Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

samedi 19 août 2017

Le gang des rêves de Luca Di Fulvio

trad. Elsa Damien, Slatkine et Cie, 2016, 715 p.
L'histoire de Christmas, enfant du Lower East Side populaire de la fin du 19e siècle aux Etats Unis, commence avec celle de sa mère, Cetta. Malgré la protection de sa propre mère, Cetta qui est très jolie, se fait violer par un riche propriétaire terrien. Enceinte, elle doit quitter l'Italie et s'exiler pour éviter la honte. Elle débarque à New York en suivant l'itinéraire habituel des immigrants. Recrutée pour un bordel, elle est logée avec son enfant chez un vieux couple dont le fils a été assassiné. Saul, responsable du lieu où elle travaille et secrètement amoureux d'elle, ainsi que le vieux couple prennent soin de la très jeune mère et de Christmas qui grandira dans une vraie famille, entouré d'affection. Un jour, il découvre dans la rue une jeune fille, Ruth, qui vient d'être violée et tabassée et l'aide. Cetta explique à sa façon à son fils qu'il faut respecter les femmes ... Une relation difficile mais empreinte d'affection nait entre Ruth, fille d'une riche famille et Christmas.
Au fil des années, Christmas développe sa vive intelligence et fait montre de qualités de débrouillardise exceptionnelles mais aussi d'un don pour inventer et raconter des histoires. Devenu adolescent, il doit choisir sa voie : celle de la rue et des gangsters parmi lesquels il vit ou celle de l'honnêteté et d'une vie avec Ruth ?
Le lecteur se laisse emporter par ce récit mouvementé où tous les ingrédients nécessaires sont rassemblés pour une belle  histoire romantique sur fond de réalité sociale et de racisme anti noir, un amour entre une jeune fille riche et un jeune des bas fonds au cœur généreux ... Mais hélas, trop de dénouements convenus, déjà vus, attendus et une psychologie un peu superficielle gâchent le plaisir de la lecture. Si on finit le roman sans problème, on en connait à l'avance la chute et c'est sans surprise que tout se déroule sous les yeux du lecteur.
Visiblement écrites pour servir de scénario de film, les scènes se déroulent comme un long fleuve trop tranquille ... on est loin du magnifique "Il était une fois l'Amérique" de Sergio Leone, de sa profondeur humaine et du beau personnage de Noodle, joué par un Robert De Niro à la personnalité complexe.
Paradoxalement, l'élément le plus intéressant du roman reste la naissance d'une radio libre dans un quartier de noirs pauvres. Ces derniers vivent comme une revanche cette réalisation pleine de fantaisie et de génie technique grâce aux moyens du bord. Il nous rappelle qu'il y eut une période où les médias n'envahissaient pas encore notre quotidien. Bien sur, la radio sera rachetée par un grand groupe, réalisme oblige.
Dommage, il ne manquait pas grand chose. Reste le plaisir de se laisser aller à une lecture aux idées généreuses sinon originales, qui ne demande pas trop d'analyse et vous embarque quand même !
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Electre à la Havane de Leonardo Padura

trad. René Solis et Mara Hernandez, Ed. Métailié, 2003, 230 p., 9€
Leonardo Padura a écrit le premier roman policier cubain qui montrait la réalité de la vie quotidienne des cubains, les difficultés et les trafics, le manque de liberté, l'existence des privilégiés du régime, le machisme et l'homophobie ambiante. D'autres auteurs ont ensuite exploité le filon ...
On a déjà vu des héros de polar désenchantés, portés sur la boisson, sur le sexe mais au grand cœur et fidèles en amitié ... mais Padura décrit précisément, avec humanité, ce que vit le héros.
Un témoignage précieux, sincère, d'un moment dans l'histoire de Cuba.
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Kinderzimmer de Valentine Goby

Une découverte ! A l'occasion d'Automne en librairie, j'ai rencontré V. Goby, invitée à la librairie Imbernon, au Corbusier, pour une table ronde.
Je n'avais rien lu d'elle qui a pourtant déjà écrit 9 romans et récits adultes et encore bien plus en jeunesse.
Rencontre intéressante où l'auteure s'est livrée, simplement, sans affectation. Une femme de conviction, chacun de ses romans traite un thème qui lui tient à cœur.
La Kinderzimmer est la pouponnière qui a existé brièvement au sein du camp de concentration de Ravensbrück. Au début, les nazis avortaient les femmes et tuaient les nouveaux nés. Puis, on ne sait exactement pourquoi, cette pouponnière fut créée. Elle exista de mi 44 à la libération du camp. Les bébés ne dépassaient pas 3 mois, ils mouraient de faim car les mères n'avaient pas de lait, ils mouraient aussi de froid et du manque d'hygiène.
Mila, personnage imaginaire, arrive en 44 à Ravensbrück, une déportée NN, arrêtée pour résistance, enceinte. Mais une femme l'avertit : il ne faut jamais aller au revier (hopital du camp) car on y meurt, il n'y a pas de médicaments, on y attrape toutes les maladies qui trainent et les nazis vous achèvent facilement. Il ne faut pas se déclarer enceinte car, si momentanément cela donne droit à une gamelle de soupe claire supplémentaire, on attire l'attention et la moindre faiblesse est synonyme de mort.
Mila ne dit rien, à personne.
La description de l'arrivée au camp, de la vie quotidienne, des souffrances corporelles, la faim, les blessures, le froid, l'appel matinal, les humiliations, la peur est scrupuleuse. Tout passe par le corps, le corps est ce que nous avons en commun, on souffre des mêmes maux, on ressent les mêmes choses, c'est ce que tous les êtres humains ont en commun. Puis vient l'âme ... seulement après.
Valentine Goby a mené des recherches très poussées pendant plusieurs années, elle a recueilli les témoignages de Marie-José Chombard de Lauwe qui avait été affectée à la Kinderzimmer et d'autres déportées de Ravensbrück. Des combattantes, des résistantes dans l'âme comme elle les décrit. Mais elle a choisi de montrer des femmes non des héroïnes, des femmes avec leurs faiblesses, leur découragement, leur recherche d'une raison de vivre dans un lieu où tout était fait pour les supprimer.
On est loin de Germaine Tillion, de Geneviève De Gaulle ... mais les petits gestes de solidarité et le soutien moral entre femmes sont là ; dans le dénuement total, le récit est illuminé par la capacité à rêver, à se rappeler des belles choses du passé,  des gens aimés et des recettes de cuisine ... 
Et le résultat est formidable, réaliste, poignant. Porté par un style simple mais inspiré, partant du ressenti, entièrement au présent, le roman aide à comprendre comment ont vécu toutes ces femmes. 
La récompense pour l'auteure ? Hormis le succès du roman, ce fut la réaction de Marie-José Chombard de Lauwe à qui elle a donné le manuscrit dès qu'elle l'a achevé. Avec angoisse elle attendait son avis : la résistante a lu le texte 3 fois, un crayon à la main et n'a finalement fait qu'une annotation ... pour préciser une date !
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D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds de Jon Kalman Stefansson

