Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

lundi 29 août 2016

Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monin et Alex Beaupain

JC Lattès, 2015, 376 p., 22€
L'auteure, Isabelle Monin, a acheté chez un brocanteur un lot de photos de famille.
Elle a brodé à partir de ces clichés une histoire totalement inventée mais tirée de l'observation attentive et intuitive de ces inconnus.
Puis, poussée par la curiosité et par l'attachement à des personnes avec lesquelles elle avait vécu pendant quelques mois, elle a cherché à les rencontrer. Elle y est arrivée et à travers ce qu'ils ont accepté de lui raconter de leur vie, elle a réécrit leur histoire, cette fois, la vraie !
S'était elle beaucoup trompée en suivant son intuition ? S'était elle approchée de la vérité ? Il faut bien sur lire le roman pour le savoir.
Le quotidien et les personnes anonymes fournissent matière aux écrivains qui les transfigurent, on le sait, mais cette expérience, portée par un beau style et une écriture sensible, nous montre que l'être humain offre de nombreuses ressources et développe de belles capacités d'adaptation, en dehors de toute littérature ;o)
Très joli récit.
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Mes parents sont dans ma classe de Luc Blanvillain

Ecole des Loisirs, coll. Neuf, 2015, 174 p., 9€
Un petit roman très gai, plein d'humour et de joie de vivre sur une idée déjà vue mais traitée avec originalité.
Fanny, 11 ans, se réveille un matin avec en face d'elle deux adolescents inconnus : ses parents ! Elle a eu tort de se plaindre de la 6e auprès d'eux : ils ont juré leurs grands dieux qu'ils adoreraient être à sa place. Et, par magie, leur vœu a été réalisé !
Au quotidien, que donne cette situation invraisemblable ? Ses parents décident d'aller au collège (son père connait le proviseur, cela facilite la chose) et ils sont même dans la classe de Fanny : l'horreur intégrale ! En tant que "cousins venus des îles".
Heureux dans un premier temps de redécouvrir le monde du collège, y apportant leur expérience et leur savoir, récoltant l'admiration des ados, les parents finissent par avoir envie de retrouver leur travail et leurs responsabilités. Quant aux grands parents, ils sont ravis du début à la fin de l'aventure, retrouvant leur jeunesse.
La vie des ados se déroule au rythme du collège mais aussi des idylles et des relations sociales. Tout ne sera pas simple à gérer pour Fanny ... Mais finalement, ses (petits) parents seront toujours là pour elle, l'aideront et lui permettront de mieux comprendre certains enfants.
Très joli récit. Un style qui rappelle les grands, S.Morgenstern, M.A Murail, A. Desarthe entre autres.
A recommander sans modération, dès la 6e.
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mardi 5 janvier 2016

La roche qui voulait voyager de Nono Granero et Géraldine Alibeu

Texte Nono Granero et illustrations G. Alibeu, Ed. Hong Fei, 2015, 14,20€
Plus difficile que La ballade de Mulan, La roche qui .... est un pur conte philosophique et s'adresse à des enfants déjà un peu plus grands, me semble-t-il.
Une énorme roche a le désir profond de voyager alors que tout le monde la croit insensible et inerte.
Se mettant à parler, elle tente de convaincre un géologue au cœur dur qui finit par la casser à coups de masse las d'entendre sa complainte ... ce faisant, il la réduit en poudre, poudre qui s'envole et lui permet de voyager. Son vœu est enfin exaucé !
Ne pas se fier aux idées préconçues, aux représentations admises par tout le monde et suivre sa propre idée quand on a un projet. La balade de Mulan, édité chez Hong Feï aussi, développait également ce thème.
Des illustrations toujours très stylisées, aux couleurs douces et un texte clair.
Une belle leçon de vie.
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Premier matin de Fleur Oury

