Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

samedi 7 novembre 2015

Meurtre à Tombouctou de Moussa Konaté

Ed. Métailié, coll. Points, 2014, 6,40€
Un joli petit roman policier où l'intrigue est secondaire et la société malienne au premier plan.
Le commissaire Habib, patron de la brigade criminelle à Bamako, est envoyé à Tombouctou pour mener à bien une enquête délicate. Un jeune Touareg, Ibrahim, est retrouvé mort, le crâne défoncé, à côté de son dromadaire. Peu après, un jeune français est menacé à coups de fusil par un cavalier. Y a-t-il un lien entre les deux affaires ? S'agirait-il d'une action d'AQMI, des terroristes ? Les médias sont à l'affut ...
Secondé par son fidèle Sosso et Guillaume, un responsable de la cellule antiterroriste française au Mali, Habib a fort affaire entre le respect des traditions touareg, de l'Islam, des notables locaux et les secrets de la famille du défunt.
Le déroulement de l'intrigue, assez sommaire, n'est en réalité qu'un prétexte à immersion dans une société complexe par ses différentes langues, ses ethnies, ses pratiques religieuses et le conflit entre tradition et modernité.
Habib fait jurer les témoins sur Allah pour être sûr qu'ils ne mentiront pas ...
Les notables se liguent pour faire intervenir dans l'enquête un marabou-devin qui éluciderait l'affaire en 2 jours ...
Mais comme partout ailleurs, la loi ne compte pas lorsqu'il faut sauver l'honneur d'une famille influente et les politiques ne veulent pas d'histoire quand des élections se profilent.
Une enquête menée dans une ambiance tendue mais à la malienne : avec beaucoup de bonhomie, de patience, de plaisanteries et de fous rire. Avec malice et ruse aussi.
Avec en prime, à la fin, l'envie d'aller voir Tombouctou !
Seul bémol, un style parfois un peu maladroit. Mais le roman vaut le détour ...
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Meursault, contre-enquête

Actes Sud, 2014, 19€, 152 p.
Le roman commence de manière assez confuse et, pour moi, ne trouve de sens et de rythme que vers la moitié.
L'auteur fait parler le frère de celui que le héros de Camus, Meursault, tue sur la plage. Meurtre pour lequel il sera condamné à mort.
Dans un texte en forme de réquisitoire puis de confession, ce frère dénonce l'indifférence affichée vis à vis du mort dont on ne connait jamais le nom, dont on ne saura jamais rien dans "L'étranger". Il rappelle les temps durs de la colonisation et l'absence de démocratie pour l'Algérie actuelle, un temps où le dictat de la religion supprime un à un les plaisirs de la vie.
Sur un plan plus personnel, le narrateur s'insurge contre sa mère qui l'a sacrifié à son chagrin après l'assassinat de son frère, contre son entourage qui l'a toujours considéré comme différent.
Au fil du texte, on voit un portrait s'esquisser, celui d'un homme submergé par l'absurdité du monde et de la destinée humaine, sans bonheur, sans envie, un solitaire et un assassin aussi, poussé par une mère avide de vengeance.
La boucle est bouclée lors du réquisitoire contre la / les religions qui rappelle le beau passage de L'étranger où le héros refuse l'aide du prêtre venu le voir dans sa cellule. Meursault et le héros ont tout en commun, ils vivent dans un monde de solitude et de désespoir.
Un texte engagé, un auteur qui a beaucoup à dire.
Une lecture qui m'a incitée à relire le chef d’œuvre d' A. Camus, une grande joie !
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vendredi 12 juin 2015