Trad E. Boury, Gallimard, 2015, 22€50, 442 p.
Un roman à deux voix, celle d'Ari et celle de son meilleur ami.
Ari a une maitresse, il vit sa crise existentielle de milieu de vie et décide de tout quitter, femme, enfant, maison.
C'est vers son pays d'origine, l'Islande, que cet éditeur réputé va chercher le réconfort. Dans les souvenirs familiaux, intimement liés à l'histoire de son pays.
Très beau roman, aux nombreux passages philosophiques mais aussi engagés dans la dénonciation d'un capitalisme qui broie les êtres humains, pêcheurs de métier et travailleurs des usines de poissons.
Le mélange très imbriqué des sentiments, des réflexions sur la vie et les relations humaines avec les conditions de vie et l'évolution de la société islandaise rendent le texte très vivant.
De très belles descriptions de la nature hostile évoquent les séries tv nordiques à l'ambiance pesante et parfois angoissante.
Des sentiments et une réflexion universels du plus grand auteur islandais en vie.
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La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

Trad. JP Carasso, coll 10/18, 477 p.
Un gros roman débridé, aux personnages caricaturaux et petits, tout petits, au héros qui, bien que complètement fou, retombe toujours sur ses pattes et se sort de toutes les situations ... Prétexte à une critique acerbe des USA et du comportement humain en général. Faut avoir (et garder) le moral pour le lire !
Je ne l'ai pas fini, trop dense, trop débridé pour moi, mais il y a des passages rigolos car totalement farfelus.
L'auteur s'est suicidé après l'avoir écrit. Ironie du sort, le livre, dès qu'il a été publié, a rencontré un immense succès dans son pays.

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Sept histoires qui reviennent de loin de Jean-Christophe Rufin

Gallimard, 2011, 163 p., 16,50€
Un beau recueil de nouvelles où l'auteur déploie son savoir faire.
Chacune a une vraie chute, il y a les comiques et les grinçantes, les tragiques, les délicates, celles qui pointent l'absurdité des passions humaines, l'inconstance des hommes, leur fanatisme ... Ces nouvelles recèlent un concentré de l'âme humaine en quelque sorte, comme si d'un tube de dentifrice sortait l'essence de ce que nous sommes avec le meilleur et le pire !
Et le beau style de Rufin, élégant et efficace.
A lire pour un bon moment de lecture intelligente et humaniste.
Publié en poche.
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Une histoire de sable de Benjamin Desmares

Ed. du Rouergue, 2016, 133 p., 10,70€
Un joli roman plein de charme qui vous embarque tambour battant, vous captive et ne vous lâche
pas !
Qui irait passer les vacances de février dans une station balnéaire déserte ? Les parents de Jeanne, en recherche de calme pour travailler, ont loué une maison banale et kitsch. Mais quand on a 16 ans, on a plutôt envie de voir des ados et de s'amuser. Jeanne rencontre heureusement Alain qui a son âge et son petit frère Bruno. Avec eux, elle va passer de bons moments de rigolade mais va se rendre compte peu à peu de l'étrangeté de leur situation ...
Le roman lie problème d'environnement côtier et jolie histoire d'amour dans une ambiance fantastique, du vrai fantastique, celui où le réel dérape sans explication, où la nature ajoute sa touche inquiétante, où l'imagination se libère ... Le portrait psychologique de l'héroïne est plein de réalisme et les adolescentes pourront s'identifier sans mal ! Bougon, impulsive, peu sure d'elle et en même temps avide d'amour romantique et généreuse. Tout un programme ...
B. Desmares sait faire naître l'émotion, juste ce qu'il faut pour nous donner les larmes aux yeux sans être gnangnan.
Une réussite.
Un roman à avoir en CDI pour les lecteurs de 13 à ...
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Le charme discret de l'intestin de Giulia Enders

Trad. Isabelle Liber, Actes Sud, 2015, 350 p., 21,80€
Une vulgarisation, dans le bons sens du terme, de ce que l'on sait actuellement sur le système digestif et les intestins, en particulier sur le gros intestin.
G. Enders fait le point sur un domaine qui, jusque là peu exploré, est investi de plus en plus par les chercheurs. Elle nous montre combien la mécanique de notre digestion est complexe et complète, combien elle influe sur tout notre corps et notre comportement.
Et réhabilite cet organe qui contient "autant de neurones" qu'un cerveau de chat tant est si bien qu'on l'appelle maintenant "notre deuxième cerveau", titre d'un documentaire diffusé sur Arte qui a donné lieu à la parution d'un essai très intéressant aussi (Le ventre, notre deuxième cerveau, Fabrice Papillon, Héloise Rambert, Ed. Tallandier).
Mais elle ne s'arrête pas là et prodigue un certain nombre de précieux conseils d'hygiène de vie.
Intelligence, précision et humour. Un bon cocktail.
A lire absolument si vous vous intéressez au sujet.
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Le dernier amour d'Attila Kiss de Julia Kerninon

Ed. du Rouergue, coll. La brune, 2016, 123 p., 13,80€
Attila Kiss n'est pas recommandable et il n'est pas sympathique. Il a épousé par amour sa femme Alma et par contre-coup, les activités louches de son beau-père. Lui, le pauvre, est devenu homme de main, il accomplit toutes les basses œuvres, avec quelques états d'âme.
Lorsqu'il n'est plus amoureux de sa femme stérile, il prend une maitresse dont il a 2 enfants. Après avoir détourné de l'argent, il est obligé de s'enfuir de Budapest et abandonne lâchement tout le
monde ...
Pour échouer dans une région aride et travailler dans une terrible usine d'élevage de poussins. Et se mettre à la peinture. Et retomber passionnément amoureux d'une riche héritière qu'il peine à comprendre. Son amour fou se heurte à la haine de classe, sa fascination pour sa jeunesse s'oppose au mépris pour sa méconnaissance des difficultés du quotidien, sa lassitude au caractère passionnée de son amante. Lequel sera le plus fort ?
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Lucy in the sky de Pete Fromm

trad. Laurent Bury, Gallmeister, 2015, 385 p., 24€
Comment se construire au moment de l'adolescence lorsqu'on a des parents défaillants ?
Lucy Diamonds, 14 ans, découvre au fil des jours que son père s'absente en permanence et que sa mère tente de l'oublier auprès d'autres hommes. Sévère déconvenue pour une enfant qui adorait ses parents ...
Il lui faudra du temps pour trouver sa propre voie, comprendre que la vie des adultes file à toute allure sur des pentes glissantes et incertaines et que sa propre vie lui échappe parfois. Mais la blessure de l'enfance livrée à elle même restera profondément enfouie en elle tandis qu'elle devra se débrouiller et trouver des solutions toute seule.
Le roman de la jeunesse d'aujourd'hui, le roman des parents écartelés entre leurs responsabilités et le désir de vivre une vie libre et enrichissante pour eux mêmes. Souvent au détriment de leurs enfants.
Beaucoup d'humour et de vivacité pour un récit qui met parfois mal à l'aise mais est criant de vérité.
Le tableau d'une époque.
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L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Trad. Elsa Damien, Gallimard, coll. du monde entier, 2014, 388 p.
Nul ne sait qui se cache derrière le pseudonyme d'Elena Ferrante, femme ou homme, jeune ou âgé(e), citadin(e) ou campagnard(e) ... Seul son éditeur connait cet écrivain prolifique dont l’œuvre s'étale maintenant sur 4 tomes relatant l'histoire d'une amitié entre deux femmes aussi différentes qu'attachées l'une à l'autre, de l'après guerre à nos jours.
Le premier tome, l'amie prodigieuse, débute à Naples dans les années cinquante. Elena et Lila, enfants de familles pauvres, nouent une amitié tourmentée, faite de tendresse et de rivalité, de jalousie et de générosité. 
Lila est surdouée mais sa famille ne l'aide pas, obsédée par un labeur entièrement dédié à la survie matérielle quotidienne (le père est cordonnier). Malgré son désir d'écrire et ses grandes qualités littéraires, elle doit travailler dans l'atelier du père ...
Elena dont le père est portier à la mairie, est aidée par son institutrice qui use de son aura et de son ascendant pour obliger ses parents à lui payer des études.
La description du quotidien, des mentalités de l'époque, des relations homme-femme, des difficultés des pauvres, de l'influence de la religion rendent le récit passionnant et particulièrement réaliste. Les grands évènements ne sont évoqués que de loin, c'est les éléments du quotidien des gens qui retiennent toute l'attention de l'auteur.
Vie professionnelle, vie affective, tout éloigne les deux héroïnes et pourtant, l'une et l'autre restent des repères réciproques quand les méandres de l'amitié brouillent les pistes. La vie tout court arrivera-t-elle à les séparer ?
Mêlant psychologie et peinture sociale, le roman offre deux portraits attachants. Un bonheur !



