En 1977, l'année suivant la mort de sa mère, Jacqueline de Romilly écrit cet hommage vibrant, sous la forme d'un recueil de souvenirs et de réflexions empreints de tendresse et d'affection.
Quand son père meurt au front, dès les premiers jours de la guerre (1914-1918), Jacqueline n'a qu'un an et demi. Jeanne fait alors de sa fille la priorité de toute une vie, sacrifiant souvent ses désirs personnels mais sachant cependant s'épanouir dans l'indépendance et le choix d'activités intellectuelles.
Jeanne déploie toute son énergie, son ingéniosité et son intelligence pour que sa fille ne souffre jamais de la mort de son père ; elle trouve du travail dans une période difficile, en change quand il le faut, assume leur quotidien à toutes deux, bricole, économise, écrit des contes, des romans, des pièces de théâtre, des pièces radiophoniques, apprend à conduire, épaule sa fille dans ses études, l’emmène au théâtre, au concert, à l'opéra ... Quand viendra la seconde guerre mondiale, elle aidera sa fille (de père juif) et son gendre (de parents juifs) à se cacher grâce à ses relations. Au passage, j'ai été étonnée de voir que J.de R. néglige de mentionner combien l'appartenance à une classe sociale très aisée (par son mari) facilite leur fuite perpétuelle, des amis fortunés leur offrant des refuges isolés et surs.
Au fil de ce récit à la fraîcheur autobiographique, Jacqueline de Romilly, pleine d'admiration et de reconnaissance pour une mère à la ténacité et à la bonne humeur inébranlables, se livre beaucoup au lecteur et il n'est pas étonnant qu'elle ait demandé à son éditeur de ne le publier qu'après sa mort, en 2010.
Elle s'interroge parfois : pourquoi sait elle si peu de choses sur les choix de sa mère, sur son enfance, sur ce qui fut important pour cette femme exceptionnelle ... C'est que Jeanne n'était là que pour elle, pour l'aider, se dévouant sans cesse : Jacqueline réalise combien elle fut aimée sans même s'en rendre compte !
Et si Jeanne nous parait parfois conventionnelle et bourgeoise, J. de R. nous rappelle que les points de vue changent avec l'évolution de la société et qu'il faut se garder de juger hâtivement !
Un émouvant portrait de femme, à une époque où il n'était pas facile de vivre seule et indépendante, une époque où il n'était pas facile de vivre tout court !
Écrit dans un très beau style, sensible et simple. Sans doute le livre le plus accessible de cette spécialiste de la Grèce Antique qui fut membre de l'Académie Française et la première femme professeure du Collège de France.
Le parfait cadeau de fête des mères, si ça fait parti de vos habitudes familiales ;o)
Merci à Asphodèle, elle m'a permis de découvrir cette auteure grâce à son article qui a su piquer ma
curiosité !
@@@@@