Charlotte de David Foenkinos

Gallimard, 2014, 220 p., 18,50€
David Foenkinos écrit la biographie (quelque peu romancée mais qu'en sait on ?) de Charlotte Salomon, jeune peintre juive allemande réfugiée en France puis déportée à Drancy et assassinée à Auschwitz en 1943 par les nazis.
Récit émouvant d'une vie (et demie, car elle était enceinte de 5 mois lorsqu'elle fut gazée à son arrivée au camp) entièrement vouée à la création artistique dans ses derniers temps. En effet, se sachant en danger, Charlotte Salomon écrit et peint jour et nuit, dans le sud de la  France, avec passion et dans l'urgence. Elle crée une œuvre très originale mêlant texte de théâtre et peinture : "Vie ? Ou théâtre ?".
Relations familiales complexes, amours, doutes, recherche de soi même, de sa vocation, fuites et rencontres font de cet ouvrage un récit complet qui permet de découvrir une artiste bien peu connue.
Ses œuvres, confiées à son médecin et ami, rendues à son père et à sa belle-mère après la guerre et données au Musée historique juif, le musée d'histoire juive d'Amsterdam, y sont toujours conservées.
Un beau roman écrit simplement, sans pathos, qui redonne vie le temps de 220 pages à une artiste et donne envie de connaitre son œuvre. Un travail de mémoire.
Prix Renaudot et Goncourt des lycéens 2014.
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Soumission de Michel Houellebecq

Flammarion, 2015, 299 p., 21€
Houellebecq, il y a les pour et il y a les contre.

Quand je lis ses romans, je fais abstraction du personnage, volontiers provocateur. Volontairement. Je lis ses romans. Point. Et j'y prends beaucoup de plaisir.
Aurais je lu Céline si je m'en étais tenu à ce qui était dit du personnage ? Aurais je regardé les œuvres de Dali, le franquiste ? Habiterais je l'immeuble de Le Corbusier qui est maintenant reconnu comme antisémite et fasciste ?  Les écrivains sont ils toujours à la hauteur de leurs responsabilités ? Ne sont ils pas, souvent, dépassés par leurs propres textes ?
Houellebecq a retardé la campagne de promotion de son livre après les évènements du 7 janvier. Bernard Maris était son ami ...
Le point de départ de son roman, l'élection en France d'un président de la république musulman modéré, n'est certes pas crédible actuellement mais  part d'un constat réel : l'opinion publique se replie sur les valeurs familiales, sur les valeurs "traditionnelles" pour ne pas dire réactionnaires.
Une partie des Français a manifesté massivement contre le mariage pour tous.
L'adoption par les couples homosexuels a été reportée.
Beaucoup recherchent un sens à leur vie ailleurs que dans l'argent et la consommation matérielle.
De là à assister à un retour du phénomène religieux, il n'y a qu'un pas ... que l'auteur franchit allègrement.
De même, la montée du Front National alimente sa fiction : pour éviter que Marine Le Pen n'accède à la présidence, la coalition PS/UMP/extrême gauche appelle à voter pour le candidat Mohamed Ben Abbès, musulman modéré. Totalement improbable !
Mais ce Mohamed là est plus un ambitieux qu'un croyant. Après la France, c'est l'Europe qu'il vise et souhaite rassembler autour de l'Islam.
Ben Abbès met en place son programme dans l'indifférence générale : autorisation de la polygamie, voile obligatoire pour les femmes, interdiction d'enseigner si l'on n'est pas musulman, priorité aux entreprises familiales et j'en passe.
Les femmes : elles acceptent sans réagir, éternelles victimes ?
La gauche : elle laisse faire impuissante.
La droite : elle partage beaucoup de ses objectifs.
Les hommes : ils y trouvent leur compte forcément car la polygamie est un argument de poids ; du coup, ils se convertissent sans barguigner.
Houellebecq ne juge pas ses personnages, il en fait parfois des caricatures mais leur prête en général, une logique assez simple. Tout ce qui se passe profite aux hommes qui s'en emparent. Terrible logique mais oh combien humaine et masculine mâtinée d'une vision de l'homme  fondamentalement noire.
La fiction de Houellebecq peut alimenter les peurs mais, dans le fond, elle est surtout un constat du manque de perspective de notre société, de la souffrance des hommes qui y cherchent un sens. Elle nous alerte et nous avertit, à sa façon et nous met en garde contre l'indifférence et le laisser faire.
Et puis, il y a son humour, fin, frisant le cynisme, son écriture souple.
J'ai beaucoup aimé même si (ou peut être "parce que") totalement fantaisiste ... j'espère.
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Check-point de Jean-Christophe Rufin

Gallimard, 2015, 386 p., 21€
Thriller humanitaire ...
Maud part en mission humanitaire avec Lionel, chef d'expédition, Marc et Alex, 2 militaires mystérieux et Vauthier, antipathique à tous mais fort en mécanique. Leurs deux vieux camions transportent aide alimentaire et vestimentaire. Nous sommes en Bosnie, au moment de la guerre entre serbes, croates et musulmans.