vendredi 2 décembre 2016

Berezina

Gallimard, coll. folio, 204 p., 2015, 7€10
Dans le style "récit de voyage" ...
Sylvain Tesson part avec des copains russes et français en plein hiver refaire le chemin de la retraite de Russie de 1812, de Moscou à Paris, histoire de revivre les conditions de l'époque. En moto, modèle Oural, matériel russe increvable mais capricieux qui donne lieu à une description hilarante et dont seule la débrouillardise des russes garantit miraculeusement le fonctionnement.
Le désir de précision historique entraine chacun à lire des mémoires et ouvrages divers sur Napoléon et sur la retraite de Russie et leurs réflexions apportent une foule d’anecdotes et de connaissances au cours du périple.
Et c'est ce mélange, précisément, de précisions historiques, de considérations (plus ou moins !) philosophiques, de réflexions sur la guerre et d'observations des hommes, généreusement arrosés de vodka qui donne tout son sel au roman. Comme une poudre de perlimpinpin, ce mélange qui court au fil du récit fait naitre un humour très fin et on sourit bien souvent.
La fin ne manque pas de panache avec l'arrivée des participants, crottés et fourbus, sur des motos toujours prêtes à rendre l'âme, dans la majestueuse cour d'honneur des Invalides où les attendent quelques amis fidèles.
Le petit Corse, la grande armée, les souffrances des grognards, Koutouzov, la victoire du Général Hiver, la bataille de Borodino ... révisez vos connaissances sur Napoléon, même si vous n'avez aucune sympathie pour lui (mais l'auteur en a-t-il vraiment ?).
Un coup de cœur.
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lundi 29 août 2016

Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monin et Alex Beaupain

JC Lattès, 2015, 376 p., 22€
L'auteure, Isabelle Monin, a acheté chez un brocanteur un lot de photos de famille.
Elle a brodé à partir de ces clichés une histoire totalement inventée mais tirée de l'observation attentive et intuitive de ces inconnus.
Puis, poussée par la curiosité et par l'attachement à des personnes avec lesquelles elle avait vécu pendant quelques mois, elle a cherché à les rencontrer. Elle y est arrivée et à travers ce qu'ils ont accepté de lui raconter de leur vie, elle a réécrit leur histoire, cette fois, la vraie !
S'était elle beaucoup trompée en suivant son intuition ? S'était elle approchée de la vérité ? Il faut bien sur lire le roman pour le savoir.
Le quotidien et les personnes anonymes fournissent matière aux écrivains qui les transfigurent, on le sait, mais cette expérience, portée par un beau style et une écriture sensible, nous montre que l'être humain offre de nombreuses ressources et développe de belles capacités d'adaptation, en dehors de toute littérature ;o)
Très joli récit.
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Mes parents sont dans ma classe de Luc Blanvillain

Ecole des Loisirs, coll. Neuf, 2015, 174 p., 9€
Un petit roman très gai, plein d'humour et de joie de vivre sur une idée déjà vue mais traitée avec originalité.
Fanny, 11 ans, se réveille un matin avec en face d'elle deux adolescents inconnus : ses parents ! Elle a eu tort de se plaindre de la 6e auprès d'eux : ils ont juré leurs grands dieux qu'ils adoreraient être à sa place. Et, par magie, leur vœu a été réalisé !
Au quotidien, que donne cette situation invraisemblable ? Ses parents décident d'aller au collège (son père connait le proviseur, cela facilite la chose) et ils sont même dans la classe de Fanny : l'horreur intégrale ! En tant que "cousins venus des îles".
Heureux dans un premier temps de redécouvrir le monde du collège, y apportant leur expérience et leur savoir, récoltant l'admiration des ados, les parents finissent par avoir envie de retrouver leur travail et leurs responsabilités. Quant aux grands parents, ils sont ravis du début à la fin de l'aventure, retrouvant leur jeunesse.
La vie des ados se déroule au rythme du collège mais aussi des idylles et des relations sociales. Tout ne sera pas simple à gérer pour Fanny ... Mais finalement, ses (petits) parents seront toujours là pour elle, l'aideront et lui permettront de mieux comprendre certains enfants.
Très joli récit. Un style qui rappelle les grands, S.Morgenstern, M.A Murail, A. Desarthe entre autres.
A recommander sans modération, dès la 6e.
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mardi 5 janvier 2016

La roche qui voulait voyager de Nono Granero et Géraldine Alibeu

Texte Nono Granero et illustrations G. Alibeu, Ed. Hong Fei, 2015, 14,20€
Plus difficile que La ballade de Mulan, La roche qui .... est un pur conte philosophique et s'adresse à des enfants déjà un peu plus grands, me semble-t-il.
Une énorme roche a le désir profond de voyager alors que tout le monde la croit insensible et inerte.
Se mettant à parler, elle tente de convaincre un géologue au cœur dur qui finit par la casser à coups de masse las d'entendre sa complainte ... ce faisant, il la réduit en poudre, poudre qui s'envole et lui permet de voyager. Son vœu est enfin exaucé !
Ne pas se fier aux idées préconçues, aux représentations admises par tout le monde et suivre sa propre idée quand on a un projet. La balade de Mulan, édité chez Hong Feï aussi, développait également ce thème.
Des illustrations toujours très stylisées, aux couleurs douces et un texte clair.
Une belle leçon de vie.
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Premier matin de Fleur Oury

Editions Les fourmis rouges, 2015, n.p., 14€
Qui n'a jamais eu le cœur serré, la boule au ventre avant la rentrée des classes ? Le temps des vacances d'été, on a oublié les copains, la cour qui parait immense, les maitres et les maitresses, les règles de vie collective. Comme il est difficile d'abandonner le cocon familial pour reprendre le chemin de l'école ! Ce bel album facilitera les choses en explicitant les peurs et les sentiments mitigés qu'éprouvent certains tout petits. En les rassurant aussi, grâce aux illustrations tendres, aux couleurs douces. Entièrement dessiné aux feutres, l'ensemble, où domine un environnement verdoyant et fleuri, exerce un effet très apaisant que la stature protectrice de Maman ou Papa Ours (on ne sait pas) accentue.
Petit Ours ne veut pas se lever pour aller à l'école et Papa (ou Maman) Ours lui raconte les activités passionnantes qui l'attendent, les jeux avec les copains, les moments de fatigue mais aussi les progrès. Car Petit Ours va grandir ...
Indispensable pour les tout petits. Passe très bien en lecture de groupe à voix haute.
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Petit piment d'Alain Mabankou