Editions Les fourmis rouges, 2015, n.p., 14€
Qui n'a jamais eu le cœur serré, la boule au ventre avant la rentrée des classes ? Le temps des vacances d'été, on a oublié les copains, la cour qui parait immense, les maitres et les maitresses, les règles de vie collective. Comme il est difficile d'abandonner le cocon familial pour reprendre le chemin de l'école ! Ce bel album facilitera les choses en explicitant les peurs et les sentiments mitigés qu'éprouvent certains tout petits. En les rassurant aussi, grâce aux illustrations tendres, aux couleurs douces. Entièrement dessiné aux feutres, l'ensemble, où domine un environnement verdoyant et fleuri, exerce un effet très apaisant que la stature protectrice de Maman ou Papa Ours (on ne sait pas) accentue.
Petit Ours ne veut pas se lever pour aller à l'école et Papa (ou Maman) Ours lui raconte les activités passionnantes qui l'attendent, les jeux avec les copains, les moments de fatigue mais aussi les progrès. Car Petit Ours va grandir ...
Indispensable pour les tout petits. Passe très bien en lecture de groupe à voix haute.
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Petit piment d'Alain Mabankou

Seuil, coll. Fiction et Cie, 2015, 273 p., 18,50€
Petite déception pour ce roman dont j'attendais surement trop.
Ayant pris beaucoup de plaisir à lire "Verre Cassé" et "Mémoires de porc-épic", je n'en ai pas retrouvé l'intensité qui m'avait charmée.
Bien sûr, la lecture est agréable, bien sur on retrouve les grands thèmes de Mabankou : le Congo son pays, avec sa misère, la corruption des hommes politiques, leur bêtise mâtinée de ruse, l'exploitation des femmes, la croyance dans les esprits, les superstitions ... Mais alors qu'on riait de sa logorrhée verbale, de cette façon bien à lui de retranscrire la langue des congolais, de se moquer des travers des petites gens avec tendresse, le roman reste ici trop sage. Où est passé le petit souffle de fantaisie, de folie qui animait ses personnages ? Absent du texte, est-il allé se nicher tout entier dans le titre du
 roman ?
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La terre qui penche de Carole Martinez

Carole Martinez est une conteuse, elle nous entraîne dans son monde, celui du Moyen Age, des abruptes vignes du Jura (cette "terre qui penche"), des bords de la Loue. Sous sa plume, ils prennent vie et deviennent des personnages que le merveilleux transfigure.
Le père de Blanche, 11 ans, scelle son destin : elle sera mariée rapidement, pour éviter que le diable ne s'empare de son âme car une fille qui veut apprendre à lire, une fille intelligente et volontaire devient la proie du mal. Forcément.
En arrivant chez son futur mari, au domaine des Murmures, elle découvre un simple d'esprit. Mais sa nouvelle famille la surprend et elle va passer avec elle les meilleurs jours de sa courte vie ...
Deux voix content ce destin de femme, la vieille âme et la petite fille, voisines de sépulture, donnant chair aux sentiments, aux indignations, au désespoir, à  la joie. Un très beau texte, léger par la forme et profond par le sens, très construit, dans lequel il faut se laisser immerger doucement.
En creux, l'absence de la mère dessine le rôle central des femmes non seulement dans la société mais aussi dans l'évolution des êtres vivants, dans leur psychologie, dans leur développement.
On pourrait analyser la galerie des personnages qui présente les archétypes humains, ses monstres et ses héros, de l'ogre mangeur de petites filles à celui qui devient un vrai père et découvre l'amour. On pourrait analyser le rôle de l'eau et de la rivière Loue mais ce serait gâcher de vrais moments poétiques, alors restons dans les émotions et régalons nous de cette fresque si vivante !
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samedi 7 novembre 2015

Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin

Après la lecture de Check-point, me voilà sur les traces de JC. Rufin. Quand on a la chance de tenir un bon filon ...
1919. Jacques Morlac, héros de la guerre de 14-18, reçoit en prison la visite du juge militaire Hughes Lantier du Grez. Tout semble opposer les deux hommes : Morlac est un paysan pauvre, Lantier un fils de famille bourgeoise, l'un simple caporal, l'autre gradé, l'un rude l'autre policé.
Mais, touché par la franchise de Morlac et sa fierté, le juge s'intéresse au personnage, plus complexe qu'il ne parait. Il conquiert sa confiance, heure après heure, jour après jour, entretien après entretien pour arriver à comprendre le geste qui lui a valu son emprisonnement.
Sur la place du village, le chien de Morlac hurle nuit et jour, ne supportant pas la séparation d'avec son maitre. Un chien qui est au centre de son incarcération ...
C'est la haine de la guerre, de son inutilité et la fraternité des soldats qui rapprochent insensiblement les deux hommes qui ont connu les mêmes tranchées. C'est l'humanité qui sera leur guide ...
Un très beau roman, dont la construction tout en finesse, tient en haleine en dévoilant progressivement les ressorts de l'histoire à la manière d'une intrigue policière. Trois beaux personnages, profonds,  victimes de la tourmente guerrière, et un chien, fidèle comme les chiens savent l'être, bêtement et jusqu'à la mort.
A lire absolument sans oublier l'émouvant hommage de l'auteur en fin d'ouvrage, car l'histoire est inspirée de la réalité !
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Meurtre à Tombouctou de Moussa Konaté

Ed. Métailié, coll. Points, 2014, 6,40€
Un joli petit roman policier où l'intrigue est secondaire et la société malienne au premier plan.
Le commissaire Habib, patron de la brigade criminelle à Bamako, est envoyé à Tombouctou pour mener à bien une enquête délicate. Un jeune Touareg, Ibrahim, est retrouvé mort, le crâne défoncé, à côté de son dromadaire. Peu après, un jeune français est menacé à coups de fusil par un cavalier. Y a-t-il un lien entre les deux affaires ? S'agirait-il d'une action d'AQMI, des terroristes ? Les médias sont à l'affut ...
Secondé par son fidèle Sosso et Guillaume, un responsable de la cellule antiterroriste française au Mali, Habib a fort affaire entre le respect des traditions touareg, de l'Islam, des notables locaux et les secrets de la famille du défunt.
Le déroulement de l'intrigue, assez sommaire, n'est en réalité qu'un prétexte à immersion dans une société complexe par ses différentes langues, ses ethnies, ses pratiques religieuses et le conflit entre tradition et modernité.
Habib fait jurer les témoins sur Allah pour être sûr qu'ils ne mentiront pas ...
Les notables se liguent pour faire intervenir dans l'enquête un marabou-devin qui éluciderait l'affaire en 2 jours ...
Mais comme partout ailleurs, la loi ne compte pas lorsqu'il faut sauver l'honneur d'une famille influente et les politiques ne veulent pas d'histoire quand des élections se profilent.
Une enquête menée dans une ambiance tendue mais à la malienne : avec beaucoup de bonhomie, de patience, de plaisanteries et de fous rire. Avec malice et ruse aussi.
Avec en prime, à la fin, l'envie d'aller voir Tombouctou !
Seul bémol, un style parfois un peu maladroit. Mais le roman vaut le détour ...
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Meursault, contre-enquête

Actes Sud, 2014, 19€, 152 p.
Le roman commence de manière assez confuse et, pour moi, ne trouve de sens et de rythme que vers la moitié.
L'auteur fait parler le frère de celui que le héros de Camus, Meursault, tue sur la plage. Meurtre pour lequel il sera condamné à mort.
Dans un texte en forme de réquisitoire puis de confession, ce frère dénonce l'indifférence affichée vis à vis du mort dont on ne connait jamais le nom, dont on ne saura jamais rien dans "L'étranger". Il rappelle les temps durs de la colonisation et l'absence de démocratie pour l'Algérie actuelle, un temps où le dictat de la religion supprime un à un les plaisirs de la vie.
Sur un plan plus personnel, le narrateur s'insurge contre sa mère qui l'a sacrifié à son chagrin après l'assassinat de son frère, contre son entourage qui l'a toujours considéré comme différent.
Au fil du texte, on voit un portrait s'esquisser, celui d'un homme submergé par l'absurdité du monde et de la destinée humaine, sans bonheur, sans envie, un solitaire et un assassin aussi, poussé par une mère avide de vengeance.
La boucle est bouclée lors du réquisitoire contre la / les religions qui rappelle le beau passage de L'étranger où le héros refuse l'aide du prêtre venu le voir dans sa cellule. Meursault et le héros ont tout en commun, ils vivent dans un monde de solitude et de désespoir.
Un texte engagé, un auteur qui a beaucoup à dire.
Une lecture qui m'a incitée à relire le chef d’œuvre d' A. Camus, une grande joie !
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vendredi 12 juin 2015

