Bienvenue à tous ceux qui aiment lire ...

Lire, pour moi, c'est échapper au quotidien tout en restant proche des hommes et de leurs réalités ...

mercredi 17 novembre 2010

Celle que je ne suis pas de Vanyda

Bande dessinée éditée chez Dargaud, 2010, 192 p., 14€
"Celle que je ne suis pas" vous ramènera quelques années en arrière si vous êtes devenu cette incompréhensible bestiole qu'est un adulte ou vous plongera dans le présent si vous êtes encore dans la période incertaine de l'adolescence.
La BD campe en noir et blanc le petit monde du collège, vu par des élèves de 3e. L'héroïne, Valentine, a bien du mal à s'affirmer auprès de ses copines, des garçons, de ses profs et de sa mère. Introvertie, le regard des autres pèse lourd sur elle et l'empêche souvent de suivre son propre mouvement.
Les situations sont vues avec finesse, l'ambiance "collège" est bien rendue, le quotidien des élèves réaliste, jusqu'à leur langage parfois très fleuri (mais jamais choquant).
Et si vous avez plus de 14 ans, rassurez vous, vous constaterez que les affres de l'adolescence n'ont pas changé depuis votre époque !
Testée par plusieurs élèves bons et moyens lecteurs, elle a été très appréciée et a réussi l'examen de passage : ils réclament la suite ...
à partir de 12 ans
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Aimez-vous Brahms de Françoise Sagan

Le livre de poche, 1982, 179 p.
En rangeant les rayonnages de mon CDI, j'ai été surprise de tomber sur ce roman peu approprié aux ados du collège mais ne l'ayant jamais lu, je me le suis emprunté ;o)
Paule, 39 ans, est une femme élégante et indépendante. Elle aime Roger, homme d'affaires, égoïste et coureur de jupons qui la rend malheureuse. Son travail de décoratrice l'amène chez une riche parisienne où elle fait la connaissance du fils, Simon, étudiant en droit très jeune, très beau et très paresseux. Paule fascine Simon qui, après l'avoir emmenée à un concert de Brahms, décide de la conquérir : "J'ai le droit de parler, j'ai le droit de tomber amoureux de vous et de vous prendre à lui, si je peux.
Déjà elle était dehors. Il se leva et se rassit, la tête dans les mains.
Il me la faut, pensait-il, il me la faut ... sinon je vais souffrir."

Histoire d'amour éternelle, intemporelle où les sentiments parfois confus et contradictoires mènent le jeu : Paule aime, malgré elle, celui qui la fait souffrir et la passion de Simon ne fera pas le poids ... L'amour fait mal nous dit F.Sagan mais doit on le refuser ?  D'autant plus qu'on nait et qu'on reste seul ... Pas très gai le roman mais intéressant par la double image de la femme qu'il donne : indépendante car elle décide pour elle-même mais  dépendante "idéologiquement" et affectivement. En effet, Paule choisit Roger parce qu'il incarne la maturité donc la sécurité et la réussite sociale et qu'il a, malgré tout, besoin d'elle.
A-t-on beaucoup évolué depuis 1959, date de la parution du roman ?
J'ai largement préféré "Aimez-vous Brahms" à "Bonjour tristesse" que j'ai relu l'an dernier et que j'avais trouvé un peu glauque.
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jeudi 11 novembre 2010

La forêt des damnés de Carrie Ryan

 Gallimard Jeunesse, couv. Alain Barreau, 2010, 381 p., 15.50€
Notre monde a été infecté par un virus qui transforme les humains en zombie. Mary vit dans un village entièrement entouré de grillages qui protègent les survivants. Totalement isolé de l'extérieur, il est régi par une poignée de religieuses (les Soeurs) qui imposent à tous des pratiques visant à protéger et sauver l'espèce humaine mais ne laissant aucune liberté individuelle.
Mary étouffe. Elle n'arrive plus à croire en un Dieu qui aurait installé ce monde horrible, elle veut aimer librement et rêve de partir à la recherche de l'océan, souvenir de l'ancien monde que lui a transmis sa mère ... Existe-t-il un endroit où on peut encore vivre à l'abri des zombies, reste-t-il d'autres humains quelque part, vivent ils aussi sous l'emprise de la religion, doit on suivre ses rêves coûte que coûte ?