Seuil, coll. Fiction et Cie, 2015, 273 p., 18,50€
Petite déception pour ce roman dont j'attendais surement trop.
Ayant pris beaucoup de plaisir à lire "Verre Cassé" et "Mémoires de porc-épic", je n'en ai pas retrouvé l'intensité qui m'avait charmée.
Bien sûr, la lecture est agréable, bien sur on retrouve les grands thèmes de Mabankou : le Congo son pays, avec sa misère, la corruption des hommes politiques, leur bêtise mâtinée de ruse, l'exploitation des femmes, la croyance dans les esprits, les superstitions ... Mais alors qu'on riait de sa logorrhée verbale, de cette façon bien à lui de retranscrire la langue des congolais, de se moquer des travers des petites gens avec tendresse, le roman reste ici trop sage. Où est passé le petit souffle de fantaisie, de folie qui animait ses personnages ? Absent du texte, est-il allé se nicher tout entier dans le titre du
 roman ?
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La terre qui penche de Carole Martinez

Carole Martinez est une conteuse, elle nous entraîne dans son monde, celui du Moyen Age, des abruptes vignes du Jura (cette "terre qui penche"), des bords de la Loue. Sous sa plume, ils prennent vie et deviennent des personnages que le merveilleux transfigure.
Le père de Blanche, 11 ans, scelle son destin : elle sera mariée rapidement, pour éviter que le diable ne s'empare de son âme car une fille qui veut apprendre à lire, une fille intelligente et volontaire devient la proie du mal. Forcément.
En arrivant chez son futur mari, au domaine des Murmures, elle découvre un simple d'esprit. Mais sa nouvelle famille la surprend et elle va passer avec elle les meilleurs jours de sa courte vie ...
Deux voix content ce destin de femme, la vieille âme et la petite fille, voisines de sépulture, donnant chair aux sentiments, aux indignations, au désespoir, à  la joie. Un très beau texte, léger par la forme et profond par le sens, très construit, dans lequel il faut se laisser immerger doucement.
En creux, l'absence de la mère dessine le rôle central des femmes non seulement dans la société mais aussi dans l'évolution des êtres vivants, dans leur psychologie, dans leur développement.
On pourrait analyser la galerie des personnages qui présente les archétypes humains, ses monstres et ses héros, de l'ogre mangeur de petites filles à celui qui devient un vrai père et découvre l'amour. On pourrait analyser le rôle de l'eau et de la rivière Loue mais ce serait gâcher de vrais moments poétiques, alors restons dans les émotions et régalons nous de cette fresque si vivante !
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samedi 7 novembre 2015

Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin

Après la lecture de Check-point, me voilà sur les traces de JC. Rufin. Quand on a la chance de tenir un bon filon ...
1919. Jacques Morlac, héros de la guerre de 14-18, reçoit en prison la visite du juge militaire Hughes Lantier du Grez. Tout semble opposer les deux hommes : Morlac est un paysan pauvre, Lantier un fils de famille bourgeoise, l'un simple caporal, l'autre gradé, l'un rude l'autre policé.
Mais, touché par la franchise de Morlac et sa fierté, le juge s'intéresse au personnage, plus complexe qu'il ne parait. Il conquiert sa confiance, heure après heure, jour après jour, entretien après entretien pour arriver à comprendre le geste qui lui a valu son emprisonnement.
Sur la place du village, le chien de Morlac hurle nuit et jour, ne supportant pas la séparation d'avec son maitre. Un chien qui est au centre de son incarcération ...
C'est la haine de la guerre, de son inutilité et la fraternité des soldats qui rapprochent insensiblement les deux hommes qui ont connu les mêmes tranchées. C'est l'humanité qui sera leur guide ...
Un très beau roman, dont la construction tout en finesse, tient en haleine en dévoilant progressivement les ressorts de l'histoire à la manière d'une intrigue policière. Trois beaux personnages, profonds,  victimes de la tourmente guerrière, et un chien, fidèle comme les chiens savent l'être, bêtement et jusqu'à la mort.
A lire absolument sans oublier l'émouvant hommage de l'auteur en fin d'ouvrage, car l'histoire est inspirée de la réalité !
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Meurtre à Tombouctou de Moussa Konaté

Ed. Métailié, coll. Points, 2014, 6,40€
Un joli petit roman policier où l'intrigue est secondaire et la société malienne au premier plan.
Le commissaire Habib, patron de la brigade criminelle à Bamako, est envoyé à Tombouctou pour mener à bien une enquête délicate. Un jeune Touareg, Ibrahim, est retrouvé mort, le crâne défoncé, à côté de son dromadaire. Peu après, un jeune français est menacé à coups de fusil par un cavalier. Y a-t-il un lien entre les deux affaires ? S'agirait-il d'une action d'AQMI, des terroristes ? Les médias sont à l'affut ...
Secondé par son fidèle Sosso et Guillaume, un responsable de la cellule antiterroriste française au Mali, Habib a fort affaire entre le respect des traditions touareg, de l'Islam, des notables locaux et les secrets de la famille du défunt.
Le déroulement de l'intrigue, assez sommaire, n'est en réalité qu'un prétexte à immersion dans une société complexe par ses différentes langues, ses ethnies, ses pratiques religieuses et le conflit entre tradition et modernité.
Habib fait jurer les témoins sur Allah pour être sûr qu'ils ne mentiront pas ...
Les notables se liguent pour faire intervenir dans l'enquête un marabou-devin qui éluciderait l'affaire en 2 jours ...
Mais comme partout ailleurs, la loi ne compte pas lorsqu'il faut sauver l'honneur d'une famille influente et les politiques ne veulent pas d'histoire quand des élections se profilent.
Une enquête menée dans une ambiance tendue mais à la malienne : avec beaucoup de bonhomie, de patience, de plaisanteries et de fous rire. Avec malice et ruse aussi.
Avec en prime, à la fin, l'envie d'aller voir Tombouctou !
Seul bémol, un style parfois un peu maladroit. Mais le roman vaut le détour ...
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Meursault, contre-enquête

Actes Sud, 2014, 19€, 152 p.
Le roman commence de manière assez confuse et, pour moi, ne trouve de sens et de rythme que vers la moitié.
L'auteur fait parler le frère de celui que le héros de Camus, Meursault, tue sur la plage. Meurtre pour lequel il sera condamné à mort.
Dans un texte en forme de réquisitoire puis de confession, ce frère dénonce l'indifférence affichée vis à vis du mort dont on ne connait jamais le nom, dont on ne saura jamais rien dans "L'étranger". Il rappelle les temps durs de la colonisation et l'absence de démocratie pour l'Algérie actuelle, un temps où le dictat de la religion supprime un à un les plaisirs de la vie.
Sur un plan plus personnel, le narrateur s'insurge contre sa mère qui l'a sacrifié à son chagrin après l'assassinat de son frère, contre son entourage qui l'a toujours considéré comme différent.
Au fil du texte, on voit un portrait s'esquisser, celui d'un homme submergé par l'absurdité du monde et de la destinée humaine, sans bonheur, sans envie, un solitaire et un assassin aussi, poussé par une mère avide de vengeance.
La boucle est bouclée lors du réquisitoire contre la / les religions qui rappelle le beau passage de L'étranger où le héros refuse l'aide du prêtre venu le voir dans sa cellule. Meursault et le héros ont tout en commun, ils vivent dans un monde de solitude et de désespoir.
Un texte engagé, un auteur qui a beaucoup à dire.
Une lecture qui m'a incitée à relire le chef d’œuvre d' A. Camus, une grande joie !
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vendredi 12 juin 2015