Charlotte de David Foenkinos

Gallimard, 2014, 220 p., 18,50€
David Foenkinos écrit la biographie (quelque peu romancée mais qu'en sait on ?) de Charlotte Salomon, jeune peintre juive allemande réfugiée en France puis déportée à Drancy et assassinée à Auschwitz en 1943 par les nazis.
Récit émouvant d'une vie (et demie, car elle était enceinte de 5 mois lorsqu'elle fut gazée à son arrivée au camp) entièrement vouée à la création artistique dans ses derniers temps. En effet, se sachant en danger, Charlotte Salomon écrit et peint jour et nuit, dans le sud de la  France, avec passion et dans l'urgence. Elle crée une œuvre très originale mêlant texte de théâtre et peinture : "Vie ? Ou théâtre ?".
Relations familiales complexes, amours, doutes, recherche de soi même, de sa vocation, fuites et rencontres font de cet ouvrage un récit complet qui permet de découvrir une artiste bien peu connue.
Ses œuvres, confiées à son médecin et ami, rendues à son père et à sa belle-mère après la guerre et données au Musée historique juif, le musée d'histoire juive d'Amsterdam, y sont toujours conservées.
Un beau roman écrit simplement, sans pathos, qui redonne vie le temps de 220 pages à une artiste et donne envie de connaitre son œuvre. Un travail de mémoire.
Prix Renaudot et Goncourt des lycéens 2014.
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Soumission de Michel Houellebecq

Flammarion, 2015, 299 p., 21€
Houellebecq, il y a les pour et il y a les contre.

Quand je lis ses romans, je fais abstraction du personnage, volontiers provocateur. Volontairement. Je lis ses romans. Point. Et j'y prends beaucoup de plaisir.
Aurais je lu Céline si je m'en étais tenu à ce qui était dit du personnage ? Aurais je regardé les œuvres de Dali, le franquiste ? Habiterais je l'immeuble de Le Corbusier qui est maintenant reconnu comme antisémite et fasciste ?  Les écrivains sont ils toujours à la hauteur de leurs responsabilités ? Ne sont ils pas, souvent, dépassés par leurs propres textes ?
Houellebecq a retardé la campagne de promotion de son livre après les évènements du 7 janvier. Bernard Maris était son ami ...
Le point de départ de son roman, l'élection en France d'un président de la république musulman modéré, n'est certes pas crédible actuellement mais  part d'un constat réel : l'opinion publique se replie sur les valeurs familiales, sur les valeurs "traditionnelles" pour ne pas dire réactionnaires.
Une partie des Français a manifesté massivement contre le mariage pour tous.
L'adoption par les couples homosexuels a été reportée.
Beaucoup recherchent un sens à leur vie ailleurs que dans l'argent et la consommation matérielle.
De là à assister à un retour du phénomène religieux, il n'y a qu'un pas ... que l'auteur franchit allègrement.
De même, la montée du Front National alimente sa fiction : pour éviter que Marine Le Pen n'accède à la présidence, la coalition PS/UMP/extrême gauche appelle à voter pour le candidat Mohamed Ben Abbès, musulman modéré. Totalement improbable !
Mais ce Mohamed là est plus un ambitieux qu'un croyant. Après la France, c'est l'Europe qu'il vise et souhaite rassembler autour de l'Islam.
Ben Abbès met en place son programme dans l'indifférence générale : autorisation de la polygamie, voile obligatoire pour les femmes, interdiction d'enseigner si l'on n'est pas musulman, priorité aux entreprises familiales et j'en passe.
Les femmes : elles acceptent sans réagir, éternelles victimes ?
La gauche : elle laisse faire impuissante.
La droite : elle partage beaucoup de ses objectifs.
Les hommes : ils y trouvent leur compte forcément car la polygamie est un argument de poids ; du coup, ils se convertissent sans barguigner.
Houellebecq ne juge pas ses personnages, il en fait parfois des caricatures mais leur prête en général, une logique assez simple. Tout ce qui se passe profite aux hommes qui s'en emparent. Terrible logique mais oh combien humaine et masculine mâtinée d'une vision de l'homme  fondamentalement noire.
La fiction de Houellebecq peut alimenter les peurs mais, dans le fond, elle est surtout un constat du manque de perspective de notre société, de la souffrance des hommes qui y cherchent un sens. Elle nous alerte et nous avertit, à sa façon et nous met en garde contre l'indifférence et le laisser faire.
Et puis, il y a son humour, fin, frisant le cynisme, son écriture souple.
J'ai beaucoup aimé même si (ou peut être "parce que") totalement fantaisiste ... j'espère.
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Check-point de Jean-Christophe Rufin

