Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

mardi 22 septembre 2020

Romy et Julius de Marine Carteron et Coline Pierré

Éditions du Rouergue, coll. doado, 2020, 380 p.
J'ai bien aimé cette jolie histoire d'amour, calquée sur Roméo et Juliette. En moins dramatique, en plus humoristique et en lien avec la protection des animaux.
Bien qu'il me semble plus urgent de parler de la protection des humains (il y a tellement à faire dans le monde entier !!!), le thème passe bien car il n'est pas traité de façon gnangnan mais plutôt réaliste et entraîne à faire un parallèle avec d'autres thèmes qui opposent actuellement les citoyens.
Entre Romy alias Juliette fille du boucher du village et Julius alias Roméo, de famille écolo et végan, l'amour nait très vite. Le vrai, qui vous chamboule le corps et vous donne sueurs chaudes et froides quand on a 14 ans ...
Mais tout les oppose (bien sûr) : Romy appartient à une famille implantée depuis longtemps dans le village alors que Julius fait parti des "nouveaux arrivés" (de la ville), elle va dans le lycée privé traditionnel, il va au lycée public etc.
Dans la population l'opposition entre les 2 clans prend de l'ampleur jusqu'à un face à face dangereux et violent.
L'amour sera-t-il le plus fort ? Les villageois des 2 bords retrouveront ils le sens commun ?
Tolérance et respect de l'autre gagneront ils la population ?
Une lecture bien agréable où on retrouve l'humour irrésistible de Marine Carteron, auteure des fameuses séries  les Autodafeurs et Génération K.
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Romy et Julius | rouergue


Un nom de torero, de Luis Sepulveda

coll. Points, Métailié, 1994, 184 p.
Regretté Luis Sepulveda ! Parfois désenchanté mais toujours plein d'humanité avec ses personnages. Surtout avec les gentils ;o)
Un petit polar qui n'en est pas tout à fait un, un hymne à la solidarité des pauvres et à la résistance aux riches sans conscience, à ceux que seul l'argent et l'intérêt motivent.


 Les 63 pièces d’or de la collection du Croissant de Lune Errant ont été volées par les nazis puis dérobées par deux soldats déserteurs de l'armée allemande. Après quarante ans de sommeil, à la chute du mur de Berlin, elles réapparaissent en Patagonie et la course-poursuite commence entre la Lloyd Hanséatique, les anciens agents de la Stasi et les déserteurs réinsérés dans la vie normale.
Juan Belmonte, ancien guérillero chilien exilé à Hambourg, est contacté par un suisse en fauteuil roulant qui l'oblige à travailler pour la Lloyd Hanséatique. Juan doit retrouver la trace de son propre ennemi intime, Frank Galinsky qui travaillait pour les services secrets de RDA et les a trahis, ses compagnons et lui. Et en suivant Franck Galinsy, empêcher les anciens agents de la STASI de récupérer les pièces d'or. 

Or, Juan a besoin d'argent pour payer le traitement de Véronica, son grand amour, qui fut torturée par la junte de Pinochet et reste mutique ...


Le roman où Sepulveda a mis le plus de lui même, où il évoque le racisme des fascistes allemands et ses conditions de vie en Allemagne,  où il parle du Chili avec amour et respect pour ceux qui sont restés dans leur pays, fidèles à leurs idées de gauche.
Humour, générosité, engagement, un petit bijou. Coup de cœur.
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 Un nom de torero - Luis Sepúlveda - Babelio