Charlotte de David Foenkinos

Gallimard, 2014, 220 p., 18,50€
David Foenkinos écrit la biographie (quelque peu romancée mais qu'en sait on ?) de Charlotte Salomon, jeune peintre juive allemande réfugiée en France puis déportée à Drancy et assassinée à Auschwitz en 1943 par les nazis.
Récit émouvant d'une vie (et demie, car elle était enceinte de 5 mois lorsqu'elle fut gazée à son arrivée au camp) entièrement vouée à la création artistique dans ses derniers temps. En effet, se sachant en danger, Charlotte Salomon écrit et peint jour et nuit, dans le sud de la  France, avec passion et dans l'urgence. Elle crée une œuvre très originale mêlant texte de théâtre et peinture : "Vie ? Ou théâtre ?".
Relations familiales complexes, amours, doutes, recherche de soi même, de sa vocation, fuites et rencontres font de cet ouvrage un récit complet qui permet de découvrir une artiste bien peu connue.
Ses œuvres, confiées à son médecin et ami, rendues à son père et à sa belle-mère après la guerre et données au Musée historique juif, le musée d'histoire juive d'Amsterdam, y sont toujours conservées.
Un beau roman écrit simplement, sans pathos, qui redonne vie le temps de 220 pages à une artiste et donne envie de connaitre son œuvre. Un travail de mémoire.
Prix Renaudot et Goncourt des lycéens 2014.
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Soumission de Michel Houellebecq

Flammarion, 2015, 299 p., 21€
Houellebecq, il y a les pour et il y a les contre.

Quand je lis ses romans, je fais abstraction du personnage, volontiers provocateur. Volontairement. Je lis ses romans. Point. Et j'y prends beaucoup de plaisir.
Aurais je lu Céline si je m'en étais tenu à ce qui était dit du personnage ? Aurais je regardé les œuvres de Dali, le franquiste ? Habiterais je l'immeuble de Le Corbusier qui est maintenant reconnu comme antisémite et fasciste ?  Les écrivains sont ils toujours à la hauteur de leurs responsabilités ? Ne sont ils pas, souvent, dépassés par leurs propres textes ?
Houellebecq a retardé la campagne de promotion de son livre après les évènements du 7 janvier. Bernard Maris était son ami ...
Le point de départ de son roman, l'élection en France d'un président de la république musulman modéré, n'est certes pas crédible actuellement mais  part d'un constat réel : l'opinion publique se replie sur les valeurs familiales, sur les valeurs "traditionnelles" pour ne pas dire réactionnaires.
Une partie des Français a manifesté massivement contre le mariage pour tous.
L'adoption par les couples homosexuels a été reportée.
Beaucoup recherchent un sens à leur vie ailleurs que dans l'argent et la consommation matérielle.
De là à assister à un retour du phénomène religieux, il n'y a qu'un pas ... que l'auteur franchit allègrement.
De même, la montée du Front National alimente sa fiction : pour éviter que Marine Le Pen n'accède à la présidence, la coalition PS/UMP/extrême gauche appelle à voter pour le candidat Mohamed Ben Abbès, musulman modéré. Totalement improbable !
Mais ce Mohamed là est plus un ambitieux qu'un croyant. Après la France, c'est l'Europe qu'il vise et souhaite rassembler autour de l'Islam.
Ben Abbès met en place son programme dans l'indifférence générale : autorisation de la polygamie, voile obligatoire pour les femmes, interdiction d'enseigner si l'on n'est pas musulman, priorité aux entreprises familiales et j'en passe.
Les femmes : elles acceptent sans réagir, éternelles victimes ?
La gauche : elle laisse faire impuissante.
La droite : elle partage beaucoup de ses objectifs.
Les hommes : ils y trouvent leur compte forcément car la polygamie est un argument de poids ; du coup, ils se convertissent sans barguigner.
Houellebecq ne juge pas ses personnages, il en fait parfois des caricatures mais leur prête en général, une logique assez simple. Tout ce qui se passe profite aux hommes qui s'en emparent. Terrible logique mais oh combien humaine et masculine mâtinée d'une vision de l'homme  fondamentalement noire.
La fiction de Houellebecq peut alimenter les peurs mais, dans le fond, elle est surtout un constat du manque de perspective de notre société, de la souffrance des hommes qui y cherchent un sens. Elle nous alerte et nous avertit, à sa façon et nous met en garde contre l'indifférence et le laisser faire.
Et puis, il y a son humour, fin, frisant le cynisme, son écriture souple.
J'ai beaucoup aimé même si (ou peut être "parce que") totalement fantaisiste ... j'espère.
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Check-point de Jean-Christophe Rufin

Gallimard, 2015, 386 p., 21€
Thriller humanitaire ...
Maud part en mission humanitaire avec Lionel, chef d'expédition, Marc et Alex, 2 militaires mystérieux et Vauthier, antipathique à tous mais fort en mécanique. Leurs deux vieux camions transportent aide alimentaire et vestimentaire. Nous sommes en Bosnie, au moment de la guerre entre serbes, croates et musulmans.

Elle qui fuit le train train d'une vie morne et veut échapper au désir des hommes se trouve brutalement entraînée dans un déchaînement de passions avec lesquelles l'aide humanitaire n'a plus grand chose à voir.
JCR pose le problème des limites de l'aide humanitaire : que faire lorsqu'on voit femmes et enfants se faire massacrer, suffit-il de leur apporter de quoi manger et s'habiller ? Ne doit on pas aussi leur donner de l'espoir et combattre les injustices ? Ne doit on pas s'engager et prendre parti ? Peut on se contenter d'assister aux horreurs de la guerre ?
Le roman prend la forme d'un thriller et nous tient en haleine pendant 386 pages, sans baisse de régime, tout en nous incitant à la réflexion. Quoi de mieux quand, en plus, le style est là ?
Je n'avais rien lu de JC Rufin et Check-point a été pour moi une belle découverte ... A moi Rouge Brésil et ses autres romans !
Merci à Eric B. pour ses conseils éclairés.
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Les singuliers d'Anne Percin

Ed. du Rouergue, coll. La Brune, 2014, 392 p., 22€
Une plongée sympathique dans le monde de la peinture, pendant les années de l’École de Pont-Aven.
Sous la forme d'un roman épistolaire, Anne Percin nous entraîne en 1888, pour un instantané artistique et culturel. Elle appuie sur le déclencheur, les visions s'enchaînent ...
Hugo Boch, de la riche famille belge Boch (ceux de "Villeroy et Boch" !), parti à Pont Aven dans la mouvance des artistes, s'interroge sur sa vocation de peintre. Il fait part de ses doutes à son ami Tobias et à sa cousine Hazel, eux mêmes peintres, qui lui répondent et pratique, en parallèle, une activité photographique innovante.
Au fil de ces échanges, on découvre les fortes personnalités de Gaugain, Sérisier, Bernard, Toulouse-Lautrec et l'influence sur tout ce monde de Van Gogh.
C'est aussi l'univers culturel de l'époque que l'auteure évoque : la construction de la tour Eiffel, les scandales aux salons officiels, l'opposition entre classicisme, impressionnisme et autres styles, l'émergence de la photographie comme expression artistique etc.
On réalise alors l'importance de Paris dans la vie culturelle internationale, son rayonnement à cette époque.
Passionnant et très documenté sans être, à aucun moment, ennuyeux. Style enlevé et même humour ...
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jeudi 7 mai 2015