Elle qui fuit le train train d'une vie morne et veut échapper au désir des hommes se trouve brutalement entraînée dans un déchaînement de passions avec lesquelles l'aide humanitaire n'a plus grand chose à voir.
JCR pose le problème des limites de l'aide humanitaire : que faire lorsqu'on voit femmes et enfants se faire massacrer, suffit-il de leur apporter de quoi manger et s'habiller ? Ne doit on pas aussi leur donner de l'espoir et combattre les injustices ? Ne doit on pas s'engager et prendre parti ? Peut on se contenter d'assister aux horreurs de la guerre ?
Le roman prend la forme d'un thriller et nous tient en haleine pendant 386 pages, sans baisse de régime, tout en nous incitant à la réflexion. Quoi de mieux quand, en plus, le style est là ?
Je n'avais rien lu de JC Rufin et Check-point a été pour moi une belle découverte ... A moi Rouge Brésil et ses autres romans !
Merci à Eric B. pour ses conseils éclairés.
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Les singuliers d'Anne Percin

Ed. du Rouergue, coll. La Brune, 2014, 392 p., 22€
Une plongée sympathique dans le monde de la peinture, pendant les années de l’École de Pont-Aven.
Sous la forme d'un roman épistolaire, Anne Percin nous entraîne en 1888, pour un instantané artistique et culturel. Elle appuie sur le déclencheur, les visions s'enchaînent ...
Hugo Boch, de la riche famille belge Boch (ceux de "Villeroy et Boch" !), parti à Pont Aven dans la mouvance des artistes, s'interroge sur sa vocation de peintre. Il fait part de ses doutes à son ami Tobias et à sa cousine Hazel, eux mêmes peintres, qui lui répondent et pratique, en parallèle, une activité photographique innovante.
Au fil de ces échanges, on découvre les fortes personnalités de Gaugain, Sérisier, Bernard, Toulouse-Lautrec et l'influence sur tout ce monde de Van Gogh.
C'est aussi l'univers culturel de l'époque que l'auteure évoque : la construction de la tour Eiffel, les scandales aux salons officiels, l'opposition entre classicisme, impressionnisme et autres styles, l'émergence de la photographie comme expression artistique etc.
On réalise alors l'importance de Paris dans la vie culturelle internationale, son rayonnement à cette époque.
Passionnant et très documenté sans être, à aucun moment, ennuyeux. Style enlevé et même humour ...
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jeudi 7 mai 2015

Mingus de Keto Von Waberer

Ed. du Rouergue, coll. Epik, 2015, 313 p., 15,90€
Mingus, mi homme mi lion, robuste et intelligent, est le fruit d'une manipulation génétique. 
Il tue accidentellement son “père”, un savant génial et s'enfuit à la découverte d'un monde dont il était jusque là protégé, avec Nin, une jeune humaine. 
Au fil des rencontres, parfois amicales et parfois hostiles, il découvre une société effrayante où l'information est complètement manipulée, les inégalités sociales érigées en système, l'environnement sacrifié et les hommes, dégénérés, victimes d'allergies mortelles. 
Convoité par des rebelles, les Gaïanèses, puis par une secte religieuse, échappera-t-il au “Präsi”? Car le dictateur cloné entend bien l'utiliser comme "modèle", à son usage personnel. Or ce" modèle" pourrait bien être la dernière chance de survie pour l'espèce humaine dans son ensemble ... 
Une dystopie captivante au rythme et au style soutenus, un plaidoyer pour le respect de la nature et des libertés. 4e très bons lecteurs et bien au-delà.
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mardi 7 avril 2015