Gallimard, 2015, 386 p., 21€
Thriller humanitaire ...
Maud part en mission humanitaire avec Lionel, chef d'expédition, Marc et Alex, 2 militaires mystérieux et Vauthier, antipathique à tous mais fort en mécanique. Leurs deux vieux camions transportent aide alimentaire et vestimentaire. Nous sommes en Bosnie, au moment de la guerre entre serbes, croates et musulmans.

Elle qui fuit le train train d'une vie morne et veut échapper au désir des hommes se trouve brutalement entraînée dans un déchaînement de passions avec lesquelles l'aide humanitaire n'a plus grand chose à voir.
JCR pose le problème des limites de l'aide humanitaire : que faire lorsqu'on voit femmes et enfants se faire massacrer, suffit-il de leur apporter de quoi manger et s'habiller ? Ne doit on pas aussi leur donner de l'espoir et combattre les injustices ? Ne doit on pas s'engager et prendre parti ? Peut on se contenter d'assister aux horreurs de la guerre ?
Le roman prend la forme d'un thriller et nous tient en haleine pendant 386 pages, sans baisse de régime, tout en nous incitant à la réflexion. Quoi de mieux quand, en plus, le style est là ?
Je n'avais rien lu de JC Rufin et Check-point a été pour moi une belle découverte ... A moi Rouge Brésil et ses autres romans !
Merci à Eric B. pour ses conseils éclairés.
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Les singuliers d'Anne Percin

Ed. du Rouergue, coll. La Brune, 2014, 392 p., 22€
Une plongée sympathique dans le monde de la peinture, pendant les années de l’École de Pont-Aven.
Sous la forme d'un roman épistolaire, Anne Percin nous entraîne en 1888, pour un instantané artistique et culturel. Elle appuie sur le déclencheur, les visions s'enchaînent ...
Hugo Boch, de la riche famille belge Boch (ceux de "Villeroy et Boch" !), parti à Pont Aven dans la mouvance des artistes, s'interroge sur sa vocation de peintre. Il fait part de ses doutes à son ami Tobias et à sa cousine Hazel, eux mêmes peintres, qui lui répondent et pratique, en parallèle, une activité photographique innovante.
Au fil de ces échanges, on découvre les fortes personnalités de Gaugain, Sérisier, Bernard, Toulouse-Lautrec et l'influence sur tout ce monde de Van Gogh.
C'est aussi l'univers culturel de l'époque que l'auteure évoque : la construction de la tour Eiffel, les scandales aux salons officiels, l'opposition entre classicisme, impressionnisme et autres styles, l'émergence de la photographie comme expression artistique etc.
On réalise alors l'importance de Paris dans la vie culturelle internationale, son rayonnement à cette époque.
Passionnant et très documenté sans être, à aucun moment, ennuyeux. Style enlevé et même humour ...
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jeudi 7 mai 2015

Mingus de Keto Von Waberer

Ed. du Rouergue, coll. Epik, 2015, 313 p., 15,90€
Mingus, mi homme mi lion, robuste et intelligent, est le fruit d'une manipulation génétique. 
Il tue accidentellement son “père”, un savant génial et s'enfuit à la découverte d'un monde dont il était jusque là protégé, avec Nin, une jeune humaine. 
Au fil des rencontres, parfois amicales et parfois hostiles, il découvre une société effrayante où l'information est complètement manipulée, les inégalités sociales érigées en système, l'environnement sacrifié et les hommes, dégénérés, victimes d'allergies mortelles. 
Convoité par des rebelles, les Gaïanèses, puis par une secte religieuse, échappera-t-il au “Präsi”? Car le dictateur cloné entend bien l'utiliser comme "modèle", à son usage personnel. Or ce" modèle" pourrait bien être la dernière chance de survie pour l'espèce humaine dans son ensemble ... 
Une dystopie captivante au rythme et au style soutenus, un plaidoyer pour le respect de la nature et des libertés. 4e très bons lecteurs et bien au-delà.
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mardi 7 avril 2015