Mingus de Keto Von Waberer

Ed. du Rouergue, coll. Epik, 2015, 313 p., 15,90€
Mingus, mi homme mi lion, robuste et intelligent, est le fruit d'une manipulation génétique. 
Il tue accidentellement son “père”, un savant génial et s'enfuit à la découverte d'un monde dont il était jusque là protégé, avec Nin, une jeune humaine. 
Au fil des rencontres, parfois amicales et parfois hostiles, il découvre une société effrayante où l'information est complètement manipulée, les inégalités sociales érigées en système, l'environnement sacrifié et les hommes, dégénérés, victimes d'allergies mortelles. 
Convoité par des rebelles, les Gaïanèses, puis par une secte religieuse, échappera-t-il au “Präsi”? Car le dictateur cloné entend bien l'utiliser comme "modèle", à son usage personnel. Or ce" modèle" pourrait bien être la dernière chance de survie pour l'espèce humaine dans son ensemble ... 
Une dystopie captivante au rythme et au style soutenus, un plaidoyer pour le respect de la nature et des libertés. 4e très bons lecteurs et bien au-delà.
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mardi 7 avril 2015

Mes clandestines de Sylvie Gracia

Jacqueline Chambon, Actes Sud, 2015, 270 p., 22€
Lire "Mes clandestines" a été pour moi un peu comme une longue et douce discussion avec une amie.
Comme si nous nous étions retrouvées, chez elle ou chez moi et que nous ayons évoqué, à bâtons rompus, les sujets qui nous trottent dans la tête.
A travers ces évocations de femmes, Sylvie Gracia nous parle de nous. Ce que nous vivons de l'enfance à la vieillesse, les épreuves, les joies, les malheurs, les rencontres. Vivre avec ce corps qu'on n'a pas choisi, devenir mère ou non, vivre avec ce que nos parents nous ont donné, vivre la tête haute, vivre la maladie ... Nous sommes toutes si semblables et si différentes par nos itinéraires de vie, tant de choses qu'on ne comprend pas en nous mêmes et dans les autres. Mais Tamina, Camille, Estelle, Clémence, Léa, Mathilde, la mère de l'auteure montrent toutes leur courage, leur ténacité, leur dévouement, leurs faiblesses aussi. Et leur mystère. Que savent les enfants de leur mère ? Que savent ils de ce qu'elle vit, de ses difficultés, de ce qu'elle a vécu avant leur naissance ? "Énigme absolue des mères". Et comment fait on pour vivre sans elles, lorsqu'elles sont parties ? On s'aide, on se parle, on communique et on partage : "Nous devons être des mères les unes pour les autres" dit un de ses personnages.
C'est un regard lucide et tendre que pose S. Gracia sur ces femmes rencontrées par hasard, croisées dans la rue, sur ces amies surgies au fil des échanges, sans acrimonie vis à vis des hommes. C'est aussi un regard sur elle même, elle qui ne triche pas avec l'écriture, qui se livre, courageuse et entière.
Un beau regard servi par un style palpitant de vie, au verbe précis, aux interrogations fortes et généreuses, qui fait souvent naître l'émotion.
Même si le roman est intimiste, la réalité du monde pointe souvent son nez, le réel de nos vies avec sa cohorte d'inégalités sociales, de guerres, de cruautés s'échappe par bouffées qui viennent enrichir le  texte. En cela, elle rejoint cette auteure qu'elle admire tant, Annie Ernaux.
Oui, "...peut-être qu'écrire permet de déposer la matière du temps et nous apprend à vivre." Lire nous apprend aussi à vivre. Force de la littérature.
Un vrai coup de cœur.

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lundi 6 avril 2015

Le livre de Perle de Timothée de Fombelle

Editions Gallimard, 2014, 296 p., 16€
Le livre de Perle est un roman sur lequel on surfe aisément, conduit par le très beau style de son auteur qui nous a déjà donné la belle série Toby Lolness et Vango.
Le jeune prince Ilian a été obligé de fuir "le Monde Imaginaire", celui où vivent les créatures sorties de l'imagination humaine, pour sauver sa vie : son frère, le roi, essaie de l'assassiner. Mais en abandonnant ce monde extraordinaire, il a laissé son amour, la sublime fée Olia.
Par un habile déplacement vers notre monde, il se retrouve à Paris, pendant l'entre deux guerres et il est recueilli par le couple Perle, de braves confiseurs sans enfant. Il devient alors Joshua Perle, celui qui ne peut parler du pays d'où il vient car il se cache perpétuellement. Le taciturne Joshua.
Que va-t-il lui arriver ? Oubliera-t-il son monde ? Oubliera-t-il Olia ?
Une histoire d'amour romantique à souhait qui mêle habilement poésie et histoire.
Pas d'âge pour ce beau roman mais il manque un petit quelque chose, peut être un peu d'inattendu ?
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samedi 4 avril 2015

Bonjour le monde ! de Catharina Valckx

L'école des loisirs, 2013, n.p, 24x19, 12,20€
Un joli petit album pour les 3/5 ans.
Nine et Mo le canard vont dire bonjour à leurs amis, le chêne du jardin, l'air sous le pont, la mer et ses poissons et, pour finir ... la cheminée de la maison !
Mais quelqu'un les suit de près, c'est une mouche de mauvaise humeur qui n'aime pas dire bonjour. Nine et Mo essaient de lui apprendre.
Une histoire courte qui correspond bien aux enfants, à leur goût pour les détails, qui les incitera à observer la nature qui les entoure, à apprécier les petites choses et à respecter les autres. Sans morale gnangnan.
Servi par un dessin stylisé mais compréhensible, des couleurs tendres et beaucoup de joie de vivre, on découvre un univers tout de douceur.
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dimanche 8 mars 2015

Le fils de Lois Lowry

Trad. F. Pressmann, 2014, 390 p., 19€
"Le fils" est la suite des romans "Le Passeur" (1994) qui eut un grand succès et "Messager".
Dans un monde totalement aseptisé, sans peur, sans stress, sans surprise, sans couleurs, sans sexualité et ... sans liberté, Jonas devient le passeur : il est le dépositaire des souvenirs des temps anciens où les hommes faisaient la guerre, modifiaient le climat, polluaient la terre. Mais ces souvenirs lui font justement prendre conscience de ce dont les hommes sont privés ... leur libre arbitre et il décide de fuir.
Dans "le fils", Claire, un personnage secondaire du "Passeur" part à la recherche d'un enfant qu'elle a eue alors qu'elle était "mère porteuse". Après son accouchement, cet enfant devait être confié à un "couple" mais Claire, étrangement, veut le revoir et part à sa recherche ... Cet enfant est justement Jonas, le passeur.
Tout l'intérêt du "Passeur" résidait dans la description de ce monde sous surveillance et du cheminement de Jonas vers la liberté. Dans "le fils", on est loin de la critique des sociétés totalitaires et l'intérêt du roman s'en trouve limité. Claire se réfugie dans une société un peu primitive et moins intéressante ... pour le lecteur !
Un bon roman, malgré tout.
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dimanche 15 février 2015