Mes clandestines de Sylvie Gracia

Jacqueline Chambon, Actes Sud, 2015, 270 p., 22€
Lire "Mes clandestines" a été pour moi un peu comme une longue et douce discussion avec une amie.
Comme si nous nous étions retrouvées, chez elle ou chez moi et que nous ayons évoqué, à bâtons rompus, les sujets qui nous trottent dans la tête.
A travers ces évocations de femmes, Sylvie Gracia nous parle de nous. Ce que nous vivons de l'enfance à la vieillesse, les épreuves, les joies, les malheurs, les rencontres. Vivre avec ce corps qu'on n'a pas choisi, devenir mère ou non, vivre avec ce que nos parents nous ont donné, vivre la tête haute, vivre la maladie ... Nous sommes toutes si semblables et si différentes par nos itinéraires de vie, tant de choses qu'on ne comprend pas en nous mêmes et dans les autres. Mais Tamina, Camille, Estelle, Clémence, Léa, Mathilde, la mère de l'auteure montrent toutes leur courage, leur ténacité, leur dévouement, leurs faiblesses aussi. Et leur mystère. Que savent les enfants de leur mère ? Que savent ils de ce qu'elle vit, de ses difficultés, de ce qu'elle a vécu avant leur naissance ? "Énigme absolue des mères". Et comment fait on pour vivre sans elles, lorsqu'elles sont parties ? On s'aide, on se parle, on communique et on partage : "Nous devons être des mères les unes pour les autres" dit un de ses personnages.
C'est un regard lucide et tendre que pose S. Gracia sur ces femmes rencontrées par hasard, croisées dans la rue, sur ces amies surgies au fil des échanges, sans acrimonie vis à vis des hommes. C'est aussi un regard sur elle même, elle qui ne triche pas avec l'écriture, qui se livre, courageuse et entière.
Un beau regard servi par un style palpitant de vie, au verbe précis, aux interrogations fortes et généreuses, qui fait souvent naître l'émotion.
Même si le roman est intimiste, la réalité du monde pointe souvent son nez, le réel de nos vies avec sa cohorte d'inégalités sociales, de guerres, de cruautés s'échappe par bouffées qui viennent enrichir le  texte. En cela, elle rejoint cette auteure qu'elle admire tant, Annie Ernaux.
Oui, "...peut-être qu'écrire permet de déposer la matière du temps et nous apprend à vivre." Lire nous apprend aussi à vivre. Force de la littérature.
Un vrai coup de cœur.

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lundi 6 avril 2015

Le livre de Perle de Timothée de Fombelle

Editions Gallimard, 2014, 296 p., 16€
Le livre de Perle est un roman sur lequel on surfe aisément, conduit par le très beau style de son auteur qui nous a déjà donné la belle série Toby Lolness et Vango.
Le jeune prince Ilian a été obligé de fuir "le Monde Imaginaire", celui où vivent les créatures sorties de l'imagination humaine, pour sauver sa vie : son frère, le roi, essaie de l'assassiner. Mais en abandonnant ce monde extraordinaire, il a laissé son amour, la sublime fée Olia.
Par un habile déplacement vers notre monde, il se retrouve à Paris, pendant l'entre deux guerres et il est recueilli par le couple Perle, de braves confiseurs sans enfant. Il devient alors Joshua Perle, celui qui ne peut parler du pays d'où il vient car il se cache perpétuellement. Le taciturne Joshua.
Que va-t-il lui arriver ? Oubliera-t-il son monde ? Oubliera-t-il Olia ?
Une histoire d'amour romantique à souhait qui mêle habilement poésie et histoire.
Pas d'âge pour ce beau roman mais il manque un petit quelque chose, peut être un peu d'inattendu ?
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samedi 4 avril 2015

Bonjour le monde ! de Catharina Valckx

L'école des loisirs, 2013, n.p, 24x19, 12,20€
Un joli petit album pour les 3/5 ans.
Nine et Mo le canard vont dire bonjour à leurs amis, le chêne du jardin, l'air sous le pont, la mer et ses poissons et, pour finir ... la cheminée de la maison !
Mais quelqu'un les suit de près, c'est une mouche de mauvaise humeur qui n'aime pas dire bonjour. Nine et Mo essaient de lui apprendre.
Une histoire courte qui correspond bien aux enfants, à leur goût pour les détails, qui les incitera à observer la nature qui les entoure, à apprécier les petites choses et à respecter les autres. Sans morale gnangnan.
Servi par un dessin stylisé mais compréhensible, des couleurs tendres et beaucoup de joie de vivre, on découvre un univers tout de douceur.
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dimanche 8 mars 2015