Mes clandestines de Sylvie Gracia

Jacqueline Chambon, Actes Sud, 2015, 270 p., 22€
Lire "Mes clandestines" a été pour moi un peu comme une longue et douce discussion avec une amie.
Comme si nous nous étions retrouvées, chez elle ou chez moi et que nous ayons évoqué, à bâtons rompus, les sujets qui nous trottent dans la tête.
A travers ces évocations de femmes, Sylvie Gracia nous parle de nous. Ce que nous vivons de l'enfance à la vieillesse, les épreuves, les joies, les malheurs, les rencontres. Vivre avec ce corps qu'on n'a pas choisi, devenir mère ou non, vivre avec ce que nos parents nous ont donné, vivre la tête haute, vivre la maladie ... Nous sommes toutes si semblables et si différentes par nos itinéraires de vie, tant de choses qu'on ne comprend pas en nous mêmes et dans les autres. Mais Tamina, Camille, Estelle, Clémence, Léa, Mathilde, la mère de l'auteure montrent toutes leur courage, leur ténacité, leur dévouement, leurs faiblesses aussi. Et leur mystère. Que savent les enfants de leur mère ? Que savent ils de ce qu'elle vit, de ses difficultés, de ce qu'elle a vécu avant leur naissance ? "Énigme absolue des mères". Et comment fait on pour vivre sans elles, lorsqu'elles sont parties ? On s'aide, on se parle, on communique et on partage : "Nous devons être des mères les unes pour les autres" dit un de ses personnages.
C'est un regard lucide et tendre que pose S. Gracia sur ces femmes rencontrées par hasard, croisées dans la rue, sur ces amies surgies au fil des échanges, sans acrimonie vis à vis des hommes. C'est aussi un regard sur elle même, elle qui ne triche pas avec l'écriture, qui se livre, courageuse et entière.
Un beau regard servi par un style palpitant de vie, au verbe précis, aux interrogations fortes et généreuses, qui fait souvent naître l'émotion.
Même si le roman est intimiste, la réalité du monde pointe souvent son nez, le réel de nos vies avec sa cohorte d'inégalités sociales, de guerres, de cruautés s'échappe par bouffées qui viennent enrichir le  texte. En cela, elle rejoint cette auteure qu'elle admire tant, Annie Ernaux.
Oui, "...peut-être qu'écrire permet de déposer la matière du temps et nous apprend à vivre." Lire nous apprend aussi à vivre. Force de la littérature.
Un vrai coup de cœur.

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lundi 6 avril 2015

Le livre de Perle de Timothée de Fombelle

Editions Gallimard, 2014, 296 p., 16€
Le livre de Perle est un roman sur lequel on surfe aisément, conduit par le très beau style de son auteur qui nous a déjà donné la belle série Toby Lolness et Vango.
Le jeune prince Ilian a été obligé de fuir "le Monde Imaginaire", celui où vivent les créatures sorties de l'imagination humaine, pour sauver sa vie : son frère, le roi, essaie de l'assassiner. Mais en abandonnant ce monde extraordinaire, il a laissé son amour, la sublime fée Olia.
Par un habile déplacement vers notre monde, il se retrouve à Paris, pendant l'entre deux guerres et il est recueilli par le couple Perle, de braves confiseurs sans enfant. Il devient alors Joshua Perle, celui qui ne peut parler du pays d'où il vient car il se cache perpétuellement. Le taciturne Joshua.
Que va-t-il lui arriver ? Oubliera-t-il son monde ? Oubliera-t-il Olia ?
Une histoire d'amour romantique à souhait qui mêle habilement poésie et histoire.
Pas d'âge pour ce beau roman mais il manque un petit quelque chose, peut être un peu d'inattendu ?
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