Le livre d'un été de Tove Jansson

Trad. Jeanne Gauffin, livre de poche, 1978, 166 p., 5,60€
Du suédois Tove Jansson, on connait en général la série des Moumines, livres pour enfants.
Tove Jansson nous donne là, en roman adulte, des instantanés de vie de Sophie qui débute la période tourmentée de l'adolescence et de sa grand-mère, parties toutes deux passer l'été sur une île solitaire du golfe de Finlande.
L'une, orpheline de mère, est au début de sa vie, l'autre arrive en fin mais garde de l'humour, de la générosité et beaucoup de fantaisie. Ainsi qu'une solide détermination à garder sa totale liberté, elle qui fut une pionnière du scoutisme féminin.
La perspicace grand-mère perçoit chez sa petite fille, la colère face à la mort de sa mère, son angoisse existentielle, ses interrogations sur la religion, sa peur de l'inconnu ... et l'aide à se construire, au quotidien, par sa présence et ses remarques. Sophie fait souvent preuve de méchanceté en exerçant son sens logique de façon implacable et sa grand-mère respecte cette construction du libre arbitre. Mais la petite fille sait aussi écouter la grand mère et la soutenir car l'affection est toujours là, aussi tendre que la nature environnante est sauvage.
De jolis moments, délicats et forts à la fois.
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vendredi 13 février 2015

Les sandales de Rama de Tristan Koëgel

Didier Jeunesse, 2014, 214 p., 14,20€
Nous voilà transportés au Népal ...
Upendra, vendeur de barbes à papa, à Katmandou, tombe fou amoureux de Satiya, une ancienne Kumari, ces petites filles considérées comme des déesses vivantes.
La famille de l'adolescent est de condition modeste, son père a été un "sirtar" réputé mais, tombé malade, il a du abandonner ses expéditions en haute montagne.
Upendra aimerait lui aussi devenir chef d'expédition mais pour le moment, il se contente de faire le guide pour les touristes, aidé de son ami Arjun, un dalit c'est à dire un pauvre, méprisé par tous.
Dans cette société basée sur les castes, comme en Inde, les parents de la jolie Satiya décident de la marier avec un bijoutier et celle-ci, après une courte opposition, accepte, alléchée par la richesse de son futur mari.
Upendra, en proie à une terrible déception, part sur les routes de son pays.
Une jolie histoire d'amour, prétexte à montrer une société inégalitaire où la pauvreté règne.
Une bonne sensibilisation aux inégalités sociales pour les ados.
Première de couverture peu engageante, c'est dommage.
A lire à partir de la 4e.
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lundi 5 janvier 2015

L'équipée malaise de Jean Echenoz

Les éditions de minuit, 1986, 251 p., 68F !
Prise d'un élan de reconnaissance pour Echenoz, qui m'a offert une lecture agréable dernièrement avec "Caprice de la reine", je suis remontée dans sa production littéraire jusqu'à ses débuts en 1986. Et j'ai emprunté "l'équipée malaise" à la bibliothèque de mon immeuble.
Avec cette équipée, on inhale une bouffée dense parfois étouffante d'aventure et de trafics ...
Histoire compliquée souvent humoristique, personnages forts, atypiques, sans scrupules, presque en marge et qui souhaitent le rester ... On les dirait comme à l'étroit dans la société, comme trop différents pour y trouver leur place.
Mais, pour moi, le principal intérêt de ce roman, qui décrocha le prix Médicis, réside ailleurs. J'ai retrouvé le style Echenoz, bien sûr, mais plus sophistiqué, plus emberlificoté, plus maniéré. Il m'a permis de mesurer, combien, au fil des années, il a sabré, éclairci, sacrifié l'inutile. Avec quel succès ! Il en arrive maintenant à l'épure, il fait mouche sans débauche de moyen. Du grand art.
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L'Équipée malaise

samedi 27 décembre 2014

Autour du monde de Laurent Mauvignier

Editions de Minuit, 2014, 19,50€
On passe de personnage en personnage, aux quatre coins du monde, avec pour seul lien le tsunami de mars 2011 au Japon. Belle illustration de la diversité humaine.
Hélas, pas pu lire ce roman, pas pu le finir, pas pu m'intéresser à ces histoires si courtes. Question de timing ... ce n'était pas le bon moment pour moi.

Le roman a été apprécié dans mon "entourage littéraire".



dimanche 14 décembre 2014

Caprice de la reine de Jean Echenoz

Les éditions de minuit, 2014, 121 p., 13€
Il faut aimer Jean Echenoz, pour sa concision, sa finesse, sa précision un peu trop méticuleuse, son sens de l'humour décalé.
Je l'aime pour tout cela et aussi pour quelque chose d'indéfinissable qui rend ses textes tellement humains. Peut être une touche de lassitude, de fatigue face à l'absurdité de la vie, à la complexité du monde tel qu'il va, aux relations avec les autres si difficiles. Nous partageons tous cette lassitude par moment, même s'il est bon qu'elle ne dure pas longtemps ...
 Il faut voir comment, dans la nouvelle "caprice de la reine" il accumule les détails, infimes, pour bien nous rappeler que dans la vie, il y a tellement plus de petites choses insignifiantes que de grands évènements ou de grands sentiments ou de grandes satisfactions !
Et il nous mène par le bout du nez, comme le font tous les auteurs dont le métier consiste en cela même (c'est d'ailleurs le sens de sa nouvelle A Babylone, celle que j'ai préférée), pour nous amener à une chute pleine de dérision et de philosophie.
On sourit souvent en lisant ce recueil de 7 nouvelles à l'humour distancié. Un bonbon.
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vendredi 5 décembre 2014

La guerre d'Alan d'Emmanuel Guibert

L'Association, 2013, 28€, 298 p., noir et blanc
Quand on  lit "la guerre d'Alan " et "l'enfance d'Alan", c'est un "roman graphique" qu'on découvre ... Avis aux amateurs ou aux lecteurs qui n'en ont jamais lu, commencer par celui là permet d'aborder ce genre par la voie royale.
Au fil des deux tomes de BD en forme d'autobiographie, Alan Ingram Cope raconte les évènements importants qui ont marqué sa vie et aussi les anecdotes qui ont façonné son esprit d'enfant et l'ont construit. Comme dans un roman, on voit le personnage s'esquisser à petites touches, au gré des moments forts de son histoire, notamment la guerre de 39-45. Tandis que le temps passe inexorablement. Comme dans un roman, il y a des moments chargés d'émotion, humoristiques ou philosophiques. On a parfois l'impression qu'Alan entrouvre délicatement une porte sur lui même et nous permet de mieux le connaitre ... Délicieux et émouvant.
L'auteur des deux tomes, Emmanuel Guibert, a un jour rencontré Alan dans les rues de l'île de Ré, en lui demandant son chemin et, comme il dit, "une amitié nous est tombée dessus". Alan, l'américain amoureux de la France, a raconté tout plein d'anecdotes sur sa vie à Emmanuel et l'idée a germé de faire un livre ensemble ...
Difficile de résumer une vie !  Difficile de résumer une amitié ! Difficile de résumer ces deux très beaux albums !
Ils dégagent une grande humanité, beaucoup de modestie et de générosité et de la poésie à travers les illustrations. Les choses très simples de la vie côtoient les grands principes qui font les hommes ... et leur confèrent leur dignité.
Les 2 tomes révèlent aussi, en creux, la finesse, la sensibilité et la capacité d'Emmanuel Guibert à saisir les sentiments et à les transcrire.
A lire, absolument, un vrai bonheur !
Merci à mes enfants qui me l'ont fait découvrir.
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lundi 1 décembre 2014