Le fils de Lois Lowry

Trad. F. Pressmann, 2014, 390 p., 19€
"Le fils" est la suite des romans "Le Passeur" (1994) qui eut un grand succès et "Messager".
Dans un monde totalement aseptisé, sans peur, sans stress, sans surprise, sans couleurs, sans sexualité et ... sans liberté, Jonas devient le passeur : il est le dépositaire des souvenirs des temps anciens où les hommes faisaient la guerre, modifiaient le climat, polluaient la terre. Mais ces souvenirs lui font justement prendre conscience de ce dont les hommes sont privés ... leur libre arbitre et il décide de fuir.
Dans "le fils", Claire, un personnage secondaire du "Passeur" part à la recherche d'un enfant qu'elle a eue alors qu'elle était "mère porteuse". Après son accouchement, cet enfant devait être confié à un "couple" mais Claire, étrangement, veut le revoir et part à sa recherche ... Cet enfant est justement Jonas, le passeur.
Tout l'intérêt du "Passeur" résidait dans la description de ce monde sous surveillance et du cheminement de Jonas vers la liberté. Dans "le fils", on est loin de la critique des sociétés totalitaires et l'intérêt du roman s'en trouve limité. Claire se réfugie dans une société un peu primitive et moins intéressante ... pour le lecteur !
Un bon roman, malgré tout.
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dimanche 15 février 2015

Le livre d'un été de Tove Jansson

Trad. Jeanne Gauffin, livre de poche, 1978, 166 p., 5,60€
Du suédois Tove Jansson, on connait en général la série des Moumines, livres pour enfants.
Tove Jansson nous donne là, en roman adulte, des instantanés de vie de Sophie qui débute la période tourmentée de l'adolescence et de sa grand-mère, parties toutes deux passer l'été sur une île solitaire du golfe de Finlande.
L'une, orpheline de mère, est au début de sa vie, l'autre arrive en fin mais garde de l'humour, de la générosité et beaucoup de fantaisie. Ainsi qu'une solide détermination à garder sa totale liberté, elle qui fut une pionnière du scoutisme féminin.
La perspicace grand-mère perçoit chez sa petite fille, la colère face à la mort de sa mère, son angoisse existentielle, ses interrogations sur la religion, sa peur de l'inconnu ... et l'aide à se construire, au quotidien, par sa présence et ses remarques. Sophie fait souvent preuve de méchanceté en exerçant son sens logique de façon implacable et sa grand-mère respecte cette construction du libre arbitre. Mais la petite fille sait aussi écouter la grand mère et la soutenir car l'affection est toujours là, aussi tendre que la nature environnante est sauvage.
De jolis moments, délicats et forts à la fois.
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vendredi 13 février 2015

Les sandales de Rama de Tristan Koëgel

Didier Jeunesse, 2014, 214 p., 14,20€
Nous voilà transportés au Népal ...
Upendra, vendeur de barbes à papa, à Katmandou, tombe fou amoureux de Satiya, une ancienne Kumari, ces petites filles considérées comme des déesses vivantes.
La famille de l'adolescent est de condition modeste, son père a été un "sirtar" réputé mais, tombé malade, il a du abandonner ses expéditions en haute montagne.
Upendra aimerait lui aussi devenir chef d'expédition mais pour le moment, il se contente de faire le guide pour les touristes, aidé de son ami Arjun, un dalit c'est à dire un pauvre, méprisé par tous.
Dans cette société basée sur les castes, comme en Inde, les parents de la jolie Satiya décident de la marier avec un bijoutier et celle-ci, après une courte opposition, accepte, alléchée par la richesse de son futur mari.
Upendra, en proie à une terrible déception, part sur les routes de son pays.
Une jolie histoire d'amour, prétexte à montrer une société inégalitaire où la pauvreté règne.
Une bonne sensibilisation aux inégalités sociales pour les ados.
Première de couverture peu engageante, c'est dommage.
A lire à partir de la 4e.
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lundi 5 janvier 2015

