantes, chercheront à rendre la liberté au peuple de la forêt ...
Un joli petit roman, bien ficelé, haletant, aux personnages sympathiques. Pour les ados amateurs de fantasy !
à partir de 12 ans (402 pages).
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mercredi 13 octobre 2010

Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

couv. Ouka Leele / Agence Vu, Le livre de poche, 2007, 6.95€
Julia Jarmond est une journaliste américaine, mariée à un parisien. A l'occasion de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv du 17 juillet 1942, elle doit écrire un article. Son enquête va lui faire découvrir l'horreur d'une opération qui fut menée de bout en bout par la police française (sous les ordres du préfet René Bousquet) et qui coûta la vie à treize mille juifs, hommes, femmes et enfants, déportés dans des conditions terribles à Auschwitz.
Au cours de ses investigations, Julia découvre que ses beaux-parents se sont installés dans leur bel appartement du Marais début août 1942, appartement occupé auparavant par la famille Starzynski dont la petite fille s'appelait Sarah ... La famille entière a été victime de la rafle. La courageuse jeune femme n'aura de cesse de retrouver la trace de Sarah, menant l'enquête au détriment de son couple et de sa vie de famille, bousculant des secrets enfouis depuis longtemps.
La richesse de ce roman réside dans les nombreux thèmes abordés qui donnent épaisseur psychologique et complexité aux personnages : secrets de famille, relation de couple, devoir de mémoire et honte, sentiment d'être étranger, problème des femmes qui travaillent. Sa faiblesse, de mon point de vue, consiste dans des effets dramatiques à répétition un peu trop lacrymaux ...
Espérons que l'adaptation cinématographique sera à la hauteur avec la magnifique Kristin Scott Thomas !
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dimanche 3 octobre 2010

Léa de Pascal Mercier

Libella-Maren Sell Editions, 2010, couv. J.Doberman/Corbis, 19€
J'avais adoré "Train de nuit pour Lisbonne" du même auteur, paru en 2006 et c'est peut-être pour cela que je n'ai pas accroché d'emblée avec "Léa", parce que j'attendais quelque chose de comparable. Quelque chose de sérieux et en même temps, d'optimiste. Or ce récit de la rencontre entre deux hommes plutôt dépressifs sonne dur. Alors, j'ai préféré mettre de côté momentanément "Léa" que je reprendrai dans quelques temps ...

Amour en cage de Jean Molla

Editions Thierry Magnier, couv. Marion Bataille, 2010, 9.90€
Amour en cage rassemble 13 nouvelles dont le point commun est l'affection ou l'empathie vis à vis de l'autre qu'il soit de la famille ou étranger. Jean Molla joue parfaitement le jeu de la nouvelle, tour à tour il nous surprend, nous émeut ou nous secoue et ça marche très bien. La dernière nouvelle finit sur une citation d'Albert Cohen (le livre de ma mère) en forme d'ode à la littérature :"Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. Ce n'est pas une raison pour ne pas se consoler, ce soir, dans les bruits finissant de la rue, se consoler, ce soir, avec des mots."
Encore un excellent recueil de la collection "nouvelles", qui trouvera sa place plutôt en lycée ou auprès des adultes.
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Plan social de François Marchand

Le cherche midi, 2010, 13€
Le titre du roman m'a attirée et je trouvais que l'auteur avait le mérite de situer son roman dans le monde du travail, ce n'est pas si courant.
Cependant, François Marchand écrit une caricature grinçante du monde de la moyenne entreprise dans laquelle il renvoie tout le monde dos à dos : patron, responsable syndical (CGT, comme par hasard), consultant, cadres et ouvriers. Tous suivent leurs motivations personnelles, intérêts matériels ou idéologiques, sans état d'âme quant aux conséquences de leurs actes. Il n'y a aucun personnage positif et du côté des femmes, c'est le désert. Dans cette description désespérante, que la banque d'affaires se nomme "Crotale et Chacal" et les sociétés de climatisation "Gèlefion" et "Burnefraîche" a fini par m'achever totalement et c'est à toute vitesse que j'ai fini ma lecture, en diagonale.
Cette description très noire enlève tout espoir et dans une période de régression sociale où les combats ont bien du mal à déboucher, c'est particulièrement difficile à supporter. Par mesure sanitaire, continuez à croire en quelque chose, évitez le roman et continuez à aller manifester pour défendre vos droits !
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