Nageur de rivière de Jim Harrison

Trad. Brice Matthieussent, Flammarion, 2014, 256 p., 19,90€
Deux histoires se suivent, deux américains en sont les héros, l'un au début de sa vie, l'autre vers la fin.
Tous deux vivent ou ont vécu à la campagne et ils se sont construits avec la nature environnante.
Dans le premier récit, Au pays du sans-pareil, Clive, expert en art/professeur d'université, revient sur les lieux de sa jeunesse et redécouvre avec bonheur, grâce à un environnement calme et champêtre, les plaisirs simples.
Dans le deuxième récit, Nageur de rivière, Thad, nageur passionné qui veut devenir hydrologue, ne réussit pas à s'éloigner de sa campagne natale.
La nature fait partie intégrante de leur identité ; la flore, la faune et les humains qui y vivent leur sont, finalement, indispensables.
C'est de l'identité américaine qu'il s'agit et on sait combien les américains aiment leurs grands espaces somptueux, leur nature omniprésente ...
Un roman très humain mais qui ne m'a pas "embarquée", hélas. Peut être parce que certaines considérations m'ont paru bien rebattues, telles que la vacuité de la vie moderne ou la dureté des relations humaines en ville ...
Pour les inconditionnels de Jim Harrison, et il y en a beaucoup !
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vendredi 14 novembre 2014

Réparer les vivants de Maylis de Kérangal

Ed. Verticales, Gallimard, 2014, 280 p., 18,90€
On aime ou on n'aime pas Maylis de Kérangal, son style qui va droit au cœur, qui prend les tripes, qui vous transporte, vous brusque et vous chamboule. Ses phrases au présent, courtes, hachées ou parfois s'étirant sur plusieurs lignes, soufflant le chaud, soufflant le froid !
Mais il faut reconnaitre qu'elle sait, comme nulle autre, vous faire sentir l'urgence des situations, la force des sentiments et la cruauté de la vie. En lisant ses romans, on se sent ... vivant.
Et justement, ça tombe bien car le thème de "Réparer les vivants" est la transplantation d'organes, du problème moral et affectif en passant par l'organisation technique jusqu'à l'intervention elle même. Et là encore, l'auteur vous communique la passion de ses personnages, leur rage, leur envie de réussir, leur fatigue aussi.
Au delà de l'aspect très documenté qui montre combien chaque minute compte pour la vie, on n'est plus tout à fait le même lorsqu'on a fini ce roman : on a souffert avec la famille du donneur, souffert avec le receveur, espéré avec les techniciens, les médecins, les infirmiers. Ouf ! C'est fini et tout est à sa place à la page 280.
On est bien peu de chose et surtout, surtout on dépend tellement des autres ... Une belle chaine de la solidarité où chacun laisse ses  problèmes de côté pour sauver une vie. Très beau, très émouvant.
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jeudi 9 octobre 2014

Les autodafeurs, tome 2, Ma soeur est une artiste de guerre de Marine Carteron

Ed. du Rouergue, 372 p., 2014, 14,90€
Une suite pleine d'allant et de panache au tome 1 !
Gus et Césarine nous entraînent dans une avalanche d'aventures et ne nous laissent aucun répi !
Les personnages s'étoffent, les deux héros décident de devenir pleinement acteurs de leur vie ... qui se complexifie nettement et le procédé comique, déjà utilisé dans le tome 1, joue à fond pour dédramatiser des situations parfois très dangereuses.
Césarine prend tout au pied de la lettre, pas de sens figuré pour elle, pas de sentiments gnangnans, pas de conventions sociales superflues, seulement une logique implacable et un raisonnement carré. Ce décalage avec son entourage fait naitre quelques quiproquos hilarants et son personnage se positionne petit à petit au centre du récit.
Pour résumer : action débridée et humour fin. Et toujours une lutte sans merci contre les élitistes de la culture qui montent une sombre machination pour devenir les maitres du monde et posséder les sources d'information.
Du nanan, à déguster sans modération ... Vivement le tome 3.
A avoir en CDI, bien sûr !!!!
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lundi 6 octobre 2014

Intemporia, t.1 Le sceau de la reine de Claire-Lise Marguier

Ed. du Rouergue, coll. épik, 2014, 534 p., 17,50€
Premier roman d'une nouvelle collection au Rouergue, "Epik", collection de SF et fantasy.
Intemporia, Le sceau de la reine nous embarque dès les premières lignes, avec son style fluide, élégant, avec sa construction limpide et ses personnages qui s'affinent au fil des chapitres.
Yoran, 16 ans, est un garçon ordinaire qui mène une vie tranquille dans le petit monde de "La Plaine", société agricole où les habitants mènent une vie simple, protégée du reste du monde par un dome magique qui les isole.
Mais voilà qu'une maladie inconnue commence à faire des ravages parmi les habitants et atteint même sa jeune épouse, la belle Loda.
Que faire quand les Anciens ne proposent rien alors qu'ils savent que la terrible reine Yélana est à l'origine du mal ?
Yoran hésite longuement puis finit par décider de partir demander des comptes à la cruelle Yélana.
C'est une vraie initiation qu'il va vivre, en quittant son cocon et en découvrant un monde tyrannisé par la reine, un monde souffrant dont il n'avait jamais voulu se préoccuper. Il va devenir adulte ...
Des rencontres avec des êtres bienveillants et d'autres malveillants portent ses aventures et emportent le lecteur sans temps morts.
Antihéros au début du roman, Yoran va montrer une générosité et un courage insoupçonnés et devenir petit à petit un vrai héros, de ceux qui se révèlent au fil des évènements, de ceux qui doutent parfois, de ceux qui sont profondément humains.
Aurions nous fait les mêmes choix que lui, sommes nous d'accord avec lui, qu'aurions nous fait à sa place ? Le roman sait habilement susciter cette réflexion chez le lecteur.
En prime, en fin de roman, une découverte pleine de poésie et de merveilleux que j'ai adorée ...
J'attends la suite avec impatience.
Une nouvelle collection dont on a envie de connaitre les romans suivants ...
Chouette pour le CDI, dès la 4e.

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jeudi 2 octobre 2014

Miséricorde de Jussi Adler-Olsen

Livre de poche, 2011, trad. Monique Christiansen, 7,90€
Grand prix des lectrices de Elle 2012, Prix des lecteurs du Livre de Poche 2013 (catégorie polar)
Il faut reconnaitre que ce polar danois fait mouche dès les premières pages.
De facture classique, il nous immerge dans une intrigue bien emmêlée et surtout dans les problèmes personnels du policier Carl Morck.
Le pauvre est submergé par les soucis : une ex-femme pot de colle, un traumatisme lié à une affaire qui a mal tourné, un beau fils qui n'en fait qu'à sa tête et s'obstine à vivre chez lui, un colocataire déjanté, des collègues qui le détestent ... Cela suffirait à tout être humain normalement constitué mais voilà de surcroît qu'on le bombarde responsable du département V, celui des "cold-cases". Et qu'on lui adjoint un homme de ménage au passé obscur qui entend participer activement aux enquêtes !
Trop c'est trop et notre "faux blasé-vrai dépressif-qui refuse obstinément de suivre une thérapie" finit par se plonger aveuglément dans une enquête bien compliquée pour oublier tout ça. Sans y arriver totalement bien sûr. Pourtant elle était bien jolie et bien intelligente cette Merete Lyyngaard, promise à un haut poste politique et disparue mystérieusement sur un ferry ...
Seul bémol, pour moi : on ne voit pas grand chose de la société danoise. Et pourtant, on a eu Borgen, la série TV qui nous a montré combien le scanner social peut être passionnant ;o)
Heureusement, la qualité de la traduction assure un style fluide et le roman tient en haleine.
C'est le personnage principal, en définitive, qui fait tout l'intérêt du roman. Antipathique au début car désagréable avec tout le monde, on finit par l'apprécier grâce à un portrait qui s'affine et dévoile, au delà du bougon misanthrope, un tendre avide de justice. Évidemment !

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