L'équipée malaise de Jean Echenoz

Les éditions de minuit, 1986, 251 p., 68F !
Prise d'un élan de reconnaissance pour Echenoz, qui m'a offert une lecture agréable dernièrement avec "Caprice de la reine", je suis remontée dans sa production littéraire jusqu'à ses débuts en 1986. Et j'ai emprunté "l'équipée malaise" à la bibliothèque de mon immeuble.
Avec cette équipée, on inhale une bouffée dense parfois étouffante d'aventure et de trafics ...
Histoire compliquée souvent humoristique, personnages forts, atypiques, sans scrupules, presque en marge et qui souhaitent le rester ... On les dirait comme à l'étroit dans la société, comme trop différents pour y trouver leur place.
Mais, pour moi, le principal intérêt de ce roman, qui décrocha le prix Médicis, réside ailleurs. J'ai retrouvé le style Echenoz, bien sûr, mais plus sophistiqué, plus emberlificoté, plus maniéré. Il m'a permis de mesurer, combien, au fil des années, il a sabré, éclairci, sacrifié l'inutile. Avec quel succès ! Il en arrive maintenant à l'épure, il fait mouche sans débauche de moyen. Du grand art.
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L'Équipée malaise

samedi 27 décembre 2014

Autour du monde de Laurent Mauvignier

Editions de Minuit, 2014, 19,50€
On passe de personnage en personnage, aux quatre coins du monde, avec pour seul lien le tsunami de mars 2011 au Japon. Belle illustration de la diversité humaine.
Hélas, pas pu lire ce roman, pas pu le finir, pas pu m'intéresser à ces histoires si courtes. Question de timing ... ce n'était pas le bon moment pour moi.

Le roman a été apprécié dans mon "entourage littéraire".



dimanche 14 décembre 2014

Caprice de la reine de Jean Echenoz

Les éditions de minuit, 2014, 121 p., 13€
Il faut aimer Jean Echenoz, pour sa concision, sa finesse, sa précision un peu trop méticuleuse, son sens de l'humour décalé.
Je l'aime pour tout cela et aussi pour quelque chose d'indéfinissable qui rend ses textes tellement humains. Peut être une touche de lassitude, de fatigue face à l'absurdité de la vie, à la complexité du monde tel qu'il va, aux relations avec les autres si difficiles. Nous partageons tous cette lassitude par moment, même s'il est bon qu'elle ne dure pas longtemps ...
 Il faut voir comment, dans la nouvelle "caprice de la reine" il accumule les détails, infimes, pour bien nous rappeler que dans la vie, il y a tellement plus de petites choses insignifiantes que de grands évènements ou de grands sentiments ou de grandes satisfactions !
Et il nous mène par le bout du nez, comme le font tous les auteurs dont le métier consiste en cela même (c'est d'ailleurs le sens de sa nouvelle A Babylone, celle que j'ai préférée), pour nous amener à une chute pleine de dérision et de philosophie.
On sourit souvent en lisant ce recueil de 7 nouvelles à l'humour distancié. Un bonbon.
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vendredi 5 décembre 2014

La guerre d'Alan d'Emmanuel Guibert

L'Association, 2013, 28€, 298 p., noir et blanc
Quand on  lit "la guerre d'Alan " et "l'enfance d'Alan", c'est un "roman graphique" qu'on découvre ... Avis aux amateurs ou aux lecteurs qui n'en ont jamais lu, commencer par celui là permet d'aborder ce genre par la voie royale.
Au fil des deux tomes de BD en forme d'autobiographie, Alan Ingram Cope raconte les évènements importants qui ont marqué sa vie et aussi les anecdotes qui ont façonné son esprit d'enfant et l'ont construit. Comme dans un roman, on voit le personnage s'esquisser à petites touches, au gré des moments forts de son histoire, notamment la guerre de 39-45. Tandis que le temps passe inexorablement. Comme dans un roman, il y a des moments chargés d'émotion, humoristiques ou philosophiques. On a parfois l'impression qu'Alan entrouvre délicatement une porte sur lui même et nous permet de mieux le connaitre ... Délicieux et émouvant.
L'auteur des deux tomes, Emmanuel Guibert, a un jour rencontré Alan dans les rues de l'île de Ré, en lui demandant son chemin et, comme il dit, "une amitié nous est tombée dessus". Alan, l'américain amoureux de la France, a raconté tout plein d'anecdotes sur sa vie à Emmanuel et l'idée a germé de faire un livre ensemble ...
Difficile de résumer une vie !  Difficile de résumer une amitié ! Difficile de résumer ces deux très beaux albums !
Ils dégagent une grande humanité, beaucoup de modestie et de générosité et de la poésie à travers les illustrations. Les choses très simples de la vie côtoient les grands principes qui font les hommes ... et leur confèrent leur dignité.
Les 2 tomes révèlent aussi, en creux, la finesse, la sensibilité et la capacité d'Emmanuel Guibert à saisir les sentiments et à les transcrire.
A lire, absolument, un vrai bonheur !
Merci à mes enfants qui me l'ont fait découvrir.
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lundi 1 décembre 2014