dimanche 26 juillet 2020

Alger, capitale de la révolution, de Fanon aux Black Panthers d'Elaine Mokhtefi

Editions Barzakh, 2019, 279 p., 800 DA

Quelle belle vie bien remplie que celle d'Elaine Mokhtefi !!!!
Née en 1928, dans la banlieue de New York, elle subit toute jeune l'antisémitisme qui va la sensibiliser aux problèmes du racisme, sous toutes ses formes. Sa mère était très opposée à la ségrégation et ne manquait jamais une occasion de se montrer critique face aux manifestations de racisme.
Ses parents sont restés pauvres toute leur vie mais elle a pu faire des études et, animée par la curiosité de découvrir le monde, elle part à Paris dans l'immédiat après guerre et y vit de petits travaux. Son credo est celui des progressistes de l'époque : pacifisme, anti racisme et liberté. Puis elle suit une formation à l'espagnol et à la traduction et y rencontre des républicains espagnols ainsi que des exilés  d'Amérique Latine. Sa formation politique commence !
La manifestation du 1er mai 1952 à Paris est une révélation pour elle : au pays des droits de l'homme, les Algériens sont des sous citoyens, ils doivent même manifester à part (cela sera changé l'année suivante par la CGT, heureusement).
Elle s'engage du côté du FLN et met à son service ses talents d'interprète et traductrice.
En 1962, la guerre finie, elle part en Algérie ; beaucoup d'étrangers y affluent à ce moment là pour aider ce jeune pays indépendant qui compte très peu de diplômés.
Une période d'ébullition révolutionnaire commence. Alger accueille des représentants de tous les mouvements de libération nationale et des représentants de mouvements anti dictatoriaux d'Amérique Latine (guerilleros, vietcongs, palestiniens ...). Une quinzaine d'années où Elaine va travailler comme interprète, journaliste et traductrice.
Elle rencontrera Franz Fanon lors d'une mission au Ghana, Fidel Castro, Simone de Beauvoir et JP. Sartre, de nombreuses personnalités politiques et aussi le charismatique responsable des Black Panthers en exil Elridge Cleaver.
En 1969 elle organise le festival culturel panafricain auquel de grands noms de la musique participent : Archie Shepp, Myriam Makeba, Nina Simone ...
Et elle rencontre son grand amour : Mokhtar Mokhtefi qu'elle n'épousera jamais !
Expulsée d'Algérie en 1974, parce que victime collatérale des tensions entre Boumediène et Ben Bella, elle restera en France pendant 44 ans avant de pouvoir retourner dans ce pays qu'elle aime tant.
Sacrée bonne femme, sacrée personnalité, qui semble si douce lors de ses interviews mais qui a montré tant de détermination, d'engagement et d'indépendance durant toute sa vie ainsi qu'une fidélité à ses idées à toute épreuve.
La biographie passionnante d'une femme hors du commun.
Merci à Anne R., du Corbusier, qui me l'a prêté (sans me demander mon avis), quelle bonne idée elle a eue;o))
Pour aller plus loin : https://www.youtube.com/watch?v=ele7JDAqkQc
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Amazon.fr - Alger, capitale de la révolution: De Fanon aux Black ...
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Amazonia de Patrick Deville

coll. Fiction et cie, Seuil, 2019
Pas réussi à lire cet ouvrage ... Moi, j'ai besoin d'une histoire, de héros, de péripéties et rien de tout cela ! Amazonia regorge de citations, de références, de connaissances sur l'Amazonie, en fait voilà un savant assemblage de documentation pour les passionnés, avec en toile de fond lointaine (du moins au début puisque je n'ai lu que les premières pages) une relation père/fils laconique.
Erreur de casting, donc ;o(

Amazonia - Patrick Deville - Babelio

mercredi 28 août 2019

Le royaume de Pierre d'Angle de Pascale Quiviger

tome 1, L'art du naufrage, Rouergue, coll. épik, 2019, 482 p. , 16€90
Un petit régal !
Beaucoup d'action, de beaux personnages, des héros et des méchants, un style fluide et des thèmes intéressants.
Ce premier tome prometteur met en place le monde de Pierre d'Angle, un monde qui semble appartenir au Moyen-Age, un monde où pointent la magie mais aussi les inégalités sociales, les injustices, la guerre et les conflits d'intérêt. Bref, un monde qui ressemble diablement à notre monde actuel. Il faut croire qu'il reste encore des progrès à faire depuis le Moyen-Age ...
Et puis il y a le personnage d'Ema, une étrangère qui vient d'une île aux conditions de vie terrible d'où elle échappe un jour à sa condition d'esclave. Passagère clandestine sur le bateau du Prince Thibault, elle va se surpasser pour se faire accepter et montrer des qualités exceptionnelles.
Un très beau personnage qui nous rappelle que les réfugiés qui arrivent à nos portes peuvent nous aider bien plus que ce que nous pensons et sont eux aussi porteurs de progrès.
 Il est bon de le rappeler !
Les héros ne se ressemblent pas tous, certains se révèlent dans l'action et la nécessité quand d'autres ont tout de suite montré leurs qualités. Mais tous se surpassent pour l'intérêt commun, s’entraident et se soutiennent.
Une bien belle base de réflexion pour les ados.
Bientôt la suite ...
Très belle couverture !
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Un si beau diplôme de Scholastique Mukasonga