Le récit rassemble les ingrédients du genre cinématographique : récit haletant, beaucoup d'action, beaucoup de sang mais aussi critique de société ! Et là, ça devient bigrement intéressant : qu'est ce qu'une société sans mémoire (il n'y a plus de livres, plus de photos, plus d'archives), à quoi mène une société puritaine où tous doivent penser de la même façon ... Un questionnement qui tombe peut être à pic pour l'Amérique d'aujourd'hui !
La problématique n'est donc pas celle des films de zombie à la Romero
(la différence, qu'est ce que l'humanité ?) mais elle réussit à accrocher le lecteur : oui se battre pour ses rêves rend plus fort, oui résister même si on est seul rend plus fort.
Carrie Ryan fait la démonstration que le genre "zombie" peut faire recette
en littérature !
Impossible de poser le livre tant qu'il n'a pas été fini !
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A partir de 14/15 ans.

samedi 6 novembre 2010

Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard

Actes Sud, couv. Sygma / Corbis, 2010, 17€,
Sans aucun doute un bon roman, documenté et bien écrit mais qui m'a laissée sur le bord de la route ! Je n'ai pas été emportée par l'histoire de Michel Ange, invité par le sultan Bajazet à Constantinople en 1506 pour y construire un pont sur la Corne d'Or. Les thèmes développés y sont toujours actuels : rivalité occident / orient, liberté de création de l'artiste, liberté de pensée, omniprésence de la religion  ...
Malgré une réflexion intéressante et le beau style de Mathias Enard, aucun des personnages du roman ne m'a émue et le récit ne m'a jamais fait vibrer. Trop intello ?
Je viens d'apprendre que ce roman a eu le prix Goncourt des Lycéens ! J'achète en général les romans lauréats et bien, j'étais juste en avance, grâce à mon fils Olivier ;o) 
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Rosa candida d'Audur Ava Olafsdottir

Editions Zulma, couv. David Pearson, 2010, 332 p., 20€
Voilà un joli roman islandais dont le jeune héros grandit sous nos yeux et se construit, sans prétention, une petite philosophie de la vie bien ficelée, à utiliser en toutes circonstances et sans modération ...
C'est qu'il est bien jeune, avec à peine son bac en poche, pour avoir un bébé conçu avec une quasi-inconnue ! La vie ne l'a pas épargné : sa mère vient de mourir dans un accident de voiture, son frère jumeau est autiste, son père, un rugueux électricien, déprime. Et lui ne sait que faire de sa vie …

Son amour du jardinage et particulièrement des roses (dans une nature pourtant hostile), légué par une mère à la main verte et à la personnalité attachante, vont l'expédier vers un jardin monastique où ce grand échalas roux cherche candidement conseils et aide auprès d'un vieux moine cinéphile et … amateur d'alcool. L'arrivée imprévue de son bébé lui permet de s'intégrer au village et de donner sens à sa vie.



On sourit souvent en lisant ce petit bijou d'humour décalé, les préoccupations de son héros bien terre à terre s'élèvent souvent à l'universel en passant par des chemins déconcertants mais finement observés. Et de son entourage religieux, il retire que le sacré surgit tout seul du quotidien sans avoir besoin de croire en Dieu. Car les miracles se trouvent dans ce quotidien tout simple : c'est sa petite fille qui par sa bonne humeur et sa tendresse guérit la voisine de sa dépression, c'est le jardin de l'abbaye qui, grâce à ses soins, devient un lieu de rencontre entre les habitants, c'est la solidarité entre les hommes …

Offrez à Noël ce roman qui fait chaud au cœur !!! @@@@@

Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel

Fayard, coll. Roman, 2010, 19€, 294 p.
Travaillant pour une grosse entreprise de télécommunications, après une énième restructuration, « Eric » (prénom d'emprunt pour le travail) passe du service câblage au standard téléphonique. Cet homme habitué au travail manuel doit dorénavant jongler avec des mots et des sons assemblés par d'autres. Dans une grande salle commune, il doit répondre à des clients immatériels dont il ne saura jamais rien, en suivant des consignes strictes, subissant la pression des objectifs de vente à atteindre …Comme tant d'autres, cette déshumanisation du travail le rend invisible et solitaire.

La dépression guette et son cortège de souffrances mais l'instinct de conservation sera le plus fort chez Eric. Cela n'a pas été le cas, nous le savons hélas, pour tous les employés de France Télécom ...

« Retour aux mots sauvages » est un livre aussi surprenant qu'indispensable. J'ai mis du temps pour rentrer dans l'histoire car les faits mènent le roman. Les sentiments n'en surgissent que lentement, la souffrance sourd doucement.
C'est une lecture forte, qui ne laisse pas indifférent et qui nous amène inexorablement à la terrible constatation que « un employé heureux est plus performant, un salarié malheureux ne crée pas de valeur : phrases réelles, publiées lors des tristes événements, autant de preuves d'un totalitarisme entièrement dévoué au profit, corps et âme ». Totalitarisme économique dont nous sommes tous les victimes ...
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