Nageur de rivière de Jim Harrison

Trad. Brice Matthieussent, Flammarion, 2014, 256 p., 19,90€
Deux histoires se suivent, deux américains en sont les héros, l'un au début de sa vie, l'autre vers la fin.
Tous deux vivent ou ont vécu à la campagne et ils se sont construits avec la nature environnante.
Dans le premier récit, Au pays du sans-pareil, Clive, expert en art/professeur d'université, revient sur les lieux de sa jeunesse et redécouvre avec bonheur, grâce à un environnement calme et champêtre, les plaisirs simples.
Dans le deuxième récit, Nageur de rivière, Thad, nageur passionné qui veut devenir hydrologue, ne réussit pas à s'éloigner de sa campagne natale.
La nature fait partie intégrante de leur identité ; la flore, la faune et les humains qui y vivent leur sont, finalement, indispensables.
C'est de l'identité américaine qu'il s'agit et on sait combien les américains aiment leurs grands espaces somptueux, leur nature omniprésente ...
Un roman très humain mais qui ne m'a pas "embarquée", hélas. Peut être parce que certaines considérations m'ont paru bien rebattues, telles que la vacuité de la vie moderne ou la dureté des relations humaines en ville ...
Pour les inconditionnels de Jim Harrison, et il y en a beaucoup !
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vendredi 14 novembre 2014

Réparer les vivants de Maylis de Kérangal

Ed. Verticales, Gallimard, 2014, 280 p., 18,90€
On aime ou on n'aime pas Maylis de Kérangal, son style qui va droit au cœur, qui prend les tripes, qui vous transporte, vous brusque et vous chamboule. Ses phrases au présent, courtes, hachées ou parfois s'étirant sur plusieurs lignes, soufflant le chaud, soufflant le froid !
Mais il faut reconnaitre qu'elle sait, comme nulle autre, vous faire sentir l'urgence des situations, la force des sentiments et la cruauté de la vie. En lisant ses romans, on se sent ... vivant.
Et justement, ça tombe bien car le thème de "Réparer les vivants" est la transplantation d'organes, du problème moral et affectif en passant par l'organisation technique jusqu'à l'intervention elle même. Et là encore, l'auteur vous communique la passion de ses personnages, leur rage, leur envie de réussir, leur fatigue aussi.
Au delà de l'aspect très documenté qui montre combien chaque minute compte pour la vie, on n'est plus tout à fait le même lorsqu'on a fini ce roman : on a souffert avec la famille du donneur, souffert avec le receveur, espéré avec les techniciens, les médecins, les infirmiers. Ouf ! C'est fini et tout est à sa place à la page 280.
On est bien peu de chose et surtout, surtout on dépend tellement des autres ... Une belle chaine de la solidarité où chacun laisse ses  problèmes de côté pour sauver une vie. Très beau, très émouvant.
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jeudi 9 octobre 2014

Les autodafeurs, tome 2, Ma soeur est une artiste de guerre de Marine Carteron

Ed. du Rouergue, 372 p., 2014, 14,90€
Une suite pleine d'allant et de panache au tome 1 !
Gus et Césarine nous entraînent dans une avalanche d'aventures et ne nous laissent aucun répi !
Les personnages s'étoffent, les deux héros décident de devenir pleinement acteurs de leur vie ... qui se complexifie nettement et le procédé comique, déjà utilisé dans le tome 1, joue à fond pour dédramatiser des situations parfois très dangereuses.
Césarine prend tout au pied de la lettre, pas de sens figuré pour elle, pas de sentiments gnangnans, pas de conventions sociales superflues, seulement une logique implacable et un raisonnement carré. Ce décalage avec son entourage fait naitre quelques quiproquos hilarants et son personnage se positionne petit à petit au centre du récit.
Pour résumer : action débridée et humour fin. Et toujours une lutte sans merci contre les élitistes de la culture qui montent une sombre machination pour devenir les maitres du monde et posséder les sources d'information.
Du nanan, à déguster sans modération ... Vivement le tome 3.
A avoir en CDI, bien sûr !!!!
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