2018, Gallimard, 185 p., 18€
Encore un beau témoignage de l'autrice (mince, ça m'énerve d'utiliser ce terme auquel je préfère mille fois auteure qui, parait il, ne correspond pas à la morphologie de la langue ; on dit acteur/actrice donc auteur/autrice ... Pfou !!!!).
Après son enfance au Rwanda, elle raconte maintenant son itinéraire de jeune femme. Ses parents pressentant l'arrivée prochaine de violences terribles contre les tutsis, envoient Scholastique étudier au Burundi. Elle a décidé de devenir assistante sociale mais va devoir se battre avec opiniâtreté pour parvenir à ses fins.
Études brillantes dans un établissement religieux où les tutsis pauvres sont bien mal considérés, internat sinistre sans personne pour l'accueillir pendant les vacances, impossibilité d'exercer ensuite au Burundi, solitude et mépris constituent le lot quotidien de cette exilée douée.
Enfin un diplomate hollandais l'emploiera puis suivront d'autres jobs pour des ONG jusqu'à l'arrivée en France (avec son mari français), l'eldorado ... où elle devra reprendre entièrement ses études pour obtenir ENFIN "un si beau diplôme", celui qui lui permettra d'exercer son métier.
Il faut lire les romans de S. Mukasonga, marqués par l'amour de son pays le Rwanda, par le souvenir des terribles évènements qui entraînèrent la mort de toute sa famille et par le goût des détails de la vie quotidienne. Un mélange dont se dégagent mélancolie et combativité à la fois, illustrant une personnalité hors du commun.
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Jours sans faim de Delphine De Vigan

Un petit livre de poche de seulement 124 p., pour lequel l'autrice a visiblement largement puisé dans son propre vécu, même si les noms ont été changés.
 Pudeur, retenue mais aussi violence des mots, cruauté des propos et des descriptions nous rappellent que nous vivons dans un monde dur où il ne fait pas bon être différent, trop sensible ou mal entouré par son milieu familial. L'anorexie est un lourd tribut aux douleurs de vivre. Terrible maladie contre laquelle le combat est rude.
Ce premier roman, publié en 2001, laissait déjà palpiter tout l'univers de D. De Vigan, sa délicatesse, sa franchise, son audace et sa chaleur humaine. A mettre en relation avec "Rien ne s'oppose à la nuit" dans une construction autobiographique.
Un très court mais très émouvant moment de lecture où les mots sonnent justes.
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 Jours sans faim

La guerre des pauvres d'Eric Vuillard

Actes Sud, coll. un endroit où aller, 2019, 68 p.
Ce n'est pas un roman mais un "récit", il est nécessaire de le préciser sinon la concision du texte qui s'attache surtout aux faits pourrait décevoir. Hélas, il ne reste que peu de témoignages sur un pan d'histoire que les vainqueurs se sont empressé de jeter aux oubliettes ...
En 68 pages, il faut concentrer sa pensée et savoir exactement où amener celui qui lit. De ce point de vue, l'objectif est parfaitement atteint et cet ouvrage une réussite.
Eric Vuillard nous fait découvrir la guerre des paysans en Allemagne au 16e siècle, initiée par Thomas Müntzer, fils de paysan et devenu prédicateur à Zwickau car il aimait lire et réfléchir.
Müntzer eut le tort de penser que tous les hommes étaient égaux et libres aux yeux de Dieu, qu'il n'y avait pas d'intermédiaire entre Lui et les hommes, que l'on pouvait dire la messe en allemand et non en latin et qu'il était bon que les nobles et les riches se conforment aussi à la loi divine. Ces derniers ne le lui pardonnèrent pas, ils exterminèrent des villages entiers et torturèrent et tuèrent Thomas, finissant par empaler sa tête sur une pique. Ils avaient le sens de l'exemple !
 Il y eut d'autres soulèvements populaires au 16e siècle et par la suite, tous réprimés dans le sang avec férocité, bien entendu, y compris au Pays Bas et en Angleterre.
Le parallèle avec les gilets jaunes semble clair, de tous temps eurent lieu des soulèvements populaires, souvent violents car "Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs" ... Et la répression s'exerce toujours.
Et puis il y a de très beaux passages, au style éblouissant. Sur la mort de Thomas coururent toutes sortes de rumeurs, il aurait renié ses idées notamment. Voilà ce qu'en dit l'auteur :
"Ces légendes scélérates ne viennent courber la tête des renégats qu'au moment où leur est retirée la parole. Elles ne sont destinées qu'à faire tinter en nous la voix qui nous tourmente, la voix de l'ordre, à laquelle nous sommes au fond si attachés que nous cédons à ses mystères et lui livrons nos vies".
Passionnant.
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Les gratitudes de Delphine de Vigan

JC Lattès, 2019, 172 p., 17€
Delphine de Vigan, je l'ai peut être déjà dit sur ce blog, fait parti des auteurs, peu nombreux, qui savent délicatement faire naitre l'émotion et remercions la mille fois pour cela.
Peut être y arrive-t-elle tout simplement parce qu'elle aime profondément ses personnages, peut être parce que son style simple ne triche pas avec les sentiments, peut être parce qu'elle sait que le moteur de nos relations aux autres réside dans cette sensibilité et cette empathie. Cela ne plait pas à tout le monde, certains y trouvent de la facilité et préfèrent des textes plus durs. Moi je marche !!!!

Michka commence à souffrir de troubles neurologiques, les mots manquent parfois tant à cette ancienne journaliste qu'elle en devient parfois confuse. Quand le parfois se transforme en souvent puis à chaque phrase, l'entrée en EHPAD devient indispensable.
Marie est là, auprès d'elle ... Enfant elle allait se réfugier chez Michka quand sa mère disparaissait plusieurs jours ou n'était pas en état de s'occuper d'elle. Une complicité est née entre toutes les deux, une complicité qui n'a jamais cessé depuis.
Marie vient souvent voir Michka, sa façon à elle de la remercier pour l'aide qu'elle lui a apporté quand elle était enfant.
Mais Michka elle aussi doit remercier quelqu'un et maintenant cela urge, elle doit le faire avant de ne plus en être capable ...

Dans ce roman, on lit de belles phrases comme "Vieillir c'est apprendre à perdre" qui a beaucoup plu à ma mère, 90 ans cette année.

Un texte au plus près de son personnage principal, qui parlera aux plus de 60 ans, aujourd'hui déjà nombreux dans notre population.
Je lui donne un prix littéraire, le prix de l'humanité !
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La nouvelle de Cassandra O'Donnell et Les inoubliables de Fanny Chartres

L'un raconte l'arrivée au collège d'une jeune syrienne, l'autre l'entrée au lycée d'un groupe d'élèves étrangers (EANA).
Tous enfants “allophones” aux pays d'origine différents. Les deux romans décrivent la même nostalgie du pays quitté, la solitude et la souffrance qui guettent celui qui parle peu français, l'incompréhension face aux différences d'habitudes, de nourriture et l'hyper sensibilité à l'attitude des autres.
Alors que les lycéens des Inoubliables forment petit à petit un groupe soudé et solidaire, la jeune syrienne de La nouvelle va rencontrer l'amitié du jeune Gabriel qui l'aidera au quotidien.
Mais aucun n'oubliera que “celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va” …
A avoir en CDI de collège.
La nouvelle, C. O'Donnell, Flammarion Jeunesse, 2019
Les inoubliables, F. Chartres, Ecole des Loisirs